Manon Giraudeau, lycéenne et pilote de karting : "Je joue avec les mêmes armes que les hommes"

Par Mario Lawson, publié le 08 Mars 2022
5 min

Manon fait du karting depuis ses 10 ans. Une passion pour la lycéenne de 17 ans, en terminale, qui entend l’assouvir aussi dans ses études post-bac. Si elle porte un regard lucide sur ce secteur très masculin, parfois sexiste, la jeune femme veut poursuivre sa route jusqu’à briser le plafond de verre.

"Je suis née avec de l’essence dans le sang !" s’amuse Manon Giraudeau, quand elle explique sa passion pour le karting. Pourtant, cette déclaration est loin d’être anecdotique, dans un sport à dominante masculine. "Je participe à des courses à travers le monde. En général, sur environ 300 pilotes, le nombre de filles ne dépasse jamais dix sur un week-end", indique t-elle.

Marc Berteaux, responsable karting au pôle national de la FFSA (Fédération française du sport automobile), comptait l’année dernière près de 300 licenciées sur 15.000 au total.

Comment le karting s’est-il retrouvé sur la route de Manon ? Pour tout comprendre, il faut revenir sept ans en arrière.

Comme un poisson dans l’eau sur la piste de karting

"Quand j’ai eu 10 ans, mes parents m’ont proposé d’aller fêter mon anniversaire au karting. Ça s’est tout de suite bien passé et j’ai voulu en faire en compétition." La jeune élève adopte alors deux identités : Manon, celle que ses camarades côtoient au lycée Pierre Corneille, à La Celle-Saint-Cloud (78). Et "Dodo" sur la piste, à leur totale insu ! "C'est une référence à Dory, un poisson dans le film d'animation 'Nemo'. Quand je roule sous la pluie, je suis un peu fougueuse et j’ose des choses très peu probables comme Dory !" explique la pilote.

Avant de devenir la première femme de la compétition Iame Series France, Manon a marqué de son empreinte la classe Senior. Elle se classe troisième au championnat du monde Sodi W Series en 2016 et est la première femme à monter sur le podium de cet événement.

En 2017, elle devient championne de France et d’Île de France Ufolep, en étant élue pilote la plus fair-play parmi 300 concurrents et, en 2019, elle termine troisième au championnat Iame Series Benelux.

Manon lors de l'edition 2020 des IAME Series France.
Manon lors de l'edition 2020 des IAME Series France. // © photo fournie le témoin

Le sexisme, un frein à combattre sur la piste et en dehors

Malgré la réussite, l’ombre du sexisme n’est, hélas, jamais loin.

Sa mère Nathalie ne se fait cependant aucun souci : "Manon a un caractère affirmé et s'impose auprès des garçons, par son talent et son fair-play".

Qu’en est-il du côté de son père, David ? "Tant que Manon faisait du kart de location, je trouvais cela sympa. Mais je n'étais pas très favorable à ce qu'elle participe aux compétitions officielles. J'avais conscience des réactions qu'allaient avoir les garçons, envers une jeune fille qui voulait prendre leur place. J’ai eu une réaction de papa car c'est un sport dangereux."

Aujourd’hui, plus de stress. "Certains sur le circuit la craignent, la savent capable de les battre. Je serai heureux qu'elle puisse montrer à tout le monde, que les compétences et les capacités ne sont pas liées au sexe, mais à l'individu."

"Une femme ne peut pas faire ça, le kart c’est pour les hommes" ou "T’es une fille, tu n’y arriveras pas". Ces clichés sexistes, Manon les a entendus à de nombreuses reprises mais cela va plus loin. "On a déjà essayé de me sortir de la piste, une dizaine de fois." Alors, "Dodo" doit parfois abandonner son fair-play et contre-attaquer. "Je joue avec les mêmes armes, je m’impose aussi. S’il faut le faire, je le fais sans aucun problème !" Messieurs, vous êtes prévenus !

Manon n'hésite pas à s'imposer sur la piste face à ses concurrents masculins.
Manon n'hésite pas à s'imposer sur la piste face à ses concurrents masculins. // © photo fournie le témoin

De la passion pour le kart aux études d’ingénieur

Le sport automobile est une évidence pour Manon, et la compétition en karting confirme son désir d'évoluer professionnellement dans ce milieu. "Devenir ingénieure dans le sport automobile, s'est donc imposé naturellement", explique Nathalie, qui est aussi sa mécanicienne officielle. Une fois son bac, spécialités mathématiques et physique, en poche, Manon espère intégrer une école d’ingénieurs spécialisée dans ce secteur.

Dans les écoles d’ingénieurs aussi le taux de femmes reste faible, qui plus est au sein des filières mécaniques. "C’est quelque chose qui ne me fait pas peur, j’ai toujours été confrontée aux hommes. Je ne me suis jamais sentie différente par rapport à ça."

Visionnaire, Manon sait à quoi ressemblera son quotidien : "Ingénieure en stratégie dans le sport automobile, en semaine. Et manager de ma propre équipe, sur les pistes de karting le week-end !"

Briser le plafond de verre du sport automobile, Susie Wolff, directrice d’écurie en formule E ou Coralie Musy, directrice marketing chez Nissan France l’ont fait. Et pourquoi pas, aujourd’hui, Manon Giraudeau ? Comme dirait la pilote : "Rendez-vous au prochain virage" !

Lire aussi

Articles les plus lus

A la Une lycée

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !