1. Ma journée de professeur des écoles

Ma journée de professeur des écoles

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Alban Launay, jeune professeur de cours élémentaire première année à l’école Anatole-France, à Argenteuil (95), nous ouvre les portes de sa classe et nous raconte son emploi du temps au quotidien.

Mardi 19 mars 2013. Enseignant en cours élémentaire première année, Alban Launay, 30 ans, est content d’avoir retrouvé "sa petite classe" comme il l’appelle, après les vacances scolaires d’hiver. Si l’expression laisse transparaître l’affection qu’il ressent pour ses élèves, comme beaucoup d’autres professeurs, il dit "mettre un masque" en arrivant le matin. Son métier, il l’exerce avec passion et un savant dosage d’humour et de fermeté.


7 h 30 : arrivée à l'école d'Alban pour préparer la classe

Alban a pris l’habitude d’arriver très tôt à l’école pour pouvoir installer tranquillement la classe, disposer le matériel nécessaire aux différentes activités prévues dans la journée, faire des photocopies. "C’est un choix, explique-t-il, car je me sens plus efficace le matin. Je consacre également une demi-journée le mercredi et quelques samedis à la préparation de mes cours, mais je ne rapporte jamais de travail à faire le soir à la maison."

CE1, Alain Launay, école A-France, Argenteuil, mars 2013 // © Éric Garault

Tôt le matin, Alban Launay prépare les panneaux et les fiches qui lui serviront au cours de la journée de classe // © E. Garault.


Rien à voir avec ses débuts, il y a 5 ans : "Quand j’ai commencé à enseigner, se souvient-il, je travaillais tous les soirs jusqu’à 1 heure du matin, les mercredis et les week-ends !" Un rythme soutenu que décrivent la plupart des jeunes professeurs. Mais "on se rôde au fur et à mesure, rassure-t-il. On connaît mieux les programmes et on arrive à s’organiser."


8 h 30 : lecture en petits groupes

La cloche retentit dans l’école. Alban va chercher ses élèves dans la cour et les conduit dans la classe. La journée commence par une heure de lecture. Située en zone sensible, l’école bénéficie d’un enseignant en renfort. Ce qui permet de travailler en "décloisonnement", c’est-à-dire de répartir les élèves des 2 CE1 en petits groupes qui sont créés en fonction de leurs niveaux, très hétérogènes. "Certains déchiffrent difficilement, tandis que d’autres lisent vraiment bien et progressent vite, explique-t-il. Dans tous les cas, il est essentiel qu’ils s’entraînent tous les jours. La lecture est l’une des priorités."


9 h 30 : la phrase du jour dans la classe reconstituée

Quand la classe entière est reconstituée, le maître écrit la date et la phrase du jour au tableau. Les élèves doivent trouver le verbe et le sujet. Alban relève les erreurs avec humour : "Moustapha, tu as encore oublié ton cerveau !" Loin de le vexer, la remarque fait sourire le garçon, signe de la relation de confiance qui s’est établie au fil des semaines avec l’enseignant. "On fait partie de la vie de ces gamins : on passe 6 heures par jour ensemble, on les aide à se construire et, pour eux, on est souvent la deuxième référence après les parents", note Alban qui avait dans un premier temps envisagé d’être prof de sport.

Alors qu’il était étudiant en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), il a effectué un stage en primaire. "J’ai adoré le contact avec les petits, raconte-t-il, c’est pourquoi j’ai décidé de passer le concours de professeur des écoles."S’il se sentait relativement à l’aise en mathématiques, une petite remise à niveau en français et en anglais s’est imposée. Pour l’oral de mise en situation professionnelle, "il faut essayer de se projeter dans le métier, se demander pourquoi on a envie de le faire, conseille Alban. Ce n’est pas facile, mais c’est important, ensuite, de savoir pourquoi on est là."


9 h 45 : récréation, puis calcul et exercices écrits

L’heure de la pause-récréation a sonné. Le temps pour l’enseignant de prendre un café et pour les élèves de se défouler pendant 20 minutes avant de plonger dans les maths. Au programme : les tables de multiplication. Alban attaque par une petite séance de 15 minutes de calcul mental, qu’il s’attache à rendre ludique et dynamique. Il interpelle les enfants : "Chérubin, 7 x 3 ? Bip, trop tard ! Maria ? Tu as dit “21”, bien, un point." Suit une série d’exercices écrits. Au moment de la correction, ceux qui ont bien répondu poussent quelques cris de joie. "C’est un âge plutôt chouette, sourit l’enseignant. Les enfants ne sont pas enfermés dans du paraître, comme c’est souvent le cas à l’adolescence. On peut les emmener où on veut, ils nous suivent avec  spontanéité."


11 h 15 : une séquence de grammaire

CE1, école Anatole-France, Argenteuil, reportage photo Éric Garault 4Alors que s’ouvre une séquence de grammaire (photo © E. Garault), un vague brouhaha monte dans la salle. Le professeur élève un peu, mais aussitôt la voix. "Il faut d’autant plus cadrer les enfants en classe que, souvent, ils ne le sont pas chez eux", avance Alban, qui rappelle que "le plus dur, quand on commence, c’est l’autorité".

Sa technique ? "Faire la police pendant les premiers mois de l’année, et rester assez ferme ensuite. En ZEP (zone d’éducation prioritaire), on est obligé de maintenir un peu la pression. Cela évite les soucis majeurs." Sans pour autant s’énerver. "En début de carrière, je criais plus, mais ce n’était pas efficace", a constaté Alban qui hausse désormais le ton plus rarement, juste ce qu’il faut pour ramener le silence dans la classe. Aussitôt après, le voilà penché aux côtés d’un autre élève, chuchotant pour l’aider dans ses exercices.

Pas facile, cependant, de savoir doser autorité et complicité. Alban confie avoir beaucoup observé les autres enseignants, l’habitude ici étant de faire cours les portes ouvertes. "Les collègues, c’est un pilier de la formation. Car, en sortant du concours, malgré les études et les stages, on n’est guère préparé au métier avant de se retrouver soi-même face aux élèves." D’où l’intérêt de regarder comment font les autres pour gérer leur classe. "On voit ce qui fonctionne, à quel moment on peut être souple et quand, au contraire, on doit sévir. Parfois, il est nécessaire d’être brut, frontal, dans la sanction pure et non dans la pédagogie. Il faut casser certains automatismes (le fait de bavarder, de répondre à l’adulte, de taper les camarades dans la cour…) de façon à remettre tout à plat et à pouvoir instaurer une relation de respect et de confiance."


11 h 30 : fin de la matinée

Voici venir l’heure du déjeuner. Quelques élèves vont à la cantine, mais la plupart rentrent chez eux. Pendant ce temps, les enseignants se retrouvent dans la salle commune. Moment de convivialité, le repas est également l’occasion de parler entre collègues de la vie de l’école, d’enfants plus difficiles que d’autres, des événements cocasses survenus le matin, du devenir d’anciens élèves entrés au collège… La discussion à bâtons rompus témoigne de la très bonne ambiance qui règne au sein de cette équipe pédagogique soudée. "Il est vraiment important de pouvoir s’appuyer sur ses collègues pour gérer les situations délicates. Cela a également un effet positif sur les enfants qui sentent cette cohésion", assure Alban.


Ses premières années lui ont appris qu’il ne faut pas "hésiter à demander conseil quand on se remet en cause parce qu’on n’arrive pas à faire tout ce qu’on avait prévu dans la journée, par exemple". La lourdeur des programmes se heurte ici au niveau des élèves qui est plus bas que la moyenne nationale. "Il faut parfois revoir ses exigences à la baisse", prévient-il, décrivant cette "difficile équation entre ses ambitions et la réalité du terrain. Mais je préfère mettre mon énergie de jeune prof au service d’élèves qui en ont vraiment besoin. Je me sens utile ici", conclut l’enseignant, avant de sortir pour se poster à la grille de l’école et accueillir les élèves qui reviennent de déjeuner.

Sommaire du dossier
Un professeur des écoles : acte 2 : un après-midi bien rythmé