Échec du test des ECNi : les étudiants se surnomment la "PromoCrashTest"

Par Virginie Bertereau, publié le 11 Decembre 2015
4 min

Après l'échec du test des ECNi (épreuves classantes nationales informatisées), les étudiants de sixième année de médecine ont fait part de leur dépit et de leur mécontentement au gouvernement et aux organisateurs. Ces derniers s'expliquent.

Les quelque 8.300 étudiants en sixième année de médecine gardent un goût amer de ce premier test des ECNi (épreuves classantes nationales informatisées) passées sur tablettes, du 7 au 9 décembre 2015. "Faute d'un investissement financier et humain à la hauteur de l'enjeu, les premières épreuves tests des ECNi ont tourné au fiasco", a déclaré l’ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France), dans un communiqué envoyé le 9 décembre 2015. Si aucun moyen supplémentaire n’est alloué au projet par le gouvernement, ils se disent "prêts à la mobilisation".

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui ont délivré leurs messages de dépit avec le #PromoCrashTest. Et de se photographier façon "photo de classe" en annonçant "avoir peur pour leur avenir".

Pour l'ANEMF, ces étudiants ont été transformés en "cobayes d'ingénieurs apprentis-sorciers du numérique". Beaucoup avaient abandonné l'expérience le troisième jour des ECNi, préférant retourner à leurs révisions.

Des tests complémentaires d'ici à mars

De son côté, le CNG (Centre national de gestion), l'organisme rattaché au ministère de la Santé qui organise l'examen, essaie d'apaiser les esprits. "On savait qu'il y aurait des problèmes, mais peut-être moins. On comprend que les étudiants soient inquiets, déçus, agacés. Ils voyaient cela comme des épreuves blanches et non comme des tests. Nous n'avons cessé de dire que si ceux-ci permettaient d'évaluer, c'était très bien mais nous ne nous étions pas engagés en ce sens. Aujourd'hui, nous sommes dans le recensement des bugs", annonce Philippe Touzy, le chef du département concours du CNG. Des essais complémentaires devraient être menés dans les facultés pour que le prochain test des ECNi, en mars 2016, soit plus fluide.

Une faille dans l'application

Mais cette semaine, que s'est-il finalement passé le jour des épreuves ? "Au cours des deux premières journées, nous avons rencontré des problèmes différents. Lundi, nous avons eu affaire très vite à une saturation des serveurs, malgré des tests préalables réalisés sur des robots. Cela nous a étonnés", raconte Philippe Touzy. "Nous avions effectué ces tests pour 10.000 étudiants. Cela passait. Mais robots et étudiants n'ont pas les mêmes comportements... Nous avons donc multiplié les serveurs pour le lendemain. Mardi, les candidats ont pu composer plus longtemps, mais le système est de nouveau tombé en rideau. En réalité, ce n'est pas la machine mais une faille liée à la conception de l'application elle-même – précisément un sous-programme utilisé pour la correction des épreuves – qui s'est révélée responsable du problème. Quand un étudiant soumettait une réponse, le système analysait les réponses de tous les autres. Cette option était inutile au moment des épreuves et faisait que les serveurs se saturaient d'eux-mêmes. Ce problème a été résolu dans la nuit de mardi à mercredi. Dès lors, tout s'est déroulé normalement ou presque", explique Jean-Pierre Gondran, le chef du département des affaires générales du CNG.

Le retour au papier, l'ultime solution

Pour l'épreuve du feu de juin 2016, le CNG assure avoir imaginé toutes les hypothèses, y compris un retour à la solution papier, "la dernière possible". "Les plans B posent problème. On fait tout ce travail pour les étudiants, qui se préparent depuis 2 ans sur tablettes. On a du mal à imaginer de faire marche arrière. Je pense qu'ils seraient vraiment mécontents..."

Si les problèmes techniques sont résolus à temps, il restera une critique : celle du fond de l'examen. "Hier évalués sur leur capacité à générer des mots-clés, les étudiants en médecine le seront demain sur leur habileté à remplir des QCM [questions à choix multiple]", déplore l'ANEMF. Ils auraient préféré des évaluations au plus proche de l'exercice de la médecine avec sons, vidéos, questions à réponses ouvertes... Ce sera peut-être pour demain.

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