1. Les coulisses d’un centre de formation de l’armée de Terre
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Les coulisses d’un centre de formation de l’armée de Terre

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Se former avec l'armée de Terre // © DRHAT / armée de Terre
Se former avec l'armée de Terre // © DRHAT / armée de Terre

Les CFIM (centres de formation initiale des militaires du rang) sont le point de départ pour les nouveaux engagés volontaires. Quelle est la journée type d’un militaire pendant cette formation de trois mois ? Et comment mettre toutes les chances de son côté pour la réussir ? Du lever au coucher, découvrez les coulisses du CFIM de la 11e brigade parachutiste du camp de Caylus (82).


« Mes copains et ma famille ont toujours su que je voulais devenir militaire. » Charles, 21 ans, s’est engagé dans l’infanterie parachutiste cette année. Première étape obligatoire pour lui comme pour tous les EVI (engagés volontaires initiaux) de l’armée de terre : le CFIM (prononcez « céfime »), le centre de formation initiale des militaires du rang. Il en existe onze en France, par lesquels sont déjà passés quelque 70 000 EVI depuis leur création en 2010. « Lorsque je suis entré au CFIM de Caylus (82), il y a trois mois, cela n’a été une surprise pour personne. » Pourtant, après son bac S, Charles venait de valider son DUT (diplôme universitaire de technologie) en génie civil et avait commencé à travailler. « Je n’ai pas accroché ; l’idée de m’engager était toujours là. J’ai déposé un dossier pour être sous-officier mais je n’ai pas été pris. Comme je voulais absolument devenir militaire dans l’infanterie parachutiste, j’ai demandé la formation au CFIM de la 11e BP, au camp de Caylus. »


Renseignez-vous !

Ce projet tenace est le meilleur allié de Charles pour réussir sa formation. « L’idéal est d’arriver au CFIM avec une idée précise de ce qu’on veut faire, soutient le capitaine Matthieu, commandant d’unité de la 11e compagnie d'instruction du CFIM de la 11e brigade parachutiste, à Caylus. Les engagés qui réussissent le mieux sont ceux qui se sont renseignés sur une spécialité qui les intéresse dans l’armée – par exemple dans les CIRFA (centres d’information et de recrutement des forces armées) – et qui en ont fait un projet. Après les attentats de novembre 2015, beaucoup se sont engagés sans s’être vraiment informés, ce qui a occasionné quelques départs anticipés. » En effet, mieux vaut savoir à quoi s’attendre durant ces 12 semaines de formation initiale.


Cours théoriques et exercices pratiques

Outre la variété dans le déroulement des journées, la progressivité est le maître mot : ces trois mois permettent aux EVI de se familiariser par étapes avec le quotidien du soldat. « Le premier mois, précise le capitaine Matthieu, il y a plus de cours théoriques. L’objectif est d’apprendre à monter et à entretenir un fusil Famas, à connaître les règlements militaires, les grades, les principes de la légitime défense, le droit des conflits armés. » Des cours très différents d’une formation dans le civil, explique Charles : « D’abord les thèmes abordés n’ont rien à voir, puisque j’ai étudié les mines, les sous-munitions et les armes chimiques ! Et il est très facile de poser des questions aux formateurs – tous cadres militaires en régiments opérationnels –, car ils se rendent disponibles en cours. »


Jogging en treillis et rangers : la « méthode naturelle » !

Mais attention, il n’y a pas que de la théorie, loin de là. Montage et entretien des armes, tir, combat, déplacement tactique, parcours du combattant, sport, sport et encore sport. « Après leur lever à 6 heures, leur toilette et leur petit déjeuner, les EVI commencent généralement par une séance de musculation, un entraînement aux techniques de combat à mains nues ou une course d’orientation, précise le capitaine Matthieu. Les sections de parachutistes ont des exercices supplémentaires qu’on appelle PACT (pompes, abdos, corde et traction). » La marche et la course à pied occupent une grande place dans l’activité sportive. Pour la pratique, le short et les baskets admis en début de formation sont rapidement remplacés par le treillis et les rangers : « Nous appelons ça la “méthode naturelle”, explique le capitaine. De même, la marche longue avec l’équipement complet (paquetage, arme et gilet de protection) fait 5 kilomètres en début de formation pour atteindre 20 kilomètres à la fin. »


« Le but est que chacun progresse »

Avec une telle place accordée au sport, une préparation physique s’impose-t-elle avant d’intégrer la formation ? « Avant de devenir militaire, je pratiquais un sport quotidiennement, se souvient Charles, ce qui ne m’a pas empêché d’être surpris par la vitesse demandée lors des marches au CFIM ! » Le capitaine modère : « Il faut se préparer, mais il faut aussi éviter d’en faire trop et d’arriver blessé, car on peut se démotiver. Je précise qu’avant d’entrer au CFIM, les EVI passent des tests sur la base desquels nous constituons des groupes de niveaux avec notre cellule sport. Le but est que chacun progresse. »


Le choix minutieux d’un binôme

Le camp de Caylus, qui s’étend sur 5 500 hectares comprenant les champs de manœuvre et de tir, peut accueillir 400 EVI simultanément. Autant dire que l’esprit collectif domine. « Nous leur transmettons la valeur de la cohésion pour leur faire comprendre que tout seul on ne peut rien réussir, explique le capitaine. La vie en collectivité fait partie de cet apprentissage, et je suis encore surpris que certaines recrues aient du mal à vivre en groupe. Militaire n’est pas un métier individuel. » Dans les chambrées, les EVI logent à 4 ou 6. Et c’est parmi le groupe de la chambrée qu'ils choisissent leur binôme. « Le binôme, c’est une personne qu’on choisit en début de formation, précise Charles. On fait des vérifications l’un pour l’autre pendant les exercices, on regarde si la sécurité est bien engagée sur le fusil de l’autre, etc. Le mien est devenu un ami ! »


« Il faut se proposer dès que l’encadrement demande quelque chose »

À 18 heures, c’est le dîner puis le « temps libre » au camp de Caylus. Certains révisent, d’autres préparent leur paquetage du lendemain. Toutes les deux semaines, c’est la perm’ : une autorisation de 72 heures de quitter le camp et de rejoindre sa famille, ses amis. Et pour ceux qui restent, c’est quartier libre : télé, lessive, Internet, rangement, révisions. Des conseils pour réussir sa formation ? « Il ne faut pas jouer la forte tête, conseille Charles, ni être trop à l’aise avec l’encadrement. Il faut être volontaire dès que l’encadrement demande quelque chose ; il faut être assidu, bien écouter en cours, et surtout réviser pendant son temps libre. » Après sa formation initiale, Charles entamera une formation technique spécialisée dans l’infanterie. Son projet : devenir tireur de précision. Le CFIM l’aura mis sur la voie.


La journée-type au CFIM de Caylus
6h : Lever, douche, lit au carré
6h30 – 7h : Petit déjeuner
7h50 : Rassemblement de la compagnie
8h – 10h : Séance de sport
10h – 12h : Cours ou exercices
12h – 13h15 : Déjeuner
13h15 – 16h : Cours ou exercices
16h – 18h : Séance de sport ou cours ou exercices
18h – 19h15 : Dîner
19h15 : Temps libre ou révisions
22h : Coucher