Une exposition pour comprendre la fabrique de fausses informations

Par Thibaut Cojean, publié le 27 Octobre 2021
5 min

Comment fabrique-t-on, diffuse-t-on et reconnaît-on une fausse information ? L’Etudiant a suivi une classe de seconde lors d’une exposition qui donne les clés pour bien s’informer et déjouer les fake news.

"Qu’est-ce qu’une fake news ?" La question de Clara Pascal, guide conférencière, n’est pas si évidente. En face d’elle, les onze élèves de seconde du lycée Louise Weiss d’Achères (78) émettent des hypothèses. Les mots "rumeurs" et "fausse information" se font entendre timidement. Une heure plus tard, à la sortie de l’exposition "Fake news, art, fiction, mensonge", ils sauront répondre à cette question avec beaucoup plus de certitude.

Mécanisme de la fake news : fabrication, diffusion, remède

"Une fake news a toujours un but malveillant", introduit la guide au départ de cette exposition pédagogique. Celle-ci se découpe en trois parties. La première explique comment sont fabriquées les fausses informations, la deuxième montre leur diffusion et la dernière explore les risques, et les remèdes. Certaines des œuvres exposées ont été spécialement créées à cette occasion.

L’aménagement des locaux de la fondation EDF, dans le centre de Paris, donne tout de suite le ton. La visite commence par la maquette d’un bâtiment en ruine tournant devant un grand fond vert. Sur la retranscription vidéo sur le mur mitoyen, les différents décors intégrés à la place du fond vert ne racontent pas tous la même histoire.

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Deep fake et algorithmes

Les élèves verront également une fausse édition du New York Times ne présentant que des bonnes nouvelles ou une vidéo détournée de Donald Trump, le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, et Kim Kardashian vantant les mérites de Spectre, un projet artistique dénonçant l’influence du numérique. C’est l’instant "deep fake" de la visite, une technique qui consiste à manipuler des vidéos pour faire dire à une célébrité des mots qu’elle n’a jamais prononcés. "Une forme de fake news extrêmement puissante, avertit la guide, car on a tous tendance à croire ce que l’on voit."

Mais c’est finalement l’explication des algorithmes qui marquera les lycéens. Il faut dire que l’exemple d’Instagram qui propose sans cesse des contenus captivants nous empêchant de dormir est évocateur.

La "deep fake" avec Marc Zuckerberg, le patron de Facebook.
La "deep fake" avec Marc Zuckerberg, le patron de Facebook. // © Thibaut Cojean

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Un projet pédagogique

Pour démontrer la diffusion d’une fausse information, la guide s’attarde sur une œuvre s’inspirant de la crise sanitaire. Sur un écran, une carte du monde ; différents pays s’illuminent à mesure qu’une rumeur y est colportée. C’est ainsi que l'on voit que "retenir sa respiration pendant dix secondes est un bon test pour vérifier si vous avez la Covid-19" a fait le tour du monde en quelques jours. "En fait, tout le monde peut être touché", commente une lycéenne.

La visite de ces élèves, qui représentent un tiers de leur classe, s’inscrit dans un projet pédagogique. "Pendant que je brieferai les autres élèves, ils iront au CDI pour créer des fake news, explique Emmanuelle Urios, professeure de SES. Ensuite, ils iront voir chacun deux camarades pour leur montrer comment trouver ce qui est vrai ou faux."

Des exemples de fake news.
Des exemples de fake news. // © Thibaut Cojean

"Je vais me méfier de ce que je lis"

Pour déceler le vrai du faux, ils pourront se remémorer la dernière partie de l’exposition, lors de laquelle Clara Pascal leur livre de précieux conseils : analyser l’information, essayer de retrouver la source, faire des recherches inversées sur Google, utiliser des logiciels comme Weverify, ou plus simplement se déconnecter quelques jours. Cette dernière proposition suscitera un peu moins d’engouement.

La visite a tout de même porté ses fruits. "J’ai compris comment aller chercher des informations", assure Loïk, qui a été marqué par la diffusion des rumeurs sur le coronavirus. Les informations, Rachel sait qu’elle ne les vérifiera pas toujours. "Je vais quand même me méfier de ce que je lis", tempère-t-elle.

Avec Maëlo, Thibaut, Anaïs, Nesrine ou encore Romain, ils ont complété la visite par un petit débat d’une dizaine de minutes, sans l’intervention des adultes, autour de la question "L’art doit-il choquer pour éveiller les consciences ?" Un sujet qui les a peu inspirés, mais dont le format est pensé pour leurs aînés de première ou de terminale, afin de les aider à préparer les oraux du bac.

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