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Sciences po Paris : l’opacité sur la succession de Richard Descoings dénoncée en interne


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Sciences po - Paris
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La procédure de recrutement du successeur de Richard Descoings à la tête de Sciences po Paris entre dans une phase active, avec la clôture du dépôt des candidatures vendredi 15 juin 2012. Outre le nom des candidats, d'autres zones d'ombre demeurent sur cette succession.

Les candidats à la direction de Sciences po Paris ont jusqu'au 15 juin 2012 pour déposer leur dossier. Du côté de la rue Saint-Guillaume, la confidentialité est de mise sur les noms de ces prétendants à la succession du charismatique Richard Descoings, qui a fortement marqué l'institution .

Ils sont en effet, pour certains, déjà en poste ailleurs qu'à l'IEP, et ne souhaitent pas forcément voir dévoiler leur envie de rejoindre la tête de l'institut. Car la fonction est convoitée – pas seulement pour le salaire, qui devrait d'ailleurs être revu à la baisse. "L'IEP parisien un enjeu passionnant", note l'un des candidats.

Les critères de sélection

Si strong>Hervé Crès (administrateur provisoire de l'IEP, directeur adjoint), Benjamin Stora (historien, ancien professeur à Sciences po), Dominique Reynié (politologue, professeur à Sciences po) et strong>Jean-Michel Blanquer (directeur général de l'enseignement scolaire), sont cités comme des candidats officiels, strong>Olivier Faron (directeur de l'ENS Lyon) et strong>Pierre Mathiot (directeur de Sciences po Lille) (1) réfléchiraient à la possibilité d'y aller, tandis que les noms de strong>Louis Vogel (président de la Conférence des présidents d'université) -qui a démenti- et David Azéma (président de Kéolis) ont aussi circulé dans la presse.

Chacun devra faire valoir son CV et son projet pour l'IEP. Les critères de sélection mélangent la pratique de la langue anglaise, l'ouverture au monde des professions auxquelles prépare Sciences po (administration, politique, presse, droit, économie, etc.), la connaissance du monde universitaire français, ou encore les qualités administratives et financières pour gérer un établissement de cette importance. "Avoir géré un établissement auparavant sera-t-il une condition nécessaire ?", se demande un candidat potentiel. Cela raccourcirait la liste...

Le rapport de la Cour des comptes sur la gestion de l'IEP de Paris, dont strong>le Monde s'est fait l'écho, pourrait lui aussi changer la donne, et jouer au désavantage d'Hervé Crès, membre de l'équipe sortante. Selon le quotidien du soir, l'enquête remet gravement en cause la gestion de l'ancienne équipe (mise à disposition de logement, frais de déplacements trop élevés, etc.) et pourrait donner lieu à des poursuites judiciaires. La Cour préconiserait aussi la séparation des fonctions d'administrateur de la FNSP (Fondation nationale des sciences politiques) et de directeur de l'IEP, contrairement à ce que l'IEP a aujourd'hui choisi (lire aussi la réaction de la Cour des comptes ).

Une procédure de recrutement opaque

Car si la focalisation se porte surtout sur le nom des prétendants, c'est d'abord la procédure de recrutement du futur directeur qui pose question. "C'est aussi opaque que d'habitude, sourit Arnaud Bontemps, vice président étudiant au conseil de direction de l'IEP parisien, pour l'instant en tout cas."

"On crée des « search committees » avec un nombre restreint de membres pour pouvoir instruire les dossiers de candidature avec efficacité"

L'institut de la rue Saint-Guillaume, qui s'appuie sur une structure publique (le grand établissement) adossée à une fondation privée (la FNSP), a fixé deux règles :
- le directeur de l'IEP (proposé par le conseil de direction, puis nommé par décret par l'Elysée) et l'administrateur de la fondation devraient être une et même personne, sur le modèle des mandats "Descoings"
- la procédure devra aboutir à la nomination d'un directeur-administrateur d'ici octobre 2012

Des comités de préparation à la décision

Vient ensuite le déroulement interne de la sélection du directeur au sein de l'IEP. Ce ne sont pas les conseils à la tête des deux structures - conseil de direction de l'IEP et conseil d'administration de la FNSP – qui vont sélectionner directement le candidat mais d'abord deux comités qui vont leur "préparer" la décision.

"C'est le fonctionnement classique d'une université internationale, explique Peter Gumbel, directeur de la communication. On crée des « search committees » avec un nombre restreint de membres pour pouvoir instruire les dossiers de candidature avec efficacité."

Qui fait partie des ces comités ? L'IEP ne souhaite pas communiquer pour l'instant officiellement cette information. Selon nos sources, celui du conseil de direction réunirait cinq personnes :
- Michel Pébereau, président du conseil de direction
- Marc Lazar, président du conseil scientifique de l'IEP
- Jean-François Sirinelli, professeur à Sciences po
- Christian Lequesne, directeur du CERI Sciences po, vice-président enseignant du conseil de direction
- Arnaud Bontemps, vice-président étudiant du conseil de direction

Le comité de la FNSP compterait lui notamment :
- le président de la FNSP, Jean-Claude Casanova
- Alain Lancelot, ancien directeur de l'IEP
- Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d'Etat
- Hélène Gisserot, procureur général honoraire près la Cour des comptes,
- Louis Schweitzer, inspecteur des finances à la tête de la Halde, ancien PDG de Renault
Et probablement un ou deux autres membres (comme Jean-Pierre Jouyet, dont le nom circule).

Une désignation "peu démocratique"

"Les trois grands corps de l'Etat sont représentés, mais pas les forces vives de l'IEP", déplore un membre de l'IEP. La représentativité des comités a été contestée par une intersyndicale des salariés, dans une lettre ouverte (2).

"Ces décisions révèlent l'absence de transparence et de pratique démocratique"

Car si l'IEP évoque une discussion au sein des conseils pour déterminer la composition de ces comités, elle semble toute relative pour les personnels. "Nous n'avons pas eu voix au chapitre, déplore Arnaud Bontemps, vice-président du conseil de direction. Le président du conseil de direction, Michel Pébereau, a simplement annoncé qui faisait partie du comité lors du dernier conseil de direction fin mai 2012. Nous nous sommes élevés contre l'absence de représentants des salariés de l'institut. En vain".

"Ces décisions révèlent l'absence de transparence et de pratique démocratique", condamne l'intersyndicale, qui prône, plutôt que ces comités, la mise en place d'une commission de pré-examen des candidatures formée de représentants des conseils.

Le détail du mode de sélection en suspens

Et une fois les comités en place : comment va s'opérer la sélection ? C'est une autre interrogation. Les candidats seront-ils reçus en entretien ? Combien seront sélectionnés pour être présentés aux conseils : un nom ? Une short-list ? Les deux comités se mettront-ils d'accord en amont pour proposer le(s) même(s) nom(s) ? "J'espère que ces incertitudes seront levées lors de la prochaine réunion du conseil de direction [le 18 juin], indique le vice-président étudiant. Pour l'instant, nous n'en savons pas plus."

La succession de Richard Descoings devrait ainsi se décanter dans les jours qui viennent, d'autant qu'elle sera aussi scrutée de près... par l'Elysée - rappelons que François Hollande a enseigné à Sciences po Paris.

(1) Pierre Mathiot est effectivement candidat. Benjamin Stora aurait déclaré à Mediapart avoir jeté l'éponge "pour des raisons personnelles".

(2) L'intersyndicale a été reçue en début de semaine par Jean-Claude Casanova.

A lire sur Letudiant.fr : Succession de Richard Descoings à Sciences po Paris : quel directeur veulent les étudiants de l'IEP ?

"Nous voulons un autre Descoings, du moins quelqu’un qui en ait ses qualités !" Ils n'ont pas forcément voix au chapitre, mais les étudiants de Sciences po Paris ont leur avis sur le futur directeur qu'il veulent voir à la tête de leur école. "Il devra faire du Descoings à la Descoings". Le ton est donné, la barre est placée haut pour le successeur du charismatique directeur de la rue Saint-Guillaume, décédé en avril 2012."

Lire aussi

- Le communiqué de Sciences po Paris définissant la procédure de recrutement (PDF)
- La lettre ouverte de l'intersyndicale (PDF) à Jean-Claude Casanova, pour la transparence, la démocratie et le respect des instances à Sciences po
- l'article du Monde (payant) : Sciences po : succession sur fond de crise interne

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