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Licence de droit : ce qui vous attend vraiment en première année

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Cours en amphi à l'université Panthéon-Assas à Paris. En France, seuls 40 % des étudiants franchissent le cap de la première année de droit, le plus souvent par méconnaissance de ce qui les attend. // © Paris 2-Assas
Cours en amphi à l'université Panthéon-Assas à Paris. En France, seuls 40 % des étudiants franchissent le cap de la première année de droit, le plus souvent par méconnaissance de ce qui les attend. // © Paris 2-Assas

C’est une matière que beaucoup d’entre vous n’avez jamais étudié au lycée. Difficile donc d'imaginer avant d'y être à quoi ressemblent les études en fac de droit. Quelles sont les matières que vous allez y suivre ? Aurez-vous des cours en petits groupes ou en amphi ? Nos “vrai/faux” pour voir ce qu’est (ou n'est pas) la première année de droit.

Juge pour enfants ou avocat, les métiers du droit, avec les grands procès et les séries qui rythment notre quotidien, fascinent. "Depuis le lycée, je savais que je voulais étudier le droit, être un acteur de justice. Sans trop savoir où je mettais les pieds, j’étais déjà intéressée par le métier de commissaire ou celui de juge", raconte Clara Le Stum, qui a réalisé une licence de droit privé à Montpellier et un master 2 "Usages sociaux du droit et communication juridique" à Assas (Paris).

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Des études qui ont la cote

Clara n'est pas la seule à éprouver une réelle attirance pour les études juridiques. Depuis une dizaine d'années, le droit est une des disciplines les plus courues à l'université. En 2017-2018, 207.700 jeunes ont étudié le droit, soit 1,3% de plus que l'année précédente, selon le ministère de l'Enseignement supérieur. Un engouement qui tranche avec le taux d'échec en première année : près de 60 % des étudiants de L1 abandonnent avant la fin de l'année. Certains en raison de l'insuffisance de leur travail ou de l'absence d'un réel projet professionnel, d'autres par ignorance de ce qui les attendait vraiment. "Quand on sort du lycée, on ne sait jamais à quoi s’attendre, surtout dans une faculté où l’on est plus de 1.000 élèves en première année. Heureusement, mes professeurs du lycée nous avaient bien préparé au grand changement et nous aidaient à devenir autonome avant de pénétrer dans la "jungle", se souvient Clara. 

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Car le droit est une matière que très peu d'entre vous découvrent au lycée. Alors pour vous éviter un mauvais aiguillage, l'Etudiant fait le point sur ce qu'est et ce que n'est pas la première année de droit.

Vrai ou faux #1 :

"La première année est une année de spécialisation"

Picto - FauxFAUX.

Fraîchement débarqué du lycée, l'étudiant de L1 ne connaît le plus souvent rien au droit, personne ne lui demandera donc de se spécialiser dès son arrivée. En première année, il sera plutôt un "touche-à-tout", quelle que soit la faculté qu'il intégrera. Au menu : du droit civil (les personnes physiques et morales), du droit privé (la famille : mariage, divorce, PACS, droits de l'enfant...), du droit constitutionnel (avec l'étude de la Constitution de la Ve République), du droit international (via l'études des institutions européennes et internationales) et aussi un apprentissage rapide des grandes notions juridiques et de l'organisation de la justice. Un programme généraliste qui peut s'avérer un peu déroutant. "La première année est très générale, très théorique. On étudie le droit constitutionnel, l’histoire du droit, les relations internationales, l’économie politique …. Mais aussi des matières plus juridiques comme l’introduction au droit civil ou le droit des biens. Il faudra attendre le master I, et parfois le master II, pour se spécialiser dans une matière en particulier (le droit pénal, le droit des affaires, le droit du sport…)", explique Clara.

Vrai ou faux #2 :

"Le programme compte principalement des cours de droit"

Picto - FauxFAUX.

Le programme de première année de droit comporte aussi l'étude d'une langue vivante, une initiation à l'économie et une bonne dose d'histoire (de l'État français et du droit). C'est d'ailleurs de cette matière qu'Hélène, étudiante à l'université de Strasbourg (67), se souvient le plus concernant cette première année, qu'elle n'a validée qu'à moitié : "Je me suis même fait la réflexion que je n'étais pas venue en droit pour faire tout le temps de l'histoire !"

"Les études de droit fonctionnent un peu comme un entonnoir, expose Valentine Fouache, directrice du CFJ (Centre de formation juridique), une école préparatoire privée parisienne. Au début, les possibilités sont très larges, et il faut se laisser le temps de les découvrir. C'est un peu comme médecine : plus on avance, plus on sait ce qu'on a envie de faire."

Vrai ou faux #3 :

"Pour réussir en droit, il faut apprendre par cœur"

Picto - FauxFAUX.

"Je n’ai pas le souvenir d’avoir dû apprendre par cœur des articles du code civil. Néanmoins, certaines matières, fondées sur des jurisprudences imposent de les connaître par cœur. C’est le cas notamment du droit public", souligne Clara. "Chaque semestre, il y a trois 'petites matières', autrement appelées 'les matières de par cœur'. Les épreuves peuvent être des écrits d’une heure ou des oraux. Il peut s’agir de questions, de mini dissertation, de QCM … Tout dépendra de la matière et du professeur, il faut donc très bien connaître son cours. Les 'grosses matières' supposent aussi beaucoup de connaissances mais la réflexion et la méthode juridique sont indispensables".

Pour Hugues Kenfack, ex-doyen de la faculté de droit de Toulouse 1-Capitole, "le droit est une articulation entre les règles et la pratique. Nous ne donnons pas aux étudiants des solutions toutes faites, mais nous voulons leur apprendre à réfléchir et à faire des déductions. On n'attend pas d'un juriste qu'il solutionne toutes les questions de droit, mais qu'il ait appris à raisonner."

Attention, cependant : s'il n'est pas impératif d'être un crack en droit, il faut en revanche être attentif aux cours de méthodologie, dispensés dès le début de l'année et la plupart du temps en petits groupes. Comment réaliser une dissertation, commenter un arrêt, étudier un cas pratique ? Il faut connaître ces différents formats d'épreuve pour réussir les examens.

Pour Caroline Vendeville, responsable de la licence de droit à la Faculté libre de droit de Lille, c'est l'absence de maîtrise de la méthodologie qui explique le fort taux d'échec en L1. "Les étudiants sont rarement déçus par le contenu des cours. En revanche, maîtriser les méthodes de travail, c'est plus compliqué pour certains que pour d'autres."

Vrai ou faux #4 :

"Les cours se déroulent quasi exclusivement en amphi"

Pictos vraiVRAI.

Entrer en première année de droit, c'est bien sûr entrer en première année à l'université. Et, comme pour une majorité de filières, les nouveaux arrivants en L1 suivent davantage de cours dans de grands amphis qu'en petits groupes. D'après Valentine Fouache, sur une vingtaine d'heures de cours dispensées en L1, seules trois ou quatre se déroulent sous la forme de travaux dirigés.

"Pour des lycéens habitués à des classes d'une trentaine d'élèves, cela peut être effrayant. D'un autre côté, ils viennent d'avoir le bac et ont aussi envie de profiter d'un peu d'autonomie", commente-t-elle. Le risque ? C'est l'absence de suivi individuel. D'autant que les étudiants ne sont que rarement notés. Il peut se passer deux à trois mois sans aucune évaluation, et, la plupart des examens ayant lieu en fin de semestre, ceux qui n'ont pas travaillé de façon régulière dès le début devront passer à la vitesse supérieure avant Noël pour éviter... les déconvenues !

Vrai ou faux #5 :

"Le droit, c'est comme dans les séries américaines..."

Pictos vraiPicto - Faux VRAI et FAUX.

Grâce à des séries comme "les Experts" ou, plus politique, "House of Cards", les jeunes en savent un peu plus sur les procédures ou les rapports de force... Mais il ne faut pas oublier que le droit américain et le droit français sont très différents. "Certains pensent qu'à la cour il vont devoir s'écrier 'Objection, votre honneur !'", s'amuse Caroline Vendeville.

Regarder les séries, c'est un bon début, mais lire la presse et suivre l'actualité permet aussi d'absorber un certain nombre de notions sans s'en rendre compte. D'autant qu'après les premiers cours, la compréhension des questions de droit semble plus facile. "Cela fonctionne comme une sorte d'imprégnation cérébrale", résume Valentine Fouache. Hélène renchérit : "Désormais, tout ce qui passe aux infos, je le comprends. Je ne me rendais pas compte que le vocabulaire juridique est au cœur de l'actualité, de notre vie de tous les jours !" Que ceux qui souhaitent faire du droit l'an prochain n'hésitent donc pas à se repasser l'intégralité des saisons de "Damages"... Tout en gardant à l'esprit que tout le monde ne s'appelle pas Patty Hewes !

Comment préparer au mieux son entrée en licence de droit ?
Que faire avant d'intégrer la première année ? "Reposez-vous !" : c'est le conseil de Valentine Fouache, professeure de droit public et directrice du CFJ (Centre de formation juridique), une prépa privée parisienne. "L'été précédant la rentrée à l'université, les jeunes ont tendance à stresser parce que le droit est une matière complètement inconnue au lycée, constate-t-elle. Pourtant, rien ne sert de dévaliser une librairie pour potasser sur la plage le Code civil, car les professeurs n'adoptent pas forcément le même programme." Mieux vaut se laisser porter par les premiers cours pour découvrir les différentes matières. Patience donc, et ensuite au boulot!