Etudiant et engagé, Alexis Guillaume garde ses racines dans le viseur

Par Thibaut Cojean, publié le 05 Avril 2022
6 min

GÉNÉRATION ENGAGÉE. Etudiant en BTSA en alternance, Alexis Guillaume, 20 ans, a décidé de s'engager dans sa commune natale de 700 habitants comme président de la société de chasse. Une prise de responsabilité autant qu'une passion que le jeune homme souhaite poursuivre en même temps que ses études.

"C'est important que les jeunes s'y mettent, pour que la convivialité dans nos campagnes perdure…" A 20 ans, Alexis Guillaume est un jeune qui "s'y met". Cet étudiant en BTSA gestion forestière à Loudéac, au cœur de la Bretagne, a décidé de s'engager dans sa petite commune natale d'Hémonstoir, 700 habitants. Un mandat inattendu à cet âge : depuis ses 18 ans, Alexis est président de la société de chasse de la commune.

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Dans le milieu de la chasse, "prouver aux anciens que les jeunes sont capables"

"Pour s'affirmer, il faut prouver aux anciens que les jeunes sont capables, il n'y a pas qu'eux qui savent faire", explique Alexis. Les anciens, ce sont notamment la plupart des autres membres de la société de chasse : sur une quinzaine d'adhérents, deux ont moins de 30 ans, quand certains approchent les 80.

Pas de conflit de génération : ce sont les aînés qui ont demandé le soutien de la jeunesse. Il y a deux ans, l'ancien président a en effet poussé Alexis à reprendre son flambeau. Un mandat accepté "à condition qu'il reste vice-président. Je ne voulais pas me retrouver tout seul à gérer tout ça."

Aujourd'hui, il y passe pourtant l'équivalent d'une journée par semaine. Si la paperasse fait évidemment partie des missions, le plus clair de son temps de bénévolat est dédié à "agrainer le gibier", c’est-à-dire à faire le tour des agrainoirs et les ravitailler en nourriture et en eau, afin de pousser le gibier à se fixer au même endroit.

"Je ne suis pas obligé de le faire, mais c'est pour prouver aux anciens que je suis capable, explique-t-il. Ce n'est pas parce que tu es jeune que tu n'es pas bon." Alexis maîtrise en effet ses dossiers : période de chasses pour chaque espèce, nombre de prélèvements, formations, c'est lui le garant du respect des procédures.

Alexis Guillaume lors d'une battue à Hémonstoir dans les Côtes d'Armor (22).
Alexis Guillaume lors d'une battue à Hémonstoir dans les Côtes d'Armor (22). // © photo fournie le témoin

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Etudiant, alternant, bénévole et passionné par la chasse

L'investissement de l'étudiant en alternance suit deux temporalités. Lorsqu'il est à l'école, à une dizaine de kilomètres, il vit chez ses parents et prend du temps dans la semaine. Lors de ses périodes de travail pour le département à Guingamp, à 45 minutes de route, il ne peut y consacrer que son week-end. Pour les imprévus, "une routine s'est installée : les chasseurs m'appellent si quelque chose est anormal, et je vois à distance si je peux gérer, sinon j'envoie le vice-président ou mon père, qui est le secrétaire."

Actuellement en 2e année de BTSA, Alexis envisage de compléter ses études d'un certificat de spécialisation (CS) cynégétique l'année prochaine. Problème : "Il n'y en a que trois en France, et aucun en Bretagne." Pas de quoi le décourager : même à l'autre bout de la France, il restera président à distance, "pour garder le lien avec les chasseurs d'Hémonstoir". Il conservera la paperasse mais devra déléguer les agrainoirs et l'organisation des battues.

"Très attaché à la Bretagne", Alexis prend en effet à cœur de rester proche de ses racines rurales. "On se rend compte que tout le monde vieillit, donc nous les jeunes on participe beaucoup à la vie associative." Il est aidé par sa passion : "Être dehors, être en pleine nature, sans téléphone, sans personne. Ce qui me passionne le plus, c'est chercher et trouver le gibier, même si on ne le prélève pas."

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Issu d'une famille politisée

Si Alexis ne chasse donc pas toujours pour tuer, il n'ignore pas que sa passion est parfois dangereuse, voire mortelle. "C'est sûr que ça ne pardonne pas. On a une arme à feu dans les mains, ça peut tuer quelqu'un !" C'est notamment dans ce cadre qu'il pousse les membres de sa société à suivre les formations dispensées par la fédération départementale. Même s'il faut parfois se montrer convaincant : "Certains anciens sont réticents, mais ils finissent par comprendre."

Où qu'ils arrivent, les accidents de chasse prennent immanquablement une tournure politique. Dans la famille d'Alexis, ce rayon est plutôt l'affaire de son grand frère, attaché parlementaire, et de sa mère, conseillère départementale. La politique, le cadet "suit ça de loin". Il préfère les actions concrètes, proches du territoire. Il assure tout de même qu'il ira voter à la présidentielle, mais ne sait pas encore pour qui. Il suivra les débats, et surtout un point des programmes, l'interdiction de la chasse, déjà prônée par plusieurs candidats : " Ça va être complètement un critère !"

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