1. Lycéen et surdoué : "Quand mon cerveau turbine, je me détends"
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Lycéen et surdoué : "Quand mon cerveau turbine, je me détends"

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Esteban est scolarisé au Bon Sauveur au Vésinet (78) depuis la sixième. // © Julie Balagué pour l'Étudiant
Esteban est scolarisé au Bon Sauveur au Vésinet (78) depuis la sixième. // © Julie Balagué pour l'Étudiant

À 4 ans, il savait lire, à 8 ans, il s’ennuyait en classe. Esteban, 14 ans, en première ES, revient sur ses années collège et aujourd’hui sur son lycée qui accueille, comme lui, des jeunes surdoués.

"J'ai appris à lire tout seul, à l'âge de 4 ans. Je lisais les petits livres que mes parents achetaient à ma sœur aînée, qui a quatre ans de plus que moi. Je ne saurais pas dire comment j'ai procédé. Un jour, j'ai su lire ! En moyenne section de maternelle, j'étais inscrit dans un double niveau et je faisais le programme des grands. Je suis resté à l'école maternelle pendant deux ans au lieu de trois. Je ne me sentais pas différent. J'étais un élève normal qui adorait apprendre.

C'est à l'école primaire, à 8 ans, que j'ai été détecté enfant précoce. Je m'ennuyais en classe, la maîtresse ne voulait pas l'accepter. Elle ne savait pas quoi faire de moi. Enfin, si, elle a su : j'étais devenu son assistant, je corrigeais les devoirs des autres, c'était la catastrophe. J'ai commencé à développer une phobie scolaire. Je ne voulais plus aller à l'école, c'était horrible. Heureusement, mes parents m'ont compris et soutenu. À ce moment-là, j'ai changé d'école, tout en sautant une autre classe. Puis, je suis entré au collège Le Bon Sauveur, un établissement qui accueille des élèves surdoués. J'avais 9 ans, j'étais en sixième.

"Je sentais que les professeurs cherchaient à me comprendre plutôt que d'essayer de me formater"

Le cursus pour les élèves précoces dure trois ans, de la sixième à la troisième. Nous étions une classe qu'on appelait "Mimosa". Au début, je ne voyais pas de différence, puis après quelques semaines, si. Je sentais que les professeurs cherchaient à me comprendre plutôt que d'essayer de me formater. Je me suis senti mieux et moins mis à l'écart comme avant. J'étais avec des jeunes comme moi. C'était vraiment bien, nous étions entre nous, plus forts ensembles, très unis. Notre classe était à part au milieu d'un établissement "normal", entre guillemets. Mais comme nous étions un peu dans le même bateau, ça naviguait tranquillement ! Nous avons créé des liens… qui persistent aujourd'hui encore. Ce sont mes meilleurs amis, même si nous ne sommes pas dans la même classe et que nous ne nous voyons pas toute la journée.

"En début de seconde, j'ai compris que je devais vraiment m'y mettre"

J'ai terminé le collège avec une mention assez bien au brevet. J'ai entamé la seconde avec une inquiétude, parce que je savais que la marche était assez haute. Je me suis un peu ramassé. Au long de toute ma scolarité, je n'avais jamais eu besoin de travailler. Je lisais et j'apprenais, j'ai une bonne mémoire. En début de seconde, j'ai compris – un peu à mes dépens, il faut le dire –, que je devais vraiment m'y mettre. Il y avait une analyse et une méthodologie à adopter. Or, moi je ne savais pas puisque je n'avais jamais eu besoin de technique.

Certes, j'avais toujours fait mes devoirs mais je n'avais jamais, je dis bien "jamais", appris une seule leçon… et cela ne m'empêchait pas d'avoir des bonnes notes. Alors en seconde, j'ai eu le plus grand mal à mettre en place un système de travail. Et je suis passé d'extrême justesse en première. De mémoire, j'avais autour de 8 sur 20 de moyenne générale, c'est peu…

"Nous étions tellement unis face aux autres, que le lien est fort aujourd'hui"

Nous formons une sorte de groupe très soudé. Nous étions tellement unis face aux autres, c'était tellement dur, que ce lien est fort aujourd'hui. Les autres élèves ne nous insultaient pas vraiment. C'étaient plutôt des moqueries, des petites remarques, tellement ridicules ! Je me souviens qu'un jour, demandant l'heure à un camarade dans la cour de récréation, il m'avait répondu : 'Je ne comprends pas pourquoi tu demandes l'heure, si tu es surdoué tu devrais avoir l'heure dans ta tête !' C'était franchement grotesque. Toutes ces attaques ont fait que je me suis d'autant plus renfermé dans ma classe, auprès des copains comme moi. Surtout au début.

"Je suis un élève normal… en même temps, je me sens différent des autres"

Maintenant, cela va beaucoup mieux dans ma tête et avec les autres. Je suis en première et je pense que même certains professeurs ne savent pas que je suis surdoué. J'ai 14 ans, mais je suis assez grand, donc cela ne se voit pas que je suis plus jeune que les autres. De toute façon, je cherche à passer un peu inaperçu, je veux être moyen et surtout ne pas me faire remarquer. On ne sait pas forcément qui est surdoué.

Le premier trimestre s'est bien passé. Pour la première fois, je travaille un peu, mais cela reste compliqué. Je n'ai pas de très bonnes notes. J'apprends toujours facilement mais j'ai du mal à me concentrer longtemps sur une même activité. Je manque de méthodes encore et je n'ai toujours pas de discipline de travail. S'il n'y a pas de devoirs pour le lendemain, je ne vais pas refaire des exercices supplémentaires par exemple.

Je suis un élève normal… en même temps, je me sens différent des autres. Pourquoi ? Parce que j'ai l'impression que je n'utilise pas à fond mes capacités. Je sens que je pourrais faire mieux, avoir d'excellentes notes. Le problème, c'est que je ne vois pas le but. Je ne cherche pas à être bon à l'école. Ce qui m'importe, c'est de savoir que je sais, que j'ai compris telle ou telle notion. C'est ça le plus important, pas d'être premier de la classe.

"J'apprends en m'amusant"

Je ne sais pas si c'est particulier aux surdoués, peut-être un peu. Quand j'aime un sujet, un domaine, je m'y plonge à fond. Par exemple, je découvre un cinéaste, je vais voir tous ses films, idem pour un auteur que j'apprécie ou un domaine qui m'intéresse telle l'astronomie. Je peux parler pendant des heures d'un film ou d'une constellation. Je regarde des tas de documentaires, j'apprends en m'amusant. Je suis abonné à des chaînes sur YouTube, de mathématiques, de sciences, de philosophie. Cela m'intéresse beaucoup. Quand j'ai une passion, soit je peux la garder très longtemps, comme le cinéma, soit je vais m'y intéresser un peu mais je creuserai à fond, comme les sciences. Je peux alors y consacrer des heures. Puis du jour au lendemain, je passerai à autre chose.

En ce moment, j'adore la philo. Je me plonge dans les textes avec des traités des auteurs et penseurs. Cela me plaît énormément. C'est pratique car cela va peut-être m'aider pour les cours de terminale. Je fais tout le temps du Rubik's Cube, j'en ai plusieurs et je répète sans cesse les combinaisons. J'adore : cela me change les idées. Quand mon cerveau turbine ainsi, je me détends. J'ai aussi besoin de bouger et de me défouler. J'ai testé tous les sports, natation, tir à l'arc, badminton, boxe. J'ai tout aimé. En ce moment, je fais du badminton. J'attends avec impatience mes deux séances de sport par semaine. Et puis, il m'arrive de prendre mon skate. Je fais des figures… et des kilomètres avec."

Pour en savoir plus
Si vous pensez que votre enfant est surdoué, les spécialistes conseillent d'abord de passer le test de quotient intellectuel, auprès d'un professionnel. Il existe quelques établissements qui s'adaptent aux enfants intellectuellement précoces, mais ils sont peu nombreux et quasiment tous dans le privé. Dans chaque académie, un référent est nommé pour ces élèves, pour les aider dans leur orientation. Comme ils ont besoin d'être nourris intellectuellement, les faire participer à des ateliers de sciences, d'échecs, de mathématiques est recommandé.

À lire
- "Je suis un zèbre", Tiana, éditions Payot. Le témoignage d'une adolescente surdouée.
- "L'Enfant surdoué : l'aider à grandir, l'aider à réussir", Jeanne Siaud-Facchin, éditions Odile Jacob. L'auteure est psychologue spécialiste des enfants surdoués et fondatrice du centre Cogito'z.

- La nouvelle association Zebra vient en aide aux adolescents et aux adultes surdoués.
- L'établissement (de l'élémentaire au lycée) Le Bon sauveur, 6, rue Henri-Cloppet, 78110 Le Vésinet.