Décrochage à l’université : comment l’éviter ?

Par Clémentine Rigot, publié le 18 Janvier 2021
6 min

Alors que les étudiants les plus fragiles ont pu, au compte-gouttes, rejoindre les bancs de l’université, le monde de l’enseignement supérieur continue de craindre une augmentation du décrochage, aggravé cette année par les obstacles logistiques et l’isolement. Les nouvelles recrues des facultés françaises doivent redoubler de motivation pour éviter ce phénomène qui ne date pourtant pas d’hier.

Le parcours de Lavan, 27 ans, est pour le moins atypique. Sur son CV, une longue stagnation après le bac : le jeune Francilien a triplé sa première année de licence en informatique à l’Université Paris 8-Saint-Denis. "Les cours ne m’intéressaient pas, je me forçais à y aller car je pensais que c’était la seule chose que je savais faire."

Au milieu de sa troisième année, il décroche peu à peu et ne se rend plus à la fac. Pendant huit mois, il glisse vers un nouveau rythme : "Je me levais à 15h et je me couchais à 4h du matin. C’était un cercle vicieux".

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Adopter le mode de vie de l'université

Difficile, surtout à distance, de ne pas sombrer dans cette spirale. "D’un semestre à l’autre, on perd près de la moitié des effectifs de première année", recense Marc Piton, chargé d’enseignement en droit constitutionnel à l’Université Paris 12-Créteil. Alors que faire si on est sur le point de décrocher ?

Le doctorant est catégorique : il faut adopter le mode de vie de l’université à la maison. "Se lever et se préparer, travailler régulièrement et surtout ne jamais hésiter à demander de l’aide". Professeurs, camarades, membres de l’administration…

Il enjoint les étudiants à se tourner vers des figures bienveillantes pour leur apporter le soutien dont ils ont besoin. De son côté, Marc Piton propose une permanence téléphonique pour échanger sur leurs difficultés, ainsi que des DM optionnels pour compenser d’éventuels accidents.

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Les étudiants fragiles : plus susceptibles d’abandonner

Au potentiel manque de motivation s’ajoute la vulnérabilité de certains élèves : difficultés financières, solitude, détresse psychologique, mauvaise santé… autant de paramètres qui favorisent le renoncement.

D’après une étude menée en 2020 à l’Université de Lille, 33% des étudiants seraient concernés par la vulnérabilité et près de la moitié contraints d’exercer une activité rémunérée en plus des études, de quoi entraver davantage leur parcours universitaire.

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Le décrochage, un problème d'orientation

Mais il arrive aussi que le décrochage ne soit pas tant un problème de motivation que d’orientation. Vœux Parcoursup non obtenus ou absence de projet professionnel, certains jeunes finissent par abandonner un cursus qui ne leur correspond pas.

Marie s’est ainsi inscrite en licence d’Administration économique et sociale à l’Université de Strasbourg sans projet abouti. "J'ai vite compris que ce n'était pas fait pour moi et que le cadre de travail ne me convenait pas", confie-t-elle. Le grand bain de la fac est une cassure trop importante avec le suivi du lycée : Marie décroche et donne des cours d’aide aux devoirs jusqu’à la rentrée suivante, où elle entame un bachelor tourisme, obtenu en 2018.

Si ses nouvelles études lui plaisent, c’est finalement de sa période de décrochage qu’est née sa véritable vocation : l’enseignement. En 2019, elle s’inscrit à l’Institut national supérieur du professorat et de l'éducation. Reculer pour mieux sauter : l’année prochaine, Marie fera sa première rentrée en tant que professeure des écoles.

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"Jamais trop tard"

Animé par la volonté "d’aider les gens" après les attentats de Paris, Lavan parvient à sortir de son immobilisme et débute un service civique à la Caisse d’allocations familiales, en tant que médiateur informatique. "C’était une parenthèse enchantée dans ma vie. J’étais indemnisé pour un travail que j’adorais, je m’éclatais tous les jours !"

Loin du désœuvrement de la fac, il s’épanouit et prend conscience de ses capacités. Il postule alors à l’Institut de l’engagement, une association d’accompagnement post-service civique. Et, surprise : il est sélectionné. "C’était la première fois qu’on ne jugeait pas mon parcours", se souvient-il. Il participe à des formations et est encadré par une mentor qui vérifie l’avancement de son projet. "L’association, c’est un genre de label rouge pour les membres", explique-t-il.

Et ça fonctionne : son CV estampillé Institut de l’engagement et sa persévérance lui ouvrent les portes vers un CDD. "Chacun son parcours, ce n’est jamais trop tard !", assure-t-il. Lavan est aujourd’hui médiateur numérique et a repris une formation pour ne pas être pénalisé par son niveau bac sur le plan salarial. Fin 2021, il devrait terminer son alternance, un master en poche.

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