Les outils pour prévenir le décrochage scolaire

Par Sara Saidi, publié le 22 Février 2022
5 min

Chaque année, entre 80.000 et 100.000 jeunes sortent des bancs de l’école sans diplôme ni qualification. Un phénomène que la crise sanitaire semble avoir aggravé.

Selon les statistiques de la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), en 2020 en France, entre 7 et 10% des 18–24 ans sont sortis du système éducatif sans diplôme. Le ministère de l'Éducation nationale affirme que la lutte pour le décrochage scolaire – menée par ailleurs dans tous les pays de l’OCDE – est une priorité nationale.

Favoriser une meilleure insertion professionnelle

Les enjeux sont en effet importants car en corrigeant les inégalités sociales, la lutte contre le décrochage scolaire offre également aux jeunes une meilleure insertion professionnelle et une meilleure position sociale. "Il faut mettre le paquet sur la prévention car la remédiation ne donne pas aux jeunes les mêmes perspectives que s’ils avaient été accompagnés en amont", estime Elisabeth Elkrief, directrice générale de la fondation AlphaOmega.

Cette fondation spécialisée dans l’éducation œuvre à l’éradication du décrochage scolaire en apportant financement et compétences supplémentaires à certaines organisations éducatives. Celles-ci peuvent ainsi "massifier leur action" et prévenir le décrochage chez un maximum de jeunes. "On considère que l’école convient à 80% des gens et que pour les 20% restant, c’est une condition nécessaire mais pas suffisante. Il faut donc rajouter des ressources éducatives", précise Elisabeth Elkrief.

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Repérer en amont les décrocheurs

AlphaOmega soutient ainsi six associations de prévention du décrochage scolaire et collabore également avec les missions locales pour remédier au décrochage une fois qu’il est acté. Les associations agissent aux moments où le risque de décrochage est le plus important, c’est-à-dire lors des périodes de transitions : celle de la maternelle à la primaire, le passage au collège, le choix d’orientation etc.

Elles permettent une meilleure assimilation des fondamentaux en langage, lecture et calculs, mobilisent des étudiants pour accompagner et motiver des jeunes de milieux défavorisés ou délivrent des pistes d’orientation en fonction des résultats et des centres d’intérêts des élèves.

Pour que ces associations puissent réellement agir, une impulsion des chefs établissements est nécessaire. Ces derniers sont également responsables du GPDS (Groupe de prévention du décrochage scolaire) prévu par la circulaire nᵒ 2013–035 du 29 mars 2013 dans chaque établissement.

Le GPDS permet de repérer en amont les élèves qui risquent de décrocher et de les accompagner. Atelier individuel ou collectif, aide aux devoirs, recherche de formations adaptées, chaque élève est suivie par un référent qui joue également le rôle de médiateur avec les enseignants. "J’essaie de les accompagner tout le temps, de les marquer dans le bon sens", affirme Fanta Dramé, 23 ans, assistante d’éducation et tutrice GPDS dans un collège de l’académie de Versailles (78). En trois ans, Fanta a suivi douze élèves en difficultés. Onze d’entre eux sont aujourd’hui toujours dans le système et continuent leurs études.

L'impact de la crise sanitaire sur le décrochage

La mise en place, par l’État, du plan "Tous mobilisés pour vaincre le décrochage" en 2014 et la mobilisation de tous les acteurs de la communauté éducative a permis de diminuer le nombre de jeunes qui quittent le système de formation sans diplôme.

Cependant, et malgré le travail des associations, la crise sanitaire a inversé la courbe et a mis en exergue les inégalités entre les élèves. Certains jeunes ont en effet perdu le lien avec leurs enseignants. "Avec la pandémie, ceux qui ne suivaient pas en cours, ceux qui n'arrivaient pas à se concentrer, ceux qui n’avaient pas d’ordinateurs, sont devenus des décrocheurs, alors qu’ils n’auraient pas lâché en temps normal", regrette Elizabeth Elkrief.

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Accompagner les enseignants

Ainsi, en plus des outils à destination des jeunes, il existe des dispositifs pour aider les enseignants à mieux appréhender les difficultés de certains jeunes. L’association SynLab propose par exemple une plateforme d’échanges entre professeurs. Ces derniers peuvent y trouver différentes ressources, témoignages et accompagnement.

L’université du Mans (72) a également inauguré, en septembre 2021, le UserLab. Une plateforme dotée de micros et de caméras qui peut accueillir une classe de trente-cinq élèves et permet la captation puis l’analyse de leurs comportements. L’objectif : fournir des indicateurs pédagogiques, qui permettent par exemple de détecter ceux qui sont en difficulté ou qui décrochent et d'alerter les enseignants sur les différents risques comportementaux.

Mais au-delà de la fracture numérique, Elisabeth Elkrief voit une autre forme de décrochage, conséquence directe de la crise sanitaire : "Le rapport à l’école post-Covid constitue le véritable danger". Avant, l’école était incontournable. Aujourd’hui, pour pas mal de jeunes, elle est devenue optionnelle et ça, c’est dramatique".

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