"Un bon début", le documentaire qui jette un autre regard sur une jeunesse en décrochage scolaire

Par Clément Rocher, publié le 12 Octobre 2022
6 min

Pendant plusieurs mois Xabi et Agnès Molia ont suivi une classe intégrée dans un dispositif spécial pour les jeunes en rupture avec la vie scolaire, "Starter". Ce documentaire sort au cinéma ce mercredi 12 octobre.

Implanté depuis 2012 dans le lycée professionnel Guynemer, à Grenoble (38), le dispositif public "Starter" accueille des élèves de 14–15 ans, qui habitent dans l’agglomération et sont en situation de rupture avec la vie scolaire. Plus de 140 élèves ont été accompagnés depuis dix ans, sous la responsabilité d'un enseignant spécialisé, Antoine Gentil, et de deux professeurs.

Pour la majorité des élèves, c'est la dernière année avec une scolarité obligatoire, une année qui peut véritablement tout changer. Au cours de celle-ci, les élèves effectuent dix semaines de stage dans le monde du travail, ce qui les aide à ébaucher un projet d’orientation professionnelle.

L'année scolaire 2019–2020 d'une quinzaine d'adolescents en décrochage est au coeur du documentaire "Un bon début", qui sort en salles ce mercredi 12 octobre. Le film montre comment Nels, Tamara, Ziyad et tant d'autres tentent de reprendre leur vie en main par le biais de ce dispositif unique en France.

Des vies compliquées

Les jeunes ont été informés du tournage du documentaire avant leur rentrée dans cette classe. Ils se sont très vite habitués à la présence de la caméra dans leur quotidien. "Ce n’est pas aussi compliqué qu’on peut l’imaginer. On n’a pas du tout eu l’impression de réaliser un exploit. On filme des gens qui ont des vies compliquées, et pour qui la question du tournage est très vite secondaire", affirme Xabi Molia, co-réalisateur du film.

Les réalisateurs n'ont pas imposé aux adolescents d'apparaître dans le film. "Tous ces jeunes ont une trajectoire passionnante. Le film met en avant ceux qui ont le plus envie d’être dedans. Pour certains, le fait d’être regardé et écouté, c’est quelque chose qui prend une importance à un moment de leur vie", poursuit-il.

La pandémie de Covid-19 et le confinement de 2020 se sont invités dans le documentaire. "Certains élèves décrochaient. Antoine Gentil, professeur et coordinateur du projet "Starter", a déployé une énergie incroyable pour garder un lien et ne jamais les lâcher. Cela nous a semblé important de filmer ce moment car tout pouvait déraper", précise Agnès Molia, coréalisatrice du film.

Les réalisateurs ont eu l'occasion de revoir les élèves à l'occasion de la diffusion du film documentaire. "Je les trouve réconciliés avec eux-mêmes. Pour moi, c’est l’objectif durable de 'Starter'. Ils ont été regardés avec intérêt pendant un an. Ils ont senti qu’ils pouvaient avoir de la valeur", avance Xabi Molia.

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Gain de confiance en soi

Élias fait partie de la promotion 2019–2020 du dispositif "Starter". Aujourd’hui âgé de 17 ans, le jeune homme effectue un apprentissage à l’IMT de Grenoble après avoir terminé un CAP peinture en carrosserie. "C’est un métier dans lequel il y a beaucoup d’avenir", soutient-il.

Ce passage dans le dispositif a constitué un tournant dans son parcours. "J’étais souvent le gars au fond de la classe. Je fais de la dyslexie et de la dysgraphie. L’école, c’était une hantise. J'ai toujours été autonome mais cette année m'a surtout apporté de la confiance en moi."

Son meilleur souvenir ? "L’oral de français au brevet. J’ai pu parler de tout ce que j’ai aimé faire et du monde du travail. Ce moment a été la concrétisation de tout ce que j’ai pu faire pendant un an."

Construire une relation de confiance avec les adolescents

Le dispositif est reconnu pour son caractère expérimental comme innovation pédagogique. "Le film montre comment on instaure une relation éducative avec un adolescent qui va mal. On met en œuvre une pratique professionnelle qui est un rapport basé sur l’empathie et le fait d'être dans une écoute active", explique Antoine Gentil.

Par ailleurs, les familles sont sollicitées, rassurées et mobilisées très régulièrement. "Notre approche de l'adolescent est globale. Si on veut que ces gamins s’inscrivent dans un parcours de remise en route scolaire, on a besoin de régler les problématiques sociales qui sont à l’œuvre."

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"Emanciper par le savoir"

Le dispositif propose également une pédagogie de l’ouverture et de la médiation culturelle. "Le but, c’est d’émanciper ces gosses par le savoir. Parmi nos élèves, la plupart n’ont pas de difficulté d’apprentissage. Ils ont des facultés de compréhension très fortes, par contre, ils ont des difficultés d’adaptation à l’environnement scolaire, de socialisation", continue-t-il.

Le dispositif propose des projets à vocation culturelle dans des musées, des salles de concert ou de théâtre. "Il y a un énorme objectif d’accès à la culture. L’année dernière, mes élèves ont rencontré le rappeur Sopico. Ils l’ont interviewé en partenariat avec Radio Campus."

Désormais, Élias ne souhaite qu'une chose: "Que cette classe soit connue dans la France entière et qu'il y ait d'autres structures de ce type."



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