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Reportage

Au cœur d'Agro ParisTech : chez les futurs ingénieurs agronomes

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Le rooftop le plus original de la capitale ! La grande terrasse de l'établissement parisien d'Agro ParisTech abrite un potager urbain expérimental qui sert aux cours des élèves ingénieurs. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l'Etudiant
Le rooftop le plus original de la capitale ! La grande terrasse de l'établissement parisien d'Agro ParisTech abrite un potager urbain expérimental qui sert aux cours des élèves ingénieurs. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l'Etudiant

Issue de la fusion de trois écoles prestigieuses dans l’agronomie, le génie rural et les industries agricoles et alimentaires, Agro ParisTech forme des ingénieurs agronomes. Visite guidée à la découverte de l’établissement parisien, situé rue Claude-Bernard dans le Ve arrondissement.

Après plusieurs escaliers et séries de marches, nous voilà arrivés tout en haut du bâtiment. L’ascension en valait la peine, car une grande terrasse de 860 mètres carrées nous attend, offrant une belle vue sur les toits du Ve arrondissement de Paris et abritant un véritable potager urbain.

Nous sommes ici au sommet du campus parisien d’Agro ParisTech, grande école d’ingénieurs, publique et spécialisée dans les sciences du vivant et de l’environnement. Et la visite commence par ces toits aménagés.

Le potager de l’école est expérimental et sert à la recherche. C’est Baptiste Grard, postdoctorant au sein de l’établissement et de l’INRA (Institut national de la recherche agricole) qui en a la charge dans le cadre de ses recherches sur l’agriculture urbaine. Dans de grands bacs, entourés de verdure, il étudie différents types de sol.

"Ce lieu nous permet de tester des cultures sur les toits, pour maximiser ce que l’on peut attendre des toitures végétales en ville. Par exemple, nous pouvons observer l’impact de ces toits végétaux sur la thermie du bâtiment", explique-t-il. L’imposant potager produit ainsi des kilos de légumes et d’herbes aromatiques.

Lire aussi : Ces diplômés d'écoles d'ingénieurs créent des potagers sur les toits de Paris

Un tiers des récoltes est conservé pour des expérimentations, le reste est offert aux élèves et personnels. Baptiste sort de terre un radis, pointe les blettes, mais aussi, un peu plus loin, les ruches, produisant du miel. Les élèves ingénieurs y ont aussi accès pendant les cours, ou tout simplement lors de visites.

Déménagement programmé en 2021

Sous nos pieds, dans le bâtiment, ce sont les étudiants de deuxième année du cycle ingénieur d’Agro ParisTech qui occupent les lieux. En effet, selon l’organisation de la scolarité, les élèves de première année étudient à Grignon (78), sur un autre site francilien de l’école.

Néanmoins, cette organisation va bientôt être revue complètement puisque l’établissement s’apprête à réunir l’intégralité de ses quatre campus franciliens [Claude-Bernard, avenue du Maine, Grignon et Massy] dans un seul et même lieu, un nouveau bâtiment flambant neuf, actuellement en construction sur le plateau de Saclay (91). L’emménagement est prévu pour la rentrée 2021.

Le site parisien, proche du Quartier latin, rue Claude-Bernard, accueille les étudiants de deuxième année du cycle ingénieur. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l'Etudiant
Le site parisien, proche du Quartier latin, rue Claude-Bernard, accueille les étudiants de deuxième année du cycle ingénieur. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l'Etudiant

Que ce soit dans ses campus actuels ou à Saclay, le recrutement reste inchangé. Les étudiants d’Agro ParisTech sont tous diplômés d’un bac+2 : 60 % d’entre eux sortent d’une CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles), notamment de la filière BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre). Les 40 % restants viennent de DUT (diplôme universitaire de technologie), de BTS (brevet de technicien supérieur) ou de licence scientifique, via les admissions parallèles. Une fois au sein de l’école, une première année principalement constituée d’un tronc commun les attend ; ils y apprennent les bases des sciences du vivant.

En deuxième année, ils doivent choisir entre quatre domaines d’approfondissement : productions durables, filières, territoires ; ingénierie des aliments, biomolécules et énergie ; gestion et ingénierie de l’environnement ; ou ingénierie et santé : homme, bioproduits et environnement. Puis, en troisième année, les étudiants ont le choix entre 22 dominantes, de quoi préciser encore davantage leur projet professionnel parmi les nombreux débouchés possibles à l’issue de la formation.

Rencontres sur le terrain

Vers la fin d’année scolaire, les élèves de deuxième année sont séparés en petits groupes. La plupart d’entre eux sont partis sur le terrain, à la rencontre d’éleveurs et d’agriculteurs. Ensuite, c’est pour eux le moment de la restitution et, surtout, l’occasion d’échanger avec les professeurs, sous la forme de petits exposés, sur ce qu’ils y ont appris.

Exposé du groupe d'étudiants partis dans le marais du Brouage, en Charente Maritime, à la rencontre d'éleveurs. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l'Etudiant
Exposé du groupe d'étudiants partis dans le marais du Brouage, en Charente Maritime, à la rencontre d'éleveurs. // © Laurent Hazgui/Divergence pour l'Etudiant

Dans la salle de zootechnie, une vingtaine d’étudiants, partis dans le marais du Brouage, en Charente-Maritime, à la rencontre d’éleveurs, racontent leur expérience : "Nous sommes restés cinq jours dans le marais. Les éleveurs étaient très ouverts et nous ont accompagnés. Pour eux, notre présence est un vrai plus, car nous leur offrons un regard neuf et nous pouvons leur donner des idées nouvelles", raconte Mégane, future ingénieure agronome.

Une pédagogie de groupe

Un autre sujet est abordé lors de cette série de petits exposés : l’entretien du marais et l’élaboration de pistes de réflexion pour innover sur le lien entre l’élevage et le marais. "L’utilisation du lupin en fourrage est une bonne option, très protéinée pour les vaches, mais elle est contraignante pour les éleveurs, car le lupin doit être trempé avant d’être donné aux animaux", détaille le groupe. Philippe Lescoat, l’enseignant, hoche la tête.

"Ces exercices sont formateurs, car ils n’y connaissent rien en partant et découvrent tout sur place. Cette pédagogie de groupe leur permet de travailler et de progresser en autonomie", se réjouit-il, avant d’enchaîner sur l’exposé d’un autre groupe d’élèves, dont le sujet est la gestion des ragondins et la qualité de l’eau dans le marais.

La création de produits alimentaires

Dans le cours de développement agricole, les étudiants doivent concevoir et développer un aliment. Pour Anne-Camille, ce sera un yaourt 100 % végétal, conçu à base de protéine de pois. "C’est encore grumeleux, mais on travaille dessus", assure-t-elle. Après la création du produit alimentaire, il faut aussi réaliser une étude de marché. À ses côtés, Camille développe, quant à elle, une barre de céréales salée, sous trois formes : régime, classique ou sport. "Ce n’est pas facile d’être innovant et de trouver la bonne idée. Mais je suis contente du résultat, c’est comestible", lance l’étudiante.

Agriculture connectée, start-up agricoles, conception et développement d'aliments nouveaux : les élèves ingénieurs de l'école planchent sur le futur de l'agriculture. // © Thomas Louapre / Divergence pour l'Étudiant
Agriculture connectée, start-up agricoles, conception et développement d'aliments nouveaux : les élèves ingénieurs de l'école planchent sur le futur de l'agriculture. // © Thomas Louapre / Divergence pour l'Étudiant

En parallèle de ses études, les deux jeunes femmes sont aussi membres d’associations, chose courante dans les écoles d’ingénieurs. La première, Anne-Camille, est présidente de Vitae, une association de 40 membres. Son rôle est d’organiser un forum attirant 80 entreprises et 1.000 étudiants. Un événement qui existe depuis 25 ans, toujours tenu par les étudiants de l’école.

"On y apprend à résoudre des problèmes et à monter des partenariats. C’est très valorisant et participer à une telle association permet de créer une vraie dynamique de groupe", souligne Anne-Camille.

Des expériences associatives valorisantes

La seconde, Camille, est adhérente d’Agro Sia, qui organise le travail des étudiants sur le salon de l’agriculture à Paris, un autre moment important dans la vie de l’établissement. Et ce n’est pas de tout repos. "Il faut coordonner les plannings des étudiants et leur rémunération. On a environ 70 entreprises partenaires, il faut les fidéliser et assurer un contact continu. C’est beaucoup de travail, mais c’est aussi une belle expérience à valoriser sur mon CV. J’ai obtenu notamment mon stage grâce à cela", explique-t-elle.

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Retour au cours de développement agricole. La discussion porte sur les travaux d’un groupe sur un cheptel, découvert lors de leur déplacement sur le terrain, près de Vichy, où ils ont rencontré des agriculteurs. La question : comment optimiser le "GMQ" ? Pour les novices, il s’agit du gain moyen quotidien, l’augmentation du poids de l’animal en grandissant, qui dépend de la façon dont il est engraissé. Les élèves discutent avec les enseignants des questions de rentabilité. En somme, le B.A.-BA pour devenir éleveur.

Des débouchés variés

Mais ils ne seront que très peu à se lancer dans cette voie. À l’issue du cycle ingénieur, les élèves d’"Agro" ont accès à des carrières variées. Et trouvent vite : l’établissement revendique 55 % de leurs élèves en contrat avant même d’être diplômés. Un tiers des jeunes diplômés partent dans les services, notamment en recherche et développement. Un quart file dans l’industrie, en particulier agroalimentaire. Un autre quart dans l’agriculture ou la forêt. Et les autres dans le public et la recherche. L’occasion pour les étudiants indécis de se garder le champ des possibles grand ouvert, en intégrant l’école.

Les autres formations de l’école

Si son cycle ingénieur demeure sa principale formation, l’établissement propose désormais d’autres cursus. À commencer par des masters, sur tous ses campus (Île-de-France, Nancy, Clermont-Ferrand, Montpellier et Guyane). Les thématiques : sciences de l’eau, géomatique, génie des procédés, nutrition et sciences des aliments, biologie intégrative et physiologie, ou encore agrosciences, environnement, territoires, paysage et forêt. L’école recrute ici à bac+3.
Agro ParisTech propose également des Mastères Spécialisés, formations d’une durée variant de 100 à 200 jours sur une ou deux années, sur toutes ses thématiques phares.