Henry, lycéen handicapé : "Je me sens comme les autres"

Par Maria Poblete, Thibaut Cojean, mis à jour le 21 Novembre 2019
11 min

Henry, élève en situation de handicap, prépare son bac pro en quatre ans. Nous l'avions rencontré lorsqu'il était en classe intermédiaire du bac professionnel gestion-administration. Aujourd'hui en terminale, il continue de s'épanouir. Dans sa classe huit élèves, bénéficient d'un emploi du temps allégé et adapté aux situations de chacun.

"Je suis né le 17 mars 2001 au lieu de fin juin, c’est-à-dire trois mois et demi avant terme. J’étais un grand prématuré et je suis resté à l’hôpital pendant quelques mois, dans une couveuse, en respirant grâce à de l’oxygène. Je suis ce qu’on appelle "IMC", infirme moteur cérébral. Mon handicap a plusieurs conséquences comme celles d’être très fatigable et d’avoir des difficultés à marcher. Depuis la classe de CM1 jusqu’à l’été dernier, je me déplaçais essentiellement en fauteuil roulant. Je ne l’utilise plus parce qu’il est trop petit. Cela dit, je m’en sors assez bien sans lui !

Je prends plus mon temps, j’apprends à mieux gérer mes déplacements… même si les distances me fatiguent énormément. Pour parcourir 100 mètres, il me faut de la patience. Par ailleurs, j’ai des problèmes d’orientation dans l’espace – je me perds facilement –, et j’ai des difficultés à écrire. C’est la raison pour laquelle j’utilise un ordinateur. Ma main se fatigue vite et j’écris mal.

"J’ai été scolarisé comme les autres élèves"

Dans mon école primaire, il y avait une classe spécialisée pour élèves handicapés, mais mes parents ne m’y ont pas inscrit. Ils voulaient que je suive les cours comme les autres élèves, en classe "ordinaire". Et je les remercie parce que depuis mon plus jeune âge, j’ai pris l’habitude de me sentir "normal", ni à part ni exclu. D’ailleurs, mon père me répète depuis que je suis petit qu’il y a des personnes ordinaires et des personnes extraordinaires. Voilà, moi je suis extraordinaire et rien ne peut m’arrêter.

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À l’école primaire, les instituteurs étaient attentionnés. Ils se comportaient naturellement, sans se sentir gênés et sans avoir de la pitié pour moi, me disant bonjour normalement, me demandant si j’avais besoin de quelque chose… mais sans en faire trop non plus. J’avais une AVS [auxiliaire de vie scolaire] avec moi, qui m’aidait dans mes déplacements et pendant les cours, surtout quand la leçon était trop longue ou compliquée. C’était une bonne intégration.

"Je passe le bac professionnel en quatre ans"

Plus tard, au collège, je me suis senti moins bien. Les adultes étaient merveilleux, mais les élèves, pas vraiment à la hauteur. Je peux les comprendre maintenant, avec le recul. Le collège se trouvait dans une ZEP [zone d’éducation prioritaire], avec des gens qui avaient des problèmes de comportement et des difficultés scolaires. Nous étions plusieurs élèves en situation de handicap moteur. Heureusement, les adultes ont veillé sur nous, sur moi. D’un point de vue scolaire, cela se passait bien. J’ai toujours été motivé par les études, je voulais réussir, vaincre mes peurs et dépasser les problèmes. Alors ça marchait !

Quand je suis arrivé dans ce lycée, j’ai été séduit immédiatement. Tout me plaît ici. J’ai beau chercher, je ne vois rien de négatif. Je passe un bac professionnel gestion-administration en quatre ans. Après ma classe de seconde, l’année dernière, je suis aujourd’hui les cours de la classe intermédiaire et, l’an prochain, je serai en première.

La salle de classe d’Henry est très bien équipée. Ce sont les enseignants qui se déplacent, pas l’inverse.
La salle de classe d’Henry est très bien équipée. Ce sont les enseignants qui se déplacent, pas l’inverse. // © Théophile Trossat pour l'Etudiant

Notre classe est particulière : nous sommes neuf élèves. Ce sont des conditions optimales. Les professeurs vont à notre vitesse. Ils s’adaptent à notre rythme et pas l’inverse comme dans les classes traditionnelles. C’est presque un enseignement personnalisé. L’emploi du temps est allégé et nous ne finissons jamais après 16 heures. C’est pratique pour ceux qui habitent loin et qui rentrent en taxi chez eux. Mes camarades ont des handicaps différents, moteurs et sensoriels. Nous restons toujours dans la même salle : c’est plus pratique car nous n’avons pas à bouger toutes les heures.

"L’entraide et la solidarité sont bien réelles"

Je me sens super bien ici ! Nous ne sommes pas en compétition. Nous sommes tous unis, chacun avec sa différence et son parcours. Comme nous ne sommes pas nombreux, nous avons appris à nous connaître et nous avons créé des liens d’amitié forts. Nous repérons quand quelqu’un ne va pas bien et qu’il a besoin d’aide, de soutien ou même juste d’un mot d’encouragement.

C’est apaisant d’étudier ici. Par exemple, quand j’ai du mal à marcher ou que je suis trop fatigué pour porter mon plateau à la cantine, il y a toujours quelqu’un pour m’aider ; c’est naturel. C’est pareil en classe, nous nous entraidons : il n’y a pas ceux qui savent et sont forts, et les plus faibles. Nous sommes à égalité, avec nos problèmes.

Ce qui me plaît aussi, ce sont les stages. J’en ai suivi plusieurs et, à chaque fois, c’est un bonheur de me retrouver dans le milieu professionnel. Je regarde, j’écoute, je participe et je découvre des métiers, des univers. Je rencontre des personnes qui m’apportent beaucoup et qui m’enrichissent intellectuellement.

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"Je ne suis pas obligé de sortir du lycée pour suivre mes soins"

Mon lycée a à peine quatre ans. Il a été construit en pensant aux élèves en situation de handicap. Il y a des ascenseurs et des rampes adaptés aux fauteuils roulants. Les salles sont vastes avec des portes plus larges par exemple, et les toilettes sont adaptées. De plus, les professionnels qui s’occupent de nous, nous aident en classe ou au secrétariat quand nous avons des papiers à remplir.

Les soins ont lieu au sein du lycée. Ici, Henry lors d'une séance de kinésithérapie avec Régine Béchu.
Les soins ont lieu au sein du lycée. Ici, Henry lors d'une séance de kinésithérapie avec Régine Béchu. // © Théophile Trossat pour l'Etudiant

Enfin, et je sais que c’est un luxe, je ne suis pas obligé de sortir du lycée pour aller chez le kinésithérapeute, l’orthophoniste et le psychologue. Tout est sur place, au SESSAD (service d’éducation spéciale et de soins à domicile). Je vais chez le kiné le lundi et le jeudi, chez l’orthophoniste, le mercredi, et chez le psy, le vendredi. Même si j’ai cours, les professeurs me libèrent pour suivre ces soins.

Je sais que dans d’autres écoles les élèves doivent s’y rendre en taxi ou en bus. Ici, on nous épargne cette fatigue supplémentaire. D’ailleurs, même si nous n’avons pas de rendez-vous prévu et que nous avons mal, nous savons que nous pouvons demander à aller voir un soignant. C’est précieux de se sentir en sécurité.

"Ce qui est important, c’est de renvoyer une image positive"

Ma vie au lycée est vraiment agréable. Cette classe intermédiaire permet de se remettre à niveau et d’aller à son rythme. Je réussis assez bien, je suis un bon élève, organisé et ordonné. Je fais mes devoirs chaque soir et le week-end je m’avance sur la suite. Ainsi, en cas d’imprévus, je n’ai pas le stress des leçons en retard. C’est sûr, j’ai des matières où je suis plus faible et qui me demandent davantage de concentration, d’efforts et de travail.

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À cause de mon handicap, j’ai quelques difficultés en logique et en mathématiques. Mais je ne m’inquiète pas plus que cela. Je ne suis pas parfait, j’ai des défauts… comme tout le monde. Ce qui est important pour moi, c’est d’essayer de renvoyer une image positive. L’orientation ? C’est encore une inconnue. Je ne sais pas vers quelles études me diriger après le bac. Pour l’instant, je savoure chaque seconde.

Pourquoi j’ai accepté de témoigner ? J’ai envie de parler parce que je me sens comme les autres. J’ai souvent souffert du regard que l’on portait sur moi. Cela pose encore des problèmes car on me juge trop vite. Nous appartenons à une société où il est parfois difficile de s’intégrer. Quand les gens voient un fauteuil roulant, ils ne voient que le fauteuil et pas la personne qui s’y trouve ! Ils ne considèrent que la faiblesse, comme quelque chose en moins. J’insiste, nous ne sommes pas faibles, nous sommes différents."

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