1. Cette designeuse a créé un kit pour comprendre le sexe des femmes
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Cette designeuse a créé un kit pour comprendre le sexe des femmes

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Avec son kit représentant le sexe des femmes, Fanny Prudhomme contribue à l'éducation sexuelle. // © © Cyril ENTZMANN / DIVERGENCE pour l’Etudiant
Avec son kit représentant le sexe des femmes, Fanny Prudhomme contribue à l'éducation sexuelle. // © © Cyril ENTZMANN / DIVERGENCE pour l’Etudiant

À quoi ressemble un clitoris ? Qu’est-ce qu’un périnée ? Comment fonctionnent les ovaires ? Fanny Prudhomme, jeune diplômée de l’ENSCI, a conçu un kit ludique pour répondre à toutes vos interrogations sur le sexe féminin.

Une jeune fille de 15 ans sur quatre ignorant qu’elle a un clitoris, l’invention de Fanny Prudhomme a une utilité éducative certaine. Elle complète, de manière plus concrète, les schémas des manuels de biologie. "Je me suis demandée pourquoi le sexe des femmes était aussi mal représenté. Il est difficile d’avoir accès à toutes les informations le concernant", remarque-t-elle.

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Après toute une enquête auprès des intervenants sur l’éducation sexuelle (planning familial, médecins, sexologues, enseignants…), elle s'aperçoit des limites de leurs outils : "Les mannequins utilisés au planning familial sont plus adaptés à des étudiants en médecine, pas à des collégiens ou des lycéens, qui se sentiront gênés." En novembre 2016, elle décide de consacrer son projet de fin d’études à l’ENSCI à ce sujet, pour proposer des objets alternatifs.

Un kit à monter soi-même

"Quand j’étais petite, je fabriquais énormément de choses à partir de rien. Mes parents sont agriculteurs. J’ai découvert à leur contact un univers de bricolage très inspirant. Les amateurs font souvent du design économe et adapté aux besoins", se souvient-elle. C’est tout naturellement, que la jeune fille avait choisi la filière STD2A au lycée.

Elle s’inspire de la pratique amateure du design pour confectionner ses objets du kit. "Je me suis servie de matières ou d'objets du quotidien. L’idée est de faire un kit qui pourrait être monté par n’importe qui, ce qui limiterait le coût de son achat et le rendrait accessible, tout en lui donnant un intérêt pédagogique." Le kit sera disponible à l’état fini ou sous forme de patrons.

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Des organes à la représentation bien pensée

Après un BTS (brevet de technicien supérieur) en design produit à l’École Boulle, Fanny a intégré la prestigieuse école de design ENSCI Les Ateliers. "La scolarité est à la carte, nous sommes libres de choisir nos cours et nos ateliers de projets, en fonction des prérequis exigés. Il est aussi possible de suivre des semestres supplémentaires pour partir à l’étranger ou prendre plus de temps sur son projet de fin d’études", détaille-t-elle.

Diplômée en mars 2017, Fanny, 26 ans, a décidé de développer son projet au sein d'une entreprise sociale et solidaire, pour répondre notamment à la demande des professionnels de l’éducation sexuelle. "J’ai testé le premier prototype en le montrant à plusieurs d'entre eux, pour voir si cela correspondait à leurs usages et quelles améliorations je pourrais lui apporter", précise Fanny, ajoutant avoir reçu des retours très positifs.

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Après cette phase de codéveloppement, elle a choisi de construire un système pour que les objets puissent être montrés ensemble, à l’intérieur de la boîte du kit. "Les enseignants de SVT y tenaient : beaucoup de détails restent méconnus sur la place et le rôle des organes sexuels féminins". Elle a également décomposé l’appareil génital, afin que les interactions entre les organes soient mieux connues. La jeune designeuse a aussi fait le choix d’une analogie fonctionnelle : matière, couleurs… Tout a un sens pour chaque objet.

Ainsi, les ovaires sont représentés avec un petit sac rempli de pompons, le périnée est fabriqué avec de la corde d’escalade violette pour évoquer son côté puissant et costaud, l’importance de l'endomètre est soulignée par un orange fluo… Pour le clitoris, Fanny a utilisé un gant rempli de ouate, muni de quatre branches et d'un gland. "Sa principale qualité : il est érectile. Tous les objets ont été conçus avec un pouvoir attractif. Quand je les pose sur une table, les personnes ont le réflexe de les toucher."

Ces objets éducatifs, cousus main, ont été pensés dans le but d'être manipulés. "C’est plus facile qu’avec un livre ou un flyer. Pour dissiper la gêne et attirer l’attention, il faut de l'interaction, de la théâtralisation. D’où le développement aujourd’hui de nouveaux médias : blogs, théâtre…" analyse Fanny.

Des kits disponibles fin 2018

Les premiers kits devraient être mis en vente avant ou après l’été 2018. Le planning familial et le CRIPS (Centre régional d'information et de prévention du sida) ont déjà prévu d’en acheter. "J’aimerais instaurer un système semblable à celui des cafés suspendus (on achète un café pour une personne dans le besoin qui viendra le prendre plus tard), où les organismes qui me passent de grandes commandes pourront parrainer des particuliers ou des organisations moins riches. J’aimerais que le kit soit le plus accessible possible, qu'il touche le plus nombre de personnes. Pourquoi ne pas pouvoir l’emprunter dans les bibliothèques, par exemple ?" s'interroge la jeune diplômée.

Intitulé "Les Parleuses", le projet de Fanny a été nommé ainsi en référence au recueil de l’entretien non retravaillé entre Marguerite Duras et Xavière Gauthier, mais également pour "évoquer la notion de dialogue et de communauté, renverser l’idée reçue des femmes bavardes. On peut l’interpréter de différentes manières, certains considèrent même que ce sont mes objets, les parleuses !"