Des collégiens font de l'impro à la Comédie-Française

Par Séverine Mermilliod, publié le 29 Juin 2022
7 min

VIDÉOS. Ils ont marché dans les pas de Jamel Debbouze. Vendredi 24 juin, onze équipes de collégiens de toute la France se sont affrontées lors du douzième Trophée d’Impro Culture & Diversité. Une pratique autant artistique qu’éducative qui "change des vies".

Un arbitre, un terrain et des joueurs en maillot prêts à s’affronter dans un match. Mais pas question de football : les onze équipes de six collégiens de toute la France, montées sur scène vendredi 24 juin à la Comédie-Française, pratiquent l’improvisation théâtrale.

"Un moment historique à plus d’un titre", selon la maîtresse de cérémonie de la finale nationale du Trophée d’Impro Culture & Diversité, Mélanie Le Moine. Car si le Trophée, qui permet à des jeunes de collèges de l’éducation prioritaire ou de zones rurales de découvrir l’improvisation, existe depuis 2010, il aura fallu "attendre les 400 ans de la naissance de Molière pour faire se rencontrer deux mondes qui partagent plus qu’ils ne le croient" : le théâtre classique et l’impro.

Le trophée d’impro Culture & Diversité permet aux collégiens de découvrir cet art oratoire.
Le trophée d’impro Culture & Diversité permet aux collégiens de découvrir cet art oratoire. // © Thomas Raffoux / Fondation Culture & Diversité

Des thèmes absurdes, des catégories différentes et c'est parti pour les matchs

Le déroulé d’un match est précis : les équipes sont accueillies en musique avant que l’arbitre, "la terreur des patinoires" Nour el Yakinn Louiz, n’entre en scène. "La patinoire", c’est l’espace de jeu dans lequel deux équipes de six joueurs et joueuses, aidés de leur coach, vont devoir créer une scène de toutes pièces.

"Un blaireau sur la départementale", "l’horrible affaire des clous de cercueil", ou encore "un palet breton pour le sultan"… Les thèmes absurdes et les catégories, mixtes ou comparées, parfois sans parole ou à la manière de Molière, s’enchaînent sous les rires de la salle et on se demande comment les ados vont s’en dépêtrer.

Vingt secondes de discussion et les voilà partis, seuls ou à plusieurs, pour une durée de jeu allant de 30 secondes à deux ou trois minutes. À l’issue du match, l’arbitre explique les fautes qu’il a pu siffler et le public lève un carton, rouge ou blanc selon l’équipe qu’il juge gagnante. Une bonne réplique, une bonne chute… Ca ne se joue jamais à grand chose.

Deux équipes de six joueurs et joueuses, aidés de leur coach, s'affrontent sur une "patinoire" sous les yeux d'un arbitre.
Deux équipes de six joueurs et joueuses, aidés de leur coach, s'affrontent sur une "patinoire" sous les yeux d'un arbitre. // © Thomas Raffoux / Fondation Culture & Diversité

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Jouer à la Comédie-Française et… avec Jamel Debbouze

Les deux finalistes du soir sont les équipes d'Auvergne-Rhône-Alpes et d’Île-de-France/Normandie. "C’était bien mais rapide", constate Louna, 13 ans, venue de Brest (29) et qui n’a pas vu le temps passer.

"J’ai apprécié. Je regrette juste de ne pas avoir gagné de match", témoigne Oraya, 13 ans, qui fait aussi partie de l’équipe bretonne avec Pauline, Samuel, Gianni et Robin. Mais la déception est vite balayée par la coach et comédienne, Paméla Olea. "La majorité des équipes avait fait le trophée régional, pas vous. Et on n’a presque pas fait de fautes", leur rappelle-t-elle, alors que la troupe a en majorité commencé l’impro cette année seulement.

Et puis jouer à la Comédie-Française, ça n’est pas rien ! "C’était impressionnant", confirme Pauline, très émue et bien fatiguée. "C’était vraiment incroyable de voir tout ce monde. Ma sœur est même venue", confie Gianni, touché. Pour sa part, Samuel l’assure : il va tout faire pour continuer l’impro. Lui comme Oraya sont contents d’avoir joué avec les Réunionnais, avec qui ils ont tissé des liens la veille.

Après la finale, un match de gala a réuni deux équipes mêlant entre autres Jamel Debbouze, parrain du Trophée, les acteurs Serge Bagdassarian et Séphora Pondi de la Comédie-Française, et six collégiens.

Robin, 11 ans, fait partie des six chanceux. "J'étais super content ! Sur le moment je ne me rendais pas trop compte que je jouais avec lui, mais je m'en souviendrai pendant très longtemps."

Parrain du trophée, Jamel Debbouze a participé à un match de gala.
Parrain du trophée, Jamel Debbouze a participé à un match de gala. // © Thomas Raffoux / Fondation Culture & Diversité

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L'impro comme accès à l’éducation artistique et culturelle

Le lien à l’autre est justement l’un des objectifs du Trophée. "Ce sont des jeunes qui ne se connaissent pas mais qui vont faire le spectacle ensemble. On construit – et on se construit – avec l’autre, donc on le regarde autrement quels que soient son genre, sa taille, son origine", explique Alain Degois, dit 'Papy', directeur artistique du Trophée et fondateur de la compagnie Declic Théâtre.

À l’origine, il rencontre Jamel Debbouze quand ce dernier est encore au collège à Trappes (78). "Je faisais des ateliers de théâtre, il se moquait. Je lui ai dit : 'Au lieu de nous chambrer, viens !' Quand il rentrait sur scène, il jouait sa vie. Il a tout de suite été capitaine de son équipe. C’était le début d’une grande aventure", se souvient le comédien. Plus tard, les deux compères contactent la fondation Culture & Diversité. “Jamel nous a dit, ‘ça a changé ma vie, ça peut changer celle de tous les jeunes”, raconte Eléonore de Lacharrière, déléguée générale de la fondation qui a fondé le Trophée.

De quatre équipes au départ, ce sont aujourd’hui 31 compagnies et 133 collèges qui participent au dispositif, avec des tournois locaux et régionaux toute l’année.

"L’impro leur donne confiance en eux et c’est une ouverture sur la culture, un lien vers les œuvres et les auteurs", souligne la déléguée. "Ça a enlevé un peu de ma timidité", reconnaît Louna de l’équipe Bretagne, tandis qu’Oraya constate que l’impro lui a "servi aussi pour des exposés".

Un moteur de découverte de soi

"Un espace d’expression comme celui de 'la patinoire', où on peut laisser libre cours à son humanité, à sa capacité à créer, chanter, avoir de l’humour… C’est magique", renchérit 'Papy' pour qui l’impro devrait être enseignée dans tous les collèges de France.

"C’est un moteur de découverte de soi très puissant : ici tout est possible, ça change des vies !" En témoigne Jamel Debbouze, en clôture de la soirée, "un peu impressionné d’être ici" mais surtout "très, très fier" de voir tous ces élèves faire de l’impro théâtrale. "Ça me fait chaud au cœur car c’est grâce à cette discipline que j’ai pu m’exprimer et avoir le sentiment d’être digne."

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