1. Réussir autrement au lycée de la Nouvelle Chance à Villeurbanne
Enquête

Réussir autrement au lycée de la Nouvelle Chance à Villeurbanne

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97,5 % de réussite, en 2016, au bac professionnel toutes filières confondues : des résultats exceptionnels pour des élèves qui avaient quitté le système scolaire. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
97,5 % de réussite, en 2016, au bac professionnel toutes filières confondues : des résultats exceptionnels pour des élèves qui avaient quitté le système scolaire. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Redonner une chance à des jeunes sortis du système scolaire sans diplôme et qui sont sans emploi : voilà l'objectif de ce lycée lyonnais.

"Je ne pensais jamais reprendre mes études. C'est vraiment une chance !", s'exclame Narimane. Elle a 20 ans et est en deuxième année de bac professionnel gestion administration au lycée qui semble bien porter son nom : "la Nouvelle Chance", à Villeurbanne. Après avoir arrêté son CAP (certificat d'aptitude professionnelle) boulangerie, Narimane a cherché des petits boulots, pendant un an. "Mais j'ai vite compris que sans diplôme, c'était vraiment très compliqué", indique-t-elle.

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"Ces jeunes ont la volonté de reprendre l'école"

Comme Narimane, tous ses camarades avaient quitté, avant d'intégrer ce lycée, le système scolaire depuis au moins un an et étaient sans diplôme. L'établissement est ainsi exclusivement destiné à ceux appelés communément les "décrocheurs", inscrits à la mission locale ou à Pôle emploi.

"Mais les jeunes que nous recrutons ont la volonté de reprendre l'école dans un dispositif diplômant, qualifiant et professionnalisant", indique Christian Terras, chargé de mission du lycée. L'établissement prépare en effet au baccalauréat professionnel dans plus de dix filières : commerce, logistique, production graphique, transports... Le tout en deux ans, au lieu de trois, pour une réussite à plus de 95 % de ces jeunes qui, il y a peu, étaient loin du système scolaire.

"Le lycée m'a recrutée parce que j'étais motivée"

Les formations, par la voie de l'alternance, sont rémunérées par la Région (de 300 à 650 € par mois) : le rythme hebdomadaire est de deux jours en entreprise et trois jours en cours. Et s'il faut avoir un projet professionnel et un certain niveau scolaire, en revanche, avoir trouvé une entreprise n'est pas une obligation pour pouvoir s'inscrire. "Le lycée m'a recrutée, car ils ont vu que j'étais très motivée, souligne Narimane. Puis, ils m'ont boosté pour trouver un stage, m'ont aidé à écrire un CV..."

"On nous considère comme des adultes responsables"

Une autre particularité de l'établissement est le suivi individualisé des jeunes. "Ce n'est pas toujours facile pour les élèves de comprendre les règles, l'autorité d'un professeur ou d'un chef d'entreprise, indique Christian Terras. En outre, ce sont souvent des jeunes dans une précarité sociale et familiale. Nous assurons un accompagnement personnalisé sur les plans pédagogique, de l'entreprise, personnel, économique..." Quant aux cours, ils sont également établis en fonction des profils des élèves. "Ce sont des jeunes plus âgés que d'habitude, donc plus matures, plus autonomes, raconte Nathalie Stevens, enseignante en gestion administration. Je propose des exercices très différents, telles des mises en situation d'entreprise. Et, comme ils sont peu nombreux, je peux personnaliser l'enseignement, je connais leurs difficultés, leurs atouts."

"Les professeurs sont vraiment derrière nous, confirme Narimane. Ils nous considèrent comme des adultes responsables. Par exemple, si nous sommes absents, cela ne concerne que nous, car c'est nous qui passons le bac..." Ainsi, le jeune recruté et l'établissement signent un contrat de formation où l'élève s'engage sur une dizaine de critères de réussite et l'école, à mener l'élève au succès. Pour Narimane, les engagements de part et d'autre semblent avoir été remplis. "L'auto-école dans laquelle je travaille me proposerait un CDI [contrat à durée indéterminée] si je réussissais mon bac", sourit-elle. Son cas est loin d'être unique : 95 % des diplômés du lycée de la Nouvelle Chance sont, trois mois après leur sortie, en emploi ou ont intégré une STS (section de technicien supérieur).

Fiche d'identité

Lycée de la Nouvelle Chance
Au sein du lycée professionnel Magenta, Villeurbanne (69). Établissement public. Créé en 2002.
Coût
Gratuit. L'élève est rémunéré par la Région ou Pôle emploi.
Conditions d'admission
Avoir entre 18 et 25 ans. Être sorti du système scolaire depuis au moins un an sans qualification, être inscrit à Pôle emploi. Avoir suivi une scolarité de niveau V (CAP, BEP) en lycée professionnel, de niveau première en lycée technologique (STMG, STI2D...) ou général, et réussir les tests d'entrée, de niveau CAP/BEP.
Effectifs
110 élèves.
Taux de réussite au bac 2016
97,5 %, selon l'établissement.