Réforme d'Affelnet : la grande déception des bons élèves parisiens

Par Sarah Nafti, publié le 07 Juillet 2021
6 min

La réforme d'Affelnet, qui permet à Paris de répartir les collégiens dans les lycées, a changé les règles du jeu cette année, laissant dépitées de nombreuses familles.

"Comment va-t-on expliquer aux enfants qu'il faut travailler à l'école, alors qu'avec 18 de moyenne, ma fille n'a reçu aucune affectation en lycée ?" Catherine Buche ne décolère pas depuis les résultats du premier tour d'Affelnet tombés mardi 29 juin 2021. Sa fille Agathe, scolarisée au collège Courteline dans le XIIe arrondissement de Paris, coche toutes les cases des attendus scolaires : une élève studieuse, à très bonne moyenne, qui "visait de bons établissements".

Affelnet à Paris : la réforme rebat les cartes

La réforme d'Affelnet, qui permet à Paris de répartir les collégiens dans les lycées, a changé les règles du jeu cette année. Désormais, au lieu de quatre districts, chaque collège a une liste de lycées qui lui sont rattachés, dont 5 en secteur 1, à 25 minutes de transports, puis d'autres en secteur 2 et dans les autres secteurs.

Au mois de mai, les parents ont dressé une liste de 10 choix parmi les lycées visés. "On nous a dit qu'il était recommandé mais pas obligatoire d'y mettre les 5 lycées du secteur 1", rappelle Catherine Buche, qui a discuté de la liste -ne comprenant que deux lycées cotés du secteur- avec l'équipe enseignante. Sa fille n'a obtenu aucun des lycées demandés, comme huit autres élèves de son collège dont les moyennes oscillaient entre 14 et 18.

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De bons élèves passent à côté de bons lycées

Et il y a également les élèves déçus de leur affectation, "21% ont été affectés sur leurs quatre derniers vœux", constatent les professeurs du collège Courteline dans une lettre de soutien aux familles concernées. "9,3% seulement ont obtenu une affectation à Hélène Boucher ou à Charlemagne", les deux lycées les plus demandés du secteur 1 du collège Courteline. "47% des élèves ont obtenu l'un de leurs trois premiers vœux alors qu'on était à plus de 80% l'an dernier", remarque Stéphane Bertrand, de la Peep Courteline.

Valentine, scolarisée au collège Charlemagne, dans le IVe arrondissement, n'a obtenu que son sixième vœu, malgré un 18 de moyenne, "et parce qu'on a joué le jeu et mis tous les lycées de secteur", regrette sa mère Laure Dumoulié. "Au final, elle va dans un lycée qui n'a pas de spécialité physique-chimie alors qu'elle veut faire vétérinaire. Elle sera obligée de changer l'an prochain."

Objectif mixité sociale

Des témoignages similaires émanent des collèges Victor Hugo (IIIe), Rognony (Ve), Condorcet (VIIIe)… Leur point commun : n'avoir aucune bonification IPS, l'Indice de positionnement social qui remplace l'ancien bonus REP/REP+, en plus incitatif, et être en concurrence sur les affectations dans les lycées très demandés avec des collèges qui en bénéficient.

Dans un objectif de mixité scolaire, le bonus IPS "permet de donner un petit coup de pouce à des élèves issus de collèges moins favorisés, et de faire entrer dans des lycées scolairement très ségrégués des élèves de niveau intermédiaire", précise le rectorat, qui rappelle que "le poids du bonus IPS reste marginal au regard des résultats scolaires et du bonus de sectorisation", soit environ 2,7% des points sur les vœux formulés sur des lycées de secteur 1. Il est une incitation pour les familles "à scolariser leur enfant dans le collège de secteur, même lorsqu'il est moins favorisé". Dans ces collèges, notamment Valéry (XIIe), Seligmann (Xe) ou Gambetta (XXe), le taux de satisfaction des élèves augmente de plus 20 points cette année.

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La tentation du privé

"On nous a présenté cette réforme comme la possibilité de donner les mêmes chances à tous les bons élèves d'accéder aux bons établissements, et c'est tout à fait normal, note Xavier Autain, parent d'élève du collège Condorcet. Dans les faits, cela se traduit plutôt par un malus pour les élèves des certains collèges." Il dénonce "le côté expérimental" de la réforme, qui risque, au final "de pousser tous ceux qui le peuvent à inscrire leurs enfants dans le privé".

Une centaine de recours auprès du rectorat de Paris

La FCPE de Paris a mis en ligne un formulaire d'aide pour les parents. "Nous avons moins de demandes que l'an dernier, mais les profils sont très différents, avec des bons voire très bons élèves sans affectation", remarque Ghislaine Morvan Dubois, présidente de la FCPE 75. Selon elle, il y avait trop de collèges en concurrence sur certains lycées en tension. "Avec beaucoup de bons dossiers et pas assez de places pour tout le monde, la bonification IPS a joué un rôle dans les affectations en donnant les quelques points nécessaires en plus."

Pour le rectorat, les collèges sans bonification IPS n'ont pas été pénalisés mais les recours -une centaine à ce jour- "se concentrent" sur quelques établissements. Le taux de satisfaction augmente au niveau de l'académie et il y a moins d'élèves sans affectation à l'issue du premier tour (428 contre 668 en 2020). "La quasi-totalité des élèves non affectés ont choisi de ne pas placer les 5 lycées de secteur 1 dans leurs vœux", constate le rectorat, qui ajoute que "le risque de cette stratégie a été constamment rappelé aux familles" lors des réunions d'information. Seuls onze élèves avec un excellent barème (supérieur à 8000 points) ne sont pas affectés : aucun n'a fait plus de 2 vœux de secteur 1.

Les parents d'élèves des collèges sans bonus IPS, considèrent eux, avoir été floués, avec des lycées de secteur 1 en tension, devenus, de facto, quasiment inaccessibles aux non boursiers, même avec de très bons dossiers scolaires.

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