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Décryptage

Exercice attentat au lycée : "Au terroriste, on lui lance des poêles ?"

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Que faire en cas d'alerte attentat ? Au collège et au lycée, on se prépare au pire. // © Xinhua/ZUMA/REA
Que faire en cas d'alerte attentat ? Au collège et au lycée, on se prépare au pire. // © Xinhua/ZUMA/REA

Les premiers exercices "attentat-intrusion" ont eu lieu dans la plupart des établissements scolaires français. Si les lycéens interrogés ont jugé le dispositif souvent utile, ils ont relevé quelques bugs et incohérences.

Déplacer les bureaux contre la porte et les fenêtres, garder le silence, vous cacher sous les tables… Vous avez probablement dû effectuer cette mise en scène depuis la rentrée 2016. En effet, tous les élèves de France – de la maternelle au lycée – doivent désormais, durant l’année, effectuer un exercice "attentat-intrusion".

Trois exercices de sécurité obligatoires

Ce dispositif a été décidé à la suite des attentats du 13 novembre 2015. Il s’inscrit dans le PPMS (Plan particulier de mise en sûreté), qui comprend deux autres exercices liés, notamment, aux risques chimiques ou nucléaires. Le ministère de l’Éducation nationale avait demandé aux chefs d’établissement que, parmi ces trois exercices, celui concernant les attentats et les intrusions soit réalisé en premier.

La procédure est généralement partout la même. L’établissement vous prévient quelques jours auparavant. "On nous a dit que l’exercice aurait lieu le lundi ou le mardi, sans nous dire quel jour précisément", raconte Maëva, en terminale à Sarreguemines (57). "On nous avait dit le mardi matin, mais l’heure n’a pas été précisée", se rappelle quant à elle Garance, en seconde à Meudon (92).

"Un monsieur suspect est entré dans l’établissement"

Le début de l’exercice est annoncé par une sonnerie. Dans certains établissements, une sonnerie particulière a été installée. Mais pas partout. "On croyait que c’était la récréation car c’était la même sonnerie que d’habitude, explique Maëva. On a regardé l’heure, alors on a compris que c’était l’alerte attentat." Parfois, un message est délivré au micro. "Nous avons entendu : 'Un monsieur suspect est entré dans l’établissement' ", raconte Garance. Dans d’autres collèges ou lycées, un tel dispositif est impossible. "Mon lycée est implanté sur huit hectares et il n’y a pas de conduit phonique permettant de faire passer un message dans tous les établissements", souligne Philippe Vincent, le proviseur d’un lycée de Marseille et secrétaire général adjoint du SNPDEN, premier syndicat des chefs d’établissement.

Les tables comme barricades

Vous avez alors dû suivre les procédures recommandées. "Nous avons d'abord fermé les volets. Les professeurs ont vérifié qu'il n'y avait pas d'élèves seuls dans les couloirs, sinon ils auraient dû les faire rentrer, relève Louis-Victor, en seconde à Rochefort-sur-Mer (17). Nous avons ensuite verrouillé les portes de la salle de classe, retourné les tables pour en faire une barricade en forme de demi-cercle au milieu de la classe, puis nous nous sommes allongés derrière." "Nous avons dû mettre le bureau du prof et des tables contre les portes, ainsi que des tables et des chaises contre les fenêtres du couloir, puis nous nous sommes assis à l’opposé du couloir. Il ne fallait pas faire de bruit", raconte Quentin, en terminale à Lyon (69). 

De l'intérêt de s'exercer

Dans certains cas, tout ne s’est pas passé parfaitement. "Le but était de cacher les fenêtres du couloir pour ne pas que quelqu’un nous voie. Mais il n’y avait pas assez de chaises pour occulter toutes les fenêtres…", regrette Quentin. Un problème similaire est apparu dans le lycée de Maëva : "Nous devions fermer les rideaux mais il y en avait un qui ne descendait pas. Il était également conseillé de se mettre en face des fenêtres mais nous n’avons pas voulu. On se disait que si un terroriste venait, il tirerait depuis les fenêtres et il nous aurait vus. On s’est donc mis en bas du tableau." L’exercice durait généralement entre 3 et 15 minutes.

"On réagit comment ? On lui lance des poêles ?"

Parfois, certains élèves n’étaient pas concernés par l’exercice. "Il n’était rien prévu pour les élèves qui étaient dans la cour par exemple", explique Maëva. Enzo, en section hôtelière dans un lycée de Bourges (18), n’a pas pu faire l’exercice : "Dans mon lycée, il y a plusieurs bâtiments et moi j’étais dans le D. Or, l’alerte ne s’est faite que dans les bâtiments A, B et C. Du coup, si un terroriste vient dans notre bâtiment, on réagit comment ? On lui lance des poêles ?"

"Ce sont les limites du dispositif, qui se confronte aux réalités des établissements", juge Philippe Vincent. S’il estime que l’exercice permet de "répondre à des inquiétudes des parents", le proviseur pense qu’il n’est peut-être pas le meilleur moyen de se préparer à une intrusion. "Le confinement n’est pas toujours la réaction la plus adaptée. Les spécialistes nous disent qu’une évacuation peut parfois être plus adéquate." Quentin confirme : "Je pense que l’exercice est utile, mais je me sentirais plus en sécurité en courant !". "Nous serons tellement paniqués, si cela arrive, qu’il sera compliqué de suivre toutes ces consignes, même si on sait un peu à quoi nous attendre maintenant", estime pour sa part Garance. Et Philippe Vincent de s'interroger : "Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux davantage travailler sur la pédagogie, plutôt que de simuler ?"