Les réponses de Samuel Étienne à vos questions

Publié le , mis à jour le

Interview réalisée en novembre 2007.

Sur la formation

Je souhaiterais connaître votre parcours, les études que vous avez faites pour devenir journaliste. Avez-vous fait des stages ? Avez-vous réussi dès le début ? (Christina, club-internet.fr)
Mon parcours étudiant a été assez… dispersé. Après un bac scientifique, j’ai réussi le concours d’entrée de Sciences po à Paris. Mais, pour des raisons diverses, je ne m’y suis pas plu. Je n’y suis resté qu’un an, avant de revenir à Rennes (ma ville d’origine), pour faire un peu de droit. Je dis bien un peu, car je n’étais guère assidu : j’allais surtout en cours pour savoir où seraient données les meilleures soirées… Au bout de deux ans, je me suis tout de même dit que je faisais fausse route. C’est alors que je me suis souvenu qu’enfant, j’avais ce rêve : devenir journaliste. J’ai fait un premier stage (à Ouest-France, à Laval), et là, je crois que l’on peut parler d’illumination : ce métier de journaliste était au cœur, au carrefour, de tout ce que j’aimais, lire, écrire, m’informer, informer, partager les mots… Je ne suis jamais revenu de cette illumination, et j’ai embrassé avec passion ce métier.

Quelles sont selon vous les meilleures formations permettant d'accéder au métier de journaliste ? (Laura, laposte.net)
Le journalisme est l’une des dernières professions « ouvertes » à des personnes qui ne sont pas nécessairement passées par une école. Je croise tous les jours de très bon journalistes qui ont fait des études de lettres, de droit, de médecine, ou encore une école de commerce… voire pas d’études du tout. Reste que cette profession, au fil des ans, se professionnalise : aujourd’hui, de plus en plus de journalistes ont suivi une formation spécialisée. On peut alors esquisser le parcours « royal » : un Institut d’études politiques (idéalement Paris), suivi d’une école de journalisme de bon niveau. Reste que ce n’est pas l’école qui fait le bon journaliste.

Où « apprend-on » à devenir journaliste : en école ou à la fac ? (Matthieu, hotmail.com)
Il n’y a pas un lieu meilleur qu’un autre. L’avantage d’une école, c’est que les cours sont plus tournés vers l’apprentissage du métier, via la découverte des techniques rédactionnelles, la manipulation des outils techniques (caméra, prise de son en radio, montage…), etc. C’est un enseignement plus spécifique qui a son intérêt, qui enseigne les bases du métier. Mais ce n’est ni dans une école, ni en faculté que l’on apprend le journalisme, c’est dans une rédaction.

Est-il possible de devenir journaliste télé sans passer par une école ? Si oui, comment ? (vanessa, hotmail.com)
Bien sûr. Mais ce n’est pas facile pour autant. Le journalisme est une profession qui attire de nombreux candidats. Et les premières années sont toujours un peu difficiles, avec des conditions de travail souvent précaires. D’après ce que j’ai observé, la sélection se fait sur le talent, bien sûr, mais aussi (et peut-être surtout) sur la motivation. Il faut travailler beaucoup, multiplier les expériences, les stages au début, dans les rédactions les plus diverses. Accepter de se dire : « Je ne sais rien, j’ai tout à apprendre. » Accepter aussi de travailler longtemps, pour pas grand-chose, afin d’acquérir une expérience essentielle pour réussir dans ce métier.

Faut-il obligatoirement passer par une école de journalisme reconnue par la profession ? (Gaëlle, caramail.com)
Je croise tous les jours d’excellents journalistes, à la réussite incontestable, qui ont fait de piètres études, ni très longues, ni très glorieuses. À l’inverse, je connais aussi des personnes qui ont réalisé un parcours étudiant sans fautes, et qui n’ont pas réussi dans ce métier. Souvent parce qu’elles n’avaient pas suffisamment « faim ». Oui, on peut devenir journaliste sans passer par une école reconnue par la profession, mais tes débuts seront plus difficiles. Cela étant, il ne faut pas se voiler la face : dans une école qui n’est pas reconnue, tu risques de trouver un enseignement de moins bonne qualité que dans un établissement qui l’est.

Auriez-vous des conseils à me donner concernant la préparation aux concours des écoles de journalisme et la formation elle-même ? (Esther, voila.fr)
Être passionné. Travailler beaucoup, plus que les autres. Choisir le média, l’exercice où l’on a le plus de plaisir. Se montrer persévérant, surtout les premières années. Voilà pour quelques conseils généraux. Pour la préparation des écoles de journalisme, il faut absolument que tu te procures les annales des écoles que tu vises. Un concours, c’est finalement assez bête. Il suffit de s’entraîner correctement pour un exercice type. Reste à bien comprendre en quoi consiste cet exercice, c’est-à-dire les épreuves que tu vas rencontrer. Le reste est affaire de préparation, et de travail. Sinon, au quotidien, se passionner pour l’actualité, à la radio, à la télé, dans les journaux, sur Internet… Mais cela est évident quand on veut embrasser cette profession.

Existe-t-il une spécialisation dans les écoles pour devenir journaliste télé ? (Élise, wanadoo.fr)
Oui, la plupart des écoles de journalisme proposent, à partir de la deuxième année, une spécialisation en fonction des différents médias. Je crois d’ailleurs beaucoup aux vertus de la spécialisation au début d’une carrière. Pour intéresser une rédaction, il faut être « utilisable », opérationnel tout de suite.

Sur les débuts

Comment percer dans le milieu de la télé et du journalisme ? Faut-il être « pistonné » ? (Laurine, yahoo.fr)
Je ne crois absolument pas au piston. Il y a désormais un tel niveau d’exigence dans les rédactions que si vous arrivez à un poste sans avoir les compétences requises, vous êtes très vite écarté. Un journaliste se doit d'être rapide, efficace. S’il ne l’est pas il doit laisser sa place à meilleur que lui. J’ai croisé quelques « pistonnés » au cours de ma petite carrière. Je n’en ai jamais vu un réussir.
Cela dit, pour être tout à fait honnête, un bon piston peut aider à décrocher un stage, guère plus. Mais harceler un DRH ou un directeur de la rédaction de courriers et de coups de téléphone, ça fonctionne aussi...

Lorsque vous avez débuté, étiez-vous pigiste ? Si oui, comment trouviez-vous les sujets de vos articles : était-ce la rédaction qui vous les fournissait ou faisiez-vous des propositions ? (Fatiha, yahoo.fr)
Je n’ai jamais été pigiste. Notamment parce que je ne me sentais pas armé pour ce profil. Souvent, en effet, c’est le pigiste qui propose ses angles, ses papiers. Et je n’ai jamais brillé par mon inventivité, mon imagination. Je préfère mettre ma plume au service des idées des autres. En revanche, si vous l’êtes (inventif, imaginatif…), vous avez toutes les qualités pour être pigiste. La pige est une bonne école pour apprendre le métier, en particulier parce qu’elle permet de travailler pour plusieurs rédactions. Reste que ce statut est éminemment précaire et les rentrées d’argent aléatoires. La plupart des journalistes pigistes ne rêvent que d’une chose : intégrer une rédaction.

En tant que rédacteur en chef, quels types de profils (études, parcours professionnel) aimez-vous recruter ? (Jessica, free.fr)
Comme je l’ai dit plus haut, mon expérience m’a enseigné que les personnes au parcours étudiant brillant ne faisaient pas toujours les meilleurs journalistes. Je privilégie la motivation, l’envie d’apprendre, l’humilité, la curiosité, l’énergie. Mais bon, si à toutes ces qualités s’ajoutent de bonnes études, je n’écarte pas le candidat…

Quelles sont les compétences essentielles pour devenir un bon journaliste télé ? (Imane, msn.com)
Les mêmes que pour devenir un bon journaliste. Mais si tu te destines à l’antenne, il faut bien sûr t’assurer que tu es à l’aise devant une caméra, qu’un plateau de télévision ne te stresse pas et que tu y prends du plaisir. Il y a aussi une qualité un peu étrange, difficilement définissable : la télégénie. Certaines personnes – et pas forcément les plus belles – passent mieux que d’autres à la télévision. Pour savoir si on est télégénique, c’est simple, il suffit de passer à la télé… et d’écouter les commentaires. Enfin, ne choisis pas cette spécialisation pour le côté « paillettes » de ce média, pour la pseudo-célébrité qu’il peut apporter, mais bien parce qu’il t’intéresse plus – d’un point de vue journalistique – que la radio ou la presse écrite…

Sur le métier

Comment définiriez-vous le métier de journaliste ? (Mathilde, yahoo.fr)
Pour moi, le journaliste est celui qui voit, constate, rapporte et témoigne. Il est l’un des acteurs essentiels de la nécessaire transparence de nos sociétés et de l’exigence de vérité dans le monde. Prenez l’exemple du Darfour : si la communauté internationale a commencé à se mobiliser, c’est notamment grâce au travail de certains journalistes. Reste qu’il y a des degrés dans l’exercice de ce métier. À mon sens, un journaliste d’agence ou de presse quotidienne régionale, comme Ouest-France, est infiniment plus journaliste qu’un présentateur qui assure essentiellement une fonction de transformation, de mise en forme de l’information. Le journaliste d’agence, ou le « localier », collecte souvent lui-même l’information qu’il rapporte ensuite à ses lecteurs. C’est aussi le cas pour le reporter ou l’envoyé spécial... On est là, je crois, plus proche de l’essence du journalisme.

Concrètement, en quoi consiste votre métier au quotidien ? (Mélody, hotmail.com)
J’ai une telle passion pour mon métier que j’essaye de mener plusieurs « jobs » de front : animer une émission le midi sur Canal+ (« l’Édition spéciale ») et un débat sur l’actualité du jour le soir sur i-Télé (« N’ayons pas peur des mots »), présenter une émission hebdomadaire de grands reportages et de documentaires sur Planète (« Planète Société »). Disons que je ne cesse de courir, de 7 h le matin à minuit, entre mes différents employeurs, mes différents claviers d’ordinateurs, mes différents plateaux. Le journalisme a littéralement donné sens à ma vie. J’estime que c’est une telle chance d’avoir rencontré ce métier, que j’essaye de me montrer à la hauteur, notamment en mettant le plus de passion possible dans tout ce que je fais. J’ai bien conscience de répondre de manière lapidaire à ta question. N’hésite pas à m’adresser un courrier, à Canal+ ou i-Télé, j’essaierai de te répondre plus longuement.

Vous semblez à l'aise et décomplexé par rapport à l'information que vous livrez à l'antenne. D'où vous vient ce détachement, et comment définiriez-vous votre relation avec l'info ? (Stéphane, caramail.com)
Heu… sans doute d’une forme d’inconscience. Quand je suis sur un plateau de télévision, face à une caméra, même entouré d’invités, de chroniqueurs, voire d’un public, j’ai le sentiment… d’être seul. Tout seul, dans une bulle de plaisir, me livrant à un petit trafic de mots dans mon coin… C’est étrange, mais je n’ai jamais conscience que l’on me regarde vraiment, qu’il y a des téléspectateurs. Je me parle d’abord à moi, je me raconte des histoires d’information… Ma relation à l’info en découle. Je suis bien évidemment passionné par l’actualité, par le souci de comprendre le monde dans lequel nous évoluons. Mais l’information est aussi pour moi une matière, que j’utilise pour mes petits plaisirs d’écriture, via le choix des mots, de certaines sonorités… Je m'amuse beaucoup...

Pourquoi as-tu choisi la télévision et non la presse écrite ou la radio ? Combien gagnes-tu ? (Antoine, gmail.com)
J'ai opéré par glissements successifs. J'ai débuté en presse écrite. Mais, en découvrant la radio, je me suis rendu compte que j'avais plus de plaisir dans ce média. Puis j'ai découvert que je préférais l'antenne (présenter un journal) au reportage. Quelques années plus tard enfin, j'ai découvert le média télé. Et là encore, nouveau glissement, parce que je me suis rendu compte que je m'amusais encore plus en télé, et que ma manière d'écrire correspondait mieux à ce média. Quand j'épuise le plaisir que j'éprouve dans un exercice ou une rédaction, je regarde autour de moi, et je me demande où je pourrais en ressentir de nouveau. Quand j'ai trouvé, je glisse vers d'autres aventures.
Quant à mon salaire... Tu n'es pas sans savoir qu'en France parler d'argent est toujours un peu tabou. Et... je ne déroge pas à la règle. Je ne te dirai donc pas combien je gagne :-). Mais je peux te dire que, d'une manière générale, on gagne mieux sa vie en radio qu'en presse écrite, mieux en télé qu'en radio, et mieux en présentation qu'en reportage.

Y a-t-il une réelle différence entre un journaliste télé, de presse, de radio et de Web ? (Jennifer, msn.com)
Quel que soit le média, les aspirations des journalistes sont les mêmes : informer le mieux possible, avec des informations les plus justes et sous la forme la plus agréable. Reste que, sur un plan technique, les journalistes de presse écrite, de radio et de télévision travaillent très différemment. Les outils, la façon d'écrire et les contraintes ne sont pas les mêmes. Un très bon journaliste de télévision peut se révéler un piètre journaliste de presse écrite... et inversement.

Le reporter peut-il traiter tous les sujets qu'il souhaite ou bien est-ce le rédacteur en chef qui décide ? Quels sont, selon vous, les critères pour avoir un « bon invité » ? (Eugénie, yahoo.fr)
La ligne éditoriale d'un journal ou d'un JT est le fruit d'échanges permanents au sein d'une rédaction dont la vie est rythmée par les conférences de rédaction. Les journalistes discutent des sujets et de la manière dont ils veulent les traiter. En dernier ressort, c'est le rédacteur en chef ou le directeur de la rédaction qui tranche, mais la décision est toujours le fruit d'un processus de discussion, où chacun essaye de convaincre l'autre. C'est l'un des aspects sympathiques de la vie d'une rédaction. Quant au bon invité, c'est celui qui peut apporter une réponse à la question que le journaliste se pose sur un sujet donné. C'est aussi celui qui, sur un plateau télé ou dans un studio de radio, sera à l'aise, fera passer clairement son message et sans prendre prétexte de sa présence pour transmettre d'autres informations/idées sans rapport direct avec la question posée.

À l'heure où la révolution du Web communautaire bat son plein et où bon nombre d'internautes peuvent s'improviser rédacteurs, quel rôle et quel avenir doit-on prêter au journaliste professionnel ? (Phil, gortych.com)
Le fait que chacun puisse donner son avis sur des faits d'actualité, voire porter des données à la connaissance du grand public grâce à Internet, est extrêmement positif. Il faut se féliciter de cette nouvelle manière de s'informer, qui vient s'ajouter aux autres mais qui ne les remplace pas. Car le journaliste professionnel est tenu à des obligations : s'assurer de la véracité des nouvelles qu'il rapporte, vérifier ses sources, hiérarchiser l'information, la mettre en forme. La qualité d'une diffuseur d'informations se mesure notamment à la confiance qu'il inspire. Les journalistes d'une même rédaction sont autant de garde-fous : chaque article est lu par plusieurs personnes, le chef de service, le rédacteur en chef, le secrétaire de rédaction... Ces garde-fous n'existent pas forcément dans le Web communautaire, il faut donc prendre les renseignements que l'on y trouve avec un peu plus de prudence.

Que pensez-vous de la liberté de la presse aujourd'hui? Est-on plus libre à la télé que dans un journal ? (Sabrina, hotmail.com)
La liberté d'un journaliste tient avant tout à sa hiérarchie, et plus encore... aux actionnaires qui possèdent son média. Certains patrons laissent une entière liberté à leurs journalistes, d'autres sont plus interventionnistes. Cela n'a rien à voir avec le média, télévision, radio ou presse écrite. À vous de choisir une rédaction où vous vous sentez libre, où vous êtes d'accord avec les choix éditoriaux de vos supérieurs.

Le journalisme est-il un milieu bouché aujourd'hui ? (Maila, hotmail.com)
Non, mille fois non. Évidemment, c'est quelque chose que vous entendrez régulièrement, peut-être de la part de vos parents, de vos professeurs, voire de certains journalistes. Il est évident que cette profession attire beaucoup de candidats, et que peu sont élus. Oui, les premières années sont difficiles, oui, il est dur de percer. Mais, avec une réelle motivation, et une capacité correcte de travail, je garantis que l'on peut y arriver. Il y aura toujours du travail pour les plus passionnés d'entre vous.

Pensez-vous qu'il y a encore un avenir dans la presse écrite ? (Manon, free.fr)
Impossible de nier que la presse écrite quotidienne nationale traverse une crise. En revanche, la presse régionale se porte plutôt bien, la presse magazine française est l’une des plus importantes au monde et les journaux gratuits, qui ont fait leur apparition il y a quelques années, semblent tirer leur épingle du jeu… Donc, oui, je suis persuadé que la presse écrite a encore un avenir. Même si c’est sous des formes nouvelles ou qui restent à inventer.

Un dernier mot pour vous remercier de la pertinence de vos questions. J'espère que vous aurez trouvé mes réponses également pertinentes…


 

blog comments powered by Disqus





Les métiers par secteur


Recherche métiers par critères






uimm_banner_300x150-200114




Recherche métiers par critères







OK

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt. Gérer les cookies sur ce site