1. Les étudiants à la découverte de la planète start-up
Reportage

Les étudiants à la découverte de la planète start-up

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Spoony est un robot articulé fait pour interagir avec les êtres humains. // © Catherine de Coppet
Spoony est un robot articulé fait pour interagir avec les êtres humains. // © Catherine de Coppet

L'univers des start-up vous tente ? L'opération How I Met My Start-Up, organisée jeudi 23 mars en Île-de-France, a été l'occasion pour des dizaines d'étudiants de découvrir ces entreprises pas comme les autres. Avec un point commun : l'innovation et le goût du risque ! Reportage.

"Si on touche ses oreilles, il n'y a rien qui se passe ?" Yassine, 21 ans, et ses camarades n'ont d'yeux que pour lui… Lui, c'est Spoony, le robot interactif imaginé et élaboré par la start-up Spoon, une petite équipe de développeurs passionnés et spécialistes du sujet. "Nous avons réalisé ce robot en un peu moins d'un an, ce qui est une prouesse, mais il en va de notre survie comme entreprise", souligne Aymeric Mazurelle, l'un des cofondateurs.

Hébergée dans l'incubateur du Centquatre, lieu parisien dédié à la création artistique, cette très jeune entreprise ouvrait exceptionnellement ses portes, ce jeudi 23 mars 2017, le temps de l'opération "How I Met My Start-Up", organisée par Cap Digital. Un événement destiné aux étudiants et jeunes diplômés intéressés par l'univers des start-up…

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Ce matin-là, une dizaine d'étudiants en informatique, de l'École Simplon et de la Web@cademy, étaient venus en délégation pour assister à une démonstration de ce robot intelligent. "Il vous regarde dans les yeux, interagit avec vous par la voix en enregistrant les paroles qu'on lui dit, mais aussi par des expressions et des mouvements", précise Aymeric Mazurelle. Fiché sur un bras articulé, un grand écran tactile équipé de caméras et de micros fait office de visage.

Hassan, 23 ans, ne se lasse pas de passer un doigt sur l'écran, ce qui provoque une mimique de chatouille au robot. "Il est incroyable !" Même si aujourd'hui, problème d'internet oblige, Spoony ne parle pas beaucoup!

Work in progress

Tout à coup, l'un des étudiants se lance et teste le robot : "Change ton visage !", ordonne-t-il. À la place des grands yeux aux paupières grisées apparaît soudain sur l'écran une tête orangée, à mi-chemin entre le raton laveur et le renard. Surprise généralisée chez les étudiants, et même chez Aymeric Mazurelle ! "Je ne savais pas que cette fonction était déjà intégrée… !" Derrière son ordinateur, Florian, l'un des développeurs de Spoon, est content de son coup ! Une façon de démontrer qu'ici, tout est du work in progress !

Si c'est surtout Spoony qui focalise les questions des étudiants, ceux-ci ne cachent pas leur enthousiasme face à ce qu'ils perçoivent du fonctionnement des start-up. "Je cherche un contrat pro en développement dans un grand groupe, pour assurer ma sécurité financière dans un premier temps, mais ça me plairait beaucoup de tenter l'aventure", témoigne Yassine. "L'esprit d'équipe a l'air puissant, et puis il y a le challenge de réussir, à quelques personnes, à produire un objet innovant. Pour cela je serai prêt à travailler beaucoup !" Même son de cloche chez Hassan, qui n'est pas effrayé par la taille réduite de la pièce, ni le joli bazar qui y règne : "J'aime bien cette ambiance cool. Dans une start-up, on a tout de suite beaucoup de responsabilités, ça permet de monter en compétences beaucoup plus vite !"

Ne pas se disperser

À quelques stations de métro de là, la start-up Provide Up accueille elle aussi les étudiants, mais sur toute la journée. "Il y en a deux qui sont passés déjà ce matin, pour déposer leurs CV", explique Gauthier, étudiant à l'ESSCA, en stage pour six mois dans l'équipe. De fait, Provide Up est un service Web spécialisé dans la mise en relation entre candidats et recruteurs, sur trois domaines (informatique/technique, graphisme/design, marketing/communication). À l'occasion de l'événement "How I Met My Start-Up", l'équipe ouvre ses locaux et transfère aux start-up participantes les CV déposés éventuellement par les étudiants en visite.

Pour les accueillir à ce moment de la matinée, il n'y a aucun salarié sur place, seuls trois stagiaires, tous étudiants. Une situation à l'image de celle des start-up en général, qui n'hésitent pas recourir à des stagiaires pour se développer, surtout les premiers mois. Mais ici aussi, l'enthousiasme est là. Provide Up a posé ses valises à la Pépinière 27, incubateur accueillant 70 jeunes pousses. "J'adore cet endroit hyperlumineux, on y rencontre plein de gens, on s'y fait des amis, il y a des canapés partout, des salles de réunion, et même une salle de sport !", témoigne Gauthier, l'un des stagiaires, qui se destine à travailler dans les ressources humaines. "Je m'intéresse aux nouvelles tendances RH et ici, c'est parfait pour cela !"

La Pepinière 27 accueille 70 start-up, dont Provide Up, site qui facilite le recrutement.

"C'est mon premier stage en entreprise", ajoute Estelle, 22 ans, en 3e année de licence à l'université de Bordeaux. "Le côté équipe réduite me rassurait, je trouvais ça plus humain." Se préparant à intégrer le master marketing de Kedge Business School à la rentrée, Estelle s'imagine dans une grande entreprise plus tard, mais elle apprécie l'expérience. "Le risque, je trouve dans le mode de fonctionnement start-up, c'est la dispersion", poursuit Gauthier, "il y a tellement de choses à faire, on se demande tout le temps quel axe de développement il faut privilégier !"

Rencontres autour d'un déjeuner

Même bouillonnement, mais ambiance légèrement plus décalée à deux arrondissements de là… dans les bureaux de MadmoiZelle.com, situés au troisième étage d'un immeuble ancien. Le magazine féminin en ligne, qui fête ses onze ans d'existence, participe lui aussi à l'opération. "Je ne sais pas si on peut dire que nous sommes une start-up, ce qui est sûr, c'est que nous étions peu nombreux au départ, et que nous cherchons toujours notre modèle économique", témoigne Fabrice Florent, fondateur du média en ligne, qui compte 25 salariés dans son équipe.


Le site a décidé de participer à l'opération en proposant aux lectrices de venir partager un déjeuner à la bonne franquette dans les locaux, chacune amenant un petit quelque chose. Une douzaine a répondu par la positive. "J'adore rencontrer les lectrices", confie Fabrice. Ici, tout le monde se tutoie, et très vite la conversation prend… "J'aime tellement MadmoiZelle que je suis impressionnée d'être là, souffle Christelle, 22 ans et demi !", en formation de journalisme à l'ISCPA. "Je suis un peu touche-à-tout, en ce moment j'essaie de lancer ma start-up, un média dédié aux nouveaux talents, j'espère intégrer un incubateur en septembre."


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De l'autre côté de la table, entre deux bouchées de taboulé, Kuiterie, 19 ans, étudiante à l'ESCP Europe, n'est pas aussi avancée sur sa voie professionnelle. "Je suis en première année, donc je ne sais pas trop ce que je veux faire après, mais les start-up, c'est un modèle attirant, avec du défi ! C'est sans doute plus stimulant que de bosser chez Total !"

Naomi, 20 ans, est la seule qui ne soit pas une lectrice de MadmoiZelle : "Je suis venue pour découvrir des entreprises, je cherche un job de commerciale", déclare la jeune femme diplômée d'un BTS en négociation et relation commerciale. "J'aime l'univers des médias, idéalement j'aimerais y travailler." Quelques minutes plus tard, la voilà en pleine conversation avec la commerciale du site… où comment se faire un réseau rapidement !

Le déjeuner organisé par MadmoiZelle est l'occasion d'étoffer son réseau.

"Je suis une inconditionnelle du magazine depuis l'adolescence, j'avais envie de voir comment ça se passe", explique Margaux, 25 ans, diplômée d'un M2 de muséologie. Actuellement en service civique, elle qui cherche idéalement un job en médiation scientifique s'intéresse au modèle start-up. "Je trouve que les boîtes traditionnelles demandent toujours beaucoup trop d'expérience, elles ne font pas vite confiance aux jeunes, et ne maîtrisent pas les nouvelles façons de communiquer !" Un constat assez cinglant, mais qui reflète bien une réalité : les start-up, ça en fait rêver plus d'un(e) !