Polémique Affelnet à Paris : que reprochent les collégiens de 3e et leurs familles à la réforme ?

Par Marine Richard, publié le 19 Mars 2021
6 min

Dans l'académie de Paris, la refonte de la carte scolaire, dont la nouvelle mouture a été dévoilée début mars, suscite l’incompréhension chez les futurs lycéens et leurs parents.

C'est d'abord le calendrier resserré de la réforme de la carte scolaire à Paris qui a provoqué l'énervement des familles. "Elle a été tardivement annoncée, en mars, dans un contexte de crise sanitaire, alors que les parents d’élèves doivent remplir leurs vœux en mai", regrette un représentant des parents élus des collèges du 20e arrondissement. Une précipitation également dénoncée par Hakima Alaoui, qui coordonne les parents parisiens du 17e et du 8e : "Toutes les familles se sont projetées sur l’ancien système et ont déjà fait des choix. Les parents réfléchissent à l’affectation de leur enfant bien avant la classe de troisième".

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Un choix de lycées restreint

Au-delà de ce reproche, les familles s’insurgent contre le choix limité de lycées proposés en secteur 1 : "Ma fille a l’impression qu’elle va devoir rester cantonnée dans le 20e, avec cinq uniques lycées rattachés à son collège en secteur 1", argue une maman d’élève inscrite au collège Flora Tristan.

Le rectorat assure que chaque collège sera rattaché à au moins un ou deux lycées réputés, en secteur 1. Sauf pour la périphérie, selon cette mère de famille du 20e arrondissement : "Depuis la 6e, ma fille a 18 de moyenne dans son collège, classé REP. Elle a commencé à cibler des lycées dans lesquels elle voulait aller avec ses copines, comme Sophie Germain ou Charlemagne, dès la 4e. Et aujourd’hui, on change les règles du jeu en cours d’année et elle ne peut plus prétendre à ces établissements situés dans l’hypercentre en secteur 1", ajoute-t-elle, inquiète de la perte de motivation de sa fille après l’annonce de cette réforme.

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Un même bonus IPS "pour un enfant de chef d’entreprise et un enfant de concierge"

Grande nouveauté d’Affelnet 2021, le bonus IPS (indicateur de position sociale), qui mesure les conditions de vie de l’élève, est lui aussi contesté. "Il est désormais déterminé en fonction de la catégorie sociale de l’établissement, ce qui est injuste. Si un enfant de chef d’entreprise et un enfant de concierge se retrouvent dans le même établissement, ils auront le même bonus", d’après Hervé Rindzunski, à la tête de la coordination des parents parisiens du centre.

Philippe Noury, qui coordonne les actions des parents des 17e et 8e arrondissements, considère que l'objectif de mixité scolaire affiché par le rectorat, via l'IPS notamment, a des chances d'être rempli. Mais il craint que cette mixité scolaire ne soit pas suffisamment accompagnée : si un très bon élève issu du collège Boris Vian, dans le 17e, classé REP, qui a un bonus IPS élevé, se retrouve au lycée Carnot, un établissement d'excellence, sa moyenne risque de chuter s'il n'est pas suivi par son établissement.

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"Les moins bien affectés sont les très bons élèves"

Les parents d’élèves du centre de Paris dénoncent également un "centre bashing". "Les moins bien affectés sont les très bons élèves issus des établissements les plus favorisés, qui n’auront pas de bonus IPS. L’idée de cette réforme, c’est de dispatcher les têtes de classe", assure Hervé Rindzunski.

Le rectorat affiche en effet la volonté de "changer l’image de certains établissements en y envoyant des élèves avec des profils scolaires plus favorisés pour faire basculer le choix des familles." Il met également en avant un accès plus aisé à des spécialités rares grâce au secteur 2 qui permet de candidater à des lycées situés à 40 minutes du collège de secteur. Mais pour Philippe Noury, "chaque secteur n’offre pas le même nombre de points, donc on a peu de chances d’aller dans un lycée proposant une spécialité rare situé en secteur 2 ou 3. Je souhaite que ma fille suive des cours de russe. Si cette langue n’est pas proposée parmi les cinq établissements de secteur 1 auxquels on peut candidater, elle ne l’apprendra sûrement pas."

Les parents d’élèves demandent donc un gel de cette réforme et certains appellent à la mise en place d'une simulation cette année, "pour voir les effets de la nouvelle mouture avant de la corriger et de la mettre en œuvre l’an prochain", à l’image de ce représentant des parents élus des collèges du 20e arrondissement de Paris. Une revendication qui trouve écho auprès de Brigitte Kuster, députée LR. Dans un courrier, elle demande également au ministre de revenir sur sa réforme. Contacté par l'Etudiant, le rectorat de l'académie de Paris ne confirme pour le moment aucun recul.

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