Un stage pour s'essayer au métier de prof dès la licence

Par Amélie Petitdemange, publié le 24 Juillet 2019 - Mis à jour le 04 Juin 2020
6 min

La "préprofessionnalisation" permet aux étudiants de L2, L3 et M1 d’effectuer des stages dans des écoles et des collèges pour découvrir le métier d'enseignant. À compter de la rentrée 2020, 3.000 étudiants entreront dans le dispositif chaque année. Le gouvernement espère ainsi renforcer l’attractivité de cette profession parfois malmenée.

Le métier de prof suscite bien des clichés. Comment savoir si l’on est fait pour cette vocation avant de se lancer dans les difficiles concours du CAPES et de l’agrégation ? Depuis la rentrée 2019, les étudiants à partir de la deuxième année de licence peuvent réaliser des stages aux côtés de professeurs.

Une "préprofessionnalisation" prévue dans le cadre du projet de loi pour une école de la confiance, adopté définitivement par le Sénat le 4 juillet 2019. "Jusqu’aux concours, la formation est très théorique. Résultat, de nombreux professeurs stagiaires démissionnent après les avoir réussis", affirme Max Brisson, rapporteur du projet de loi au Sénat. Cette mesure permettrait ainsi "d’étaler la formation pratique" et d’instaurer un "contact progressif avec le métier".

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3.000 étudiants stagiaires à la rentrée 2020

À compter de la rentrée 2020, 3.000 étudiants entreront dans le dispositif chaque année. Les étudiants intéressés ont un mois pour se porter candidats, du 5 juin à début juillet 2020. Ils avaient été 1.300 recrutés pour l'année 2019. Les critères de sélection sont flous, mais les étudiants doivent être inscrits dans des disciplines déficitaires et les boursiers sont prioritaires. Les bourses d’études sont d’ailleurs cumulables avec la gratification.

Ce contrat d’assistant d’éducation (AEd) est signé pour trois ans (L2, L3, M1) et comporte 8 heures de pratique hebdomadaire maximum. Les étudiants seront gratifiés de 700 à 980 euros nets par mois, selon leur niveau d’étude. Les responsabilités vont également crescendo, de la simple observation à la prise en charge de séquences pédagogiques complètes. Les étudiants de master 1 pourront remplacer des enseignants de l’établissement dans la même discipline.

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Des académies en manque de profs

Les étudiants seront affectés dans les académies et les disciplines déficitaires. Pour le primaire, il s’agira des académies d’Amiens, Créteil, Guyane, Lille, Limoges, Lyon, Reims, Rouen, Strasbourg et Versailles. Quant aux étudiants en stage dans les collèges, les disciplines concernées sont l’allemand, l’anglais, les lettres modernes et les mathématiques.

Les syndicats de professeurs et d’étudiants craignent, par conséquent, que les stagiaires soient utilisés pour remplacer les professeurs absents. "Des étudiants qui ont passé le bac il y a deux ans ne sont pas prêts pour des stages dans les écoles et les collèges", réagit Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant UNEF (Union nationale des étudiants de France). Elle s’inquiète également de la façon dont ces stages s’intégreront dans les emplois du temps des étudiants.

"En licence, on manque de maturité, c’est trop tôt", renchérit Marie*, 24 ans, qui a obtenu son CAPES d’histoire l’année dernière. Pour elle, cette mesure aurait du sens à partir de la L3, quand les étudiants hésitent entre plusieurs masters. Elle est également dubitative quant au suivi des stagiaires. "L’idée est bonne car cela évite d’aller jusqu’au master si vous n'êtes pas fait pour le métier, mais cela implique un grand nombre de tuteurs, qui doivent avoir suffisamment de temps et d’expérience pour les encadrer, prévient-elle. Or, nous voyons bien lors de nos stages en M2 qu’ils sont rares et parfois peu motivés. Cela a écœuré plus d’un étudiant…".

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Des étudiants en M1 seuls face aux élèves

Un avis partagé par Francette Popineau, cosecrétaire générale du syndicat d’enseignants SNUipp-FSU : "Que vont-ils faire dans les écoles ? Il faudrait prévoir une grille d’observation précise pour les L2 et L3. Quant aux M1, on leur propose d’organiser des activités pédagogiques alors qu’ils n’ont pas débuté la formation, ni obtenu le concours". Le risque ? Que la réforme soit contre-productive en effrayant les étudiants jetés trop tôt dans le grand bain. Dès le M1, ils pourront en effet se retrouver seuls face aux élèves. "Cela va attirer des étudiants momentanément, surtout pour la rémunération, mais finalement les mettre en difficulté et les détourner du métier", craint la syndicaliste.

"Au contraire, cela peut davantage séduire qu’être répulsif", assure le sénateur Max Brisson. "La réalité, c’est qu’actuellement on envoie ces étudiants en classe après très peu de pratique". Selon lui, imposer une grille d’observation aux stagiaires serait "la dernière des bêtises", le stage devant être adapté au contexte et au niveau de l’étudiant. Le sénateur l’affirme, "le Parlement sera soucieux de la bonne application de cette mesure. L’objectif n’est pas de boucher les trous dans les académies en tension, ce n’est pas comme cela qu’on reconstruira l’attractivité du métier d’enseignant".

L’exécutif s’attelle par ailleurs à un deuxième chantier : la réforme du concours, qui devrait passer du M1 au M2 en 2022. Une proposition rejetée en bloc par les syndicats. "Que vont faire les étudiants qui échouent au CAPES ou à l’agrégation ? Ils auront fait deux ans d’étude pour rien car le master "Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation" (MEEF) ne débouche que sur l’enseignement", affirme la présidente de l’UNEF. Le déplacement de ce concours induira également des changements dans les épreuves et dans le contenu du master MEEF.

* Le prénom a été modifié.

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