Comment je suis devenue archéologue

Par Nathalie Helal, publié le 13 Juin 2019 - Mis à jour le 10 Juillet 2019
7 min

À 35 ans, Aude Valérien est archéologue. Une vocation précoce, un goût marqué pour un travail de "détective" et une passion pour le terrain - les fouilles - ont orienté sa carrière.

8 heures, quelque part en Auvergne, dans la région de Clermont-Ferrand. Face à une pelle mécanique qui ouvre des tranchées dans un site, Aude Valérien prend des photos. Quelques minutes plus tard, munie d’outils, l'archéologue descend pour faire un "décapage", c’est-à-dire enlever les couches végétales supérieures pour arriver au niveau des vestiges anciens. Les trouvailles sont enregistrées, numéro et descriptif compris, puis dessinées. Son diagnostic peut durer d’une journée à deux ans. Dans tous les cas, elle devra rédiger un rapport à l’intention du SRA (service régional de l’archéologie, dépendant de la direction régionale des affaires culturelles), nettoyer et traiter les objets dénichés, vectoriser ses dessins et tout répertorier.

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Une passion précoce pour les arts et l’histoire

Un travail qui implique une grande minutie, autant qu’un amour inconditionnel pour l’Histoire. "Dès la 6e, j’apprenais le latin avec bonheur et j’accompagnais ma grand-mère voir des expos au Louvre, au Grand Palais et au Petit Palais, raconte Aude. Elle adorait les arts et, quand j’ai été en âge d’apprécier, on est allé à Beaubourg."

Au lycée régional de Loudéac (Côtes d’Armor), où elle est scolarisée, Aude affiche clairement un profil de littéraire. Les maths ne sont pas son fort, mais ses parents font une fixation sur la série S, pensant qu’elle offrira plus de débouchés à leur fille. "J’ai négocié avec eux. Je voulais aller en L, je suis partie en ES en pensant déjà à devenir archéologue", poursuit-elle. Un rêve qui lui est venu très jeune en regardant des documentaires présentant des fouilles à la télé. Pourtant, Aude ne sait pas si elle pourra le concrétiser un jour. "C’était un peu flou dans ma tête. Je rêvais d’études en histoire de l’art, je me passionnais pour tous les métiers qui tournaient autour des musées, de la restauration d’objets ou de mosaïques, dont le côté manuel m’attirait", se souvient-elle.

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L’archéologie, un domaine où les places sont chères

Son bac ES en poche, elle s’inscrit à l'université Rennes 2, en licence d’histoire de l’art et archéologie, avec le feu vert de ses parents, qui ont compris sa passion. Art préhistorique, antique, médiéval, moderne, la chronologie historique et artistique la passionne. Après un tronc commun de deux ans, il lui faut choisir entre les deux domaines pour la troisième année. Elle opte pour l’histoire de l’art, moins compliqué d’accès que l’archéologie, où les places sont chères. Mais elle regrette et repique pour une année après sa licence, en archéologie et à Paris 4, cette fois.

En juin 2005, elle décide d’enchaîner avec un master d’archéologie, toujours à Paris. Pour avoir une chance de "faire du terrain", elle choisit l’archéologie médiévale, moins encombrée que l’Extrême-Orient, qui l’attire. Elle achève son master en trois ans et, pour son mémoire, planche sur un sujet d’habitat médiéval situé autour de la cathédrale de Chartres. Elle prend goût à ce travail de détective, minutieux et obstiné, qui remonte le fil de l’Histoire.

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Pour financer en partie ses études, elle se fait embaucher à la BNF (Bibliothèque nationale de France) à mi-temps, durant six mois, où elle prend part au transfert des collections du site Richelieu au site de la Bibliothèque François-Mitterrand. Elle apprend peu après que l’INRAP (Institut national des recherches en archéologies préventives) Pays-de-la-Loire recrute pour des fouilles locales. Aussitôt embauchée en CDD (contrat à durée déterminée), elle va enchaîner plusieurs chantiers, de Carquefou à Angers, soit une trentaine en cinq ans. "L’archéologie préventive, c’est une démarche qui fait intervenir des archéologues avant des travaux et la destruction éventuelle de vestiges. Le but n’est pas de bloquer une construction, mais d’éviter la destruction", précise Aude.

Entre rapports techniques et terrain

Depuis 2014, date de son CDI (contrat à durée indéterminée) à l’INRAP, en tant que "technicienne d’opérations", Aude alterne entre rapports techniques au bureau et présence sur le terrain, où elle dirige les opérations. Son statut est celui d’un assimilé fonctionnaire : on n’intègre pas l’INRAP sur concours mais sur examen du dossier puis oral d’évaluation devant un jury. "On était huit sur toute la France à être recrutés cette année-là !" se souvient-elle. La mobilité fait partie du métier et s’invite dans les contrats, au gré des fouilles régionales. C’est ainsi que la jeune femme s’est installée à Clermont-Ferrand.
Malgré cette contrainte et un salaire peu élevé, Aude ne regrette rien : "C’est un métier de passion, où on se prend pour un détective, avec sa pelle, sa truelle, et sa pioche ! L'une de mes plus grandes joies a été la trouvaille d’un dé à jouer en os", sourit-elle.

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