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Reportage

À Lille, les étudiants se confrontent au métier d’avocat dans le "Bus du droit"

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Guillaume et Nicolas, en L2 et en M1 de droit à l'université catholique de Lille, assurent des permanences juridiques aux côtés d'avocats bénévoles. // © Amélie Petitdemange
Guillaume et Nicolas, en L2 et en M1 de droit à l'université catholique de Lille, assurent des permanences juridiques aux côtés d'avocats bénévoles. // © Amélie Petitdemange

REPORTAGE. Dans le bus de l'accès au droit, des étudiants et des avocats bénévoles offrent des consultations aux habitants de communes environnantes de Lille dépourvues de permanences juridiques.

La fac de droit de l’université catholique de Lille a lancé en décembre 2019 le Bus de l’accès au droit, en partenariat avec le Barreau de Lille. Après plusieurs mois d’interruption de circulation en raison de l’épidémie de coronavirus, il a repris la route au lendemain de la sortie du confinement, le 12 mai 2020.

Le bus s’installe dans les communes autour de Lille qui sont dépourvues de permanences juridiques. Les habitants peuvent venir consulter gratuitement un avocat bénévole, accompagné d’un étudiant. Les étudiants peuvent ainsi enrichir et mettre en pratique leurs connaissances théoriques.

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Assister en direct aux consultations

Deux salles de consultation sont aménagées à l'intérieur du bus. Les habitants défilent, tous masqués, et s’installent devant un avocat. L’étudiant assiste à toute la consultation, prend des notes, voire conseille le justiciable, selon son niveau d’études. Après la consultation, l’avocat débriefe avec lui de la façon dont il a traité le cas. Si le justiciable désire continuer sa procédure avec l’avocat, l’étudiant peut aussi être sollicité pour travailler sur le dossier.

Les étudiants assistent "en direct" aux consultations, comme s’ils étaient dans un cabinet. Une expérience inédite pour nombre d’entre eux. "Pendant nos études, on apprend à être juriste mais pas avocat. Ce bénévolat nous donne une image de ce qu’est l’avocature", explique Nicolas, en master 1 de Droit pénal.

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Une cinquantaine d’étudiants bénévoles

Depuis la création du Bus du droit, en décembre 2019, environ 200 étudiants se sont portés volontaires. Une cinquantaine ont pu participer, le nombre de permanences étant réduit en raison de l’épidémie de coronavirus. "La sélection s’est opérée assez naturellement, selon les disponibilités des étudiants. Nombre d’entre eux étaient en examen par exemple", explique Anne-Claire Grandjean, professeure de droit à l’université catholique de Lille.

Ce jeudi 11 juin 2020, jour de notre reportage, le bus du droit s’arrêt à Lesquin, une dizaine de kilomètres au sud de Lille. Guillaume, en licence 2 de droit européen, est en binôme avec Maitre Houindo. "C’est ma deuxième permanence, et je compte bien continuer à la rentrée. On ne choisit pas les affaires auxquelles on va assister, donc je découvre un éventail de cas. Ça me permet de découvrir quels domaines du droit m’intéressent".

"Ce bénévolat allie la solidarité et l’apprentissage personnel. Un avocat qui nous transmet son savoir, ça n’a pas de prix !", affirme Guillaume, étudiant en droit. // © Amélie Petitdemange
"Ce bénévolat allie la solidarité et l’apprentissage personnel. Un avocat qui nous transmet son savoir, ça n’a pas de prix !", affirme Guillaume, étudiant en droit. // © Amélie Petitdemange

Les consultations sont en effet très diverses : le travail, la consommation, la famille, le logement, le pénal, le surendettement, le handicap, l’immobilier, la santé, les titres de séjour…

"Je pensais qu’il n’y aurait que du droit de la famille et du voisinage, mais pas du tout ! On a reçu une youtubeuse culinaire qui s’était fait voler ses images par la télévision", raconte Guillaume. "De mon côté, j’ai eu beaucoup de cas d’héritages", ajoute Nicolas.

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Les étudiants apprennent aussi à ne pas prendre à cœur des histoires parfois poignantes. "En tant qu’avocat, on accumule la souffrance, au début ça peut être compliqué à digérer. Il faut apprendre à prendre du recul, à garder un réflexe juridique", souligne Maitre Werquin, avocat à l’origine du Bus du droit, avec la professeure de droit Anne-Claire Grandjean et le doyen de la fac de droit. Pour lui, il est essentiel que les étudiants se confrontent à la pratique. "Ils réalisent que l’avocat ne règle pas seulement un contentieux, il a un rôle d’écoute, de conseil et d’accompagnement".

Enrichir son réseau

Ce moment privilégié avec un avocat permet aussi de nouer des relations dans le milieu. "On peut le recontacter pour demander des conseils ou un stage dans son cabinet. Ce sont souvent de jeunes avocats qui se reconnaissent en nous et ont une certaine tendresse envers nous", raconte Nicolas.

À partir de la rentrée 2020, les étudiants auront par ailleurs la possibilité de faire valoir cette expérience à travers un dispositif d'engagement étudiant. S’ils sont particulièrement investis et qu’ils soutiennent un mémoire sur le sujet, ils pourront gagner des points bonus pour valider leur année universitaire.