Noëlle Lenoir, présidente du comité d'éthique de Parcoursup : "Notre mission est de réparer les ratés"

Par Natacha Lefauconnier, Laura Taillandier, publié le 23 Février 2018
4 min

INTERVIEW. À quoi va servir le comité d'éthique de Parcoursup ? Pourrez-vous le contacter directement ? Noëlle Lenoir, avocate et ancienne ministre des Affaires européennes, a accepté d’être la présidente de cette nouvelle instance. Elle détaille les missions qui l’attendent.

Quel est le rôle de ce nouveau comité scientifique et éthique de Parcoursup ? Comment va-t-il fonctionner ?

Notre mission est de veiller à la protection des données, dans l’intérêt des jeunes et de leurs familles. Notre premier sujet sera l’accès au code source de la plate-forme Parcoursup. Comment le lire ? Que pourra-t-on en déduire ? Les officines privées pourraient-elles tirer avantage de la connaissance de ces algorithmes ? Autre sujet : nous regarderons de près les critères d’appréciation humaine. Celle-ci ne doit pas être contestable fondamentalement. Notre mission est de restaurer la confiance dans le système, de réparer les ratés. Après le tirage au sort, les jeunes doivent retrouver un sentiment de justice.

Nous ne sommes pas le Défenseur des droits. Les cas particuliers ne sont pas dans notre champ, mais nous aurons un compte rendu régulier de la médiatrice de l'Éducation nationale pour savoir quelles sont les préoccupations des élèves et des familles. Une revue de presse nous permettra également d’être alertés sur les dysfonctionnements éventuels du système et sur les inquiétudes des utilisateurs. Le comité pourra notamment être saisi par le gouvernement ou s’auto-saisir. Nous remettrons un rapport annuel au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Nous rendrons aussi des avis, qui seront publiés. Nous préciserons notre fonctionnement en marchant.

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Cette nouvelle instance sera-t-elle réellement indépendante ?

Je dirai ce que je pense ! Le comité sera totalement indépendant, sinon cela ne sert à rien. D’autant que les profils des membres sont variés – il y a des cadors incontestés des maths, du numérique et de l’économie…– et des sensibilités très différentes. Je souhaite respecter ces sensibilités pour arriver à un consensus. Si j’ai accepté de présider ce comité, c’est aussi parce que j’y crois. Nous ne sommes pas là pour dégommer Parcoursup, mais pour faire des recommandations pour que le système fonctionne et pour qu’en cas de dysfonctionnement, il évolue conformément à la loi. C’est un service rendu aux étudiants et à la nation.

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Vous avez été la première femme à intégrer le Conseil constitutionnel. Que dire aux lycéennes qui s’autocensurent encore dans leur choix d’orientation ?

Je ne suis pas sûre que ce soit plus simple pour les jeunes filles aujourd’hui. J’ai été la première femme à être ceci ou cela. Quand il n’y a en qu’une, ce que j’ai été pendant six ans au Conseil constitutionnel avant l’arrivée de Simone Veil, ce n’est pas inquiétant. C’est quand beaucoup de femmes risquent de concurrencer les hommes que cela devient déstabilisant pour eux !

Les femmes n’ont pas assez confiance en elles. Il faut qu’elles se disent que pour beaucoup d’hommes, c’est la même chose… sauf qu’ils se lancent quand même ! À ces lycéennes, je dirais : “Faites semblant d’avoir confiance en vous et la confiance viendra. Efforcez-vous de faire les meilleures études possibles.” Il faut aussi rester soi-même, sans se laisser intimider par les plus arrogants.

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