Reportage

Les élèves de l’INSP, le nouvel ENA, ont fait leur rentrée à Strasbourg

Charlotte, Amélie, Briac, Pauline, Melchior (de gauche à droite), de la promo 2023-2024, font leur rentrée à l'INSP.
Charlotte, Amélie, Briac, Pauline, Melchior (de gauche à droite), de la promo 2023-2024, font leur rentrée à l'INSP. © Amelie Petidemange
Par Amélie Petitdemange, publié le 12 janvier 2023
8 min

La promotion 2023-2024 de l’INSP (Institut national du service public) - qui remplace l'ENA - a fait sa rentrée à Strasbourg, le 3 janvier. Ces 92 élèves se destinent à des carrières dans la haute fonction publique. L'Etudiant est allé à leur rencontre le jour de la rentrée. Reportage.

Ce mardi 3 janvier, la promotion 2023-2024 de l’INSP fait sa rentrée. L’Institut national du service public, qui remplace désormais l’ENA, accueille 92 élèves dans ses locaux strasbourgeois. Ces futurs hauts fonctionnaires de l’Etat ont passé un concours extrêmement sélectif avant d’accéder à cette formation. En costume, robe noire ou encore tailleur, ils émargent à l’entrée de l’institut puis font connaissance autour d’un café d’accueil.

A 10 heures, le ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Stanislas Guerini, est attendu pour leur souhaiter la bienvenue, aux côtés de la directrice de l’établissement, Maryvonne Le Brignonen.

La directrice de l’INSP, à droite, et le ministre de la Fonction publique accueillent les élèves le matin en amphi aux côtés de la préfète de la région.
La directrice de l’INSP, à droite, et le ministre de la Fonction publique accueillent les élèves le matin en amphi aux côtés de la préfète de la région. © Amélie Petitdemange

La promotion la plus féminisée de l'histoire de l'INSP (ex-ENA), avec 43% de femmes

Alors que l’INSP a été créé pour tenter de diversifier davantage les profils de la fonction publique, la directrice annonce que cette nouvelle promotion est la plus féminisée de l’histoire, avec près de 43% de femmes. Par ailleurs, 36% des élèves sont boursiers de l’enseignement supérieur et l’âge moyen est de 29 ans.

Cette promotion va par ailleurs connaître une scolarité renouvelée à partir de 2024. Elle sera pensée autour d’un socle de compétences, ainsi que des spécialisations en fin de cursus, et laissera plus de place à la pratique. A peine arrivés, les élèves partiront en stage fin janvier à l’international pendant trois mois, suivi d’un autre stage qui se déroulera, cette fois-ci, en France.

"Cette nouvelle scolarité de l'INSP va vous armer face aux grands défis qui vous attendent"

"Cette nouvelle scolarité a été conçue pour vous armer face aux grands défis qui vous attendent, quel que soit le poste choisi. Des défis sous tendus par les grandes transitions : numérique, démographique, écologique, sociétale…", complète le ministre Stanislas Guerini.

Pour Amélie, nouvelle élève de l'INSP, le changement de scolarité est "une réforme intelligente qui permet de personnaliser le suivi et de mieux savoir ce qu’on veut faire et ce qu’il nous manque comme compétences". Les stages lui permettront par ailleurs de compléter son parcours très théorique avec de la pratique.

Pauline, sa camarade de promotion, est du même avis. "J’ai besoin de pratique, ça fait deux ans que je passe le concours", pointe la trentenaire, sourire aux lèvres. Parmi les défis qui seront abordés lors de la scolarité, elle est particulièrement intéressée par les transitions sociales. "On parle de la transition écologique comme la première à mener. C’est en effet nécessaire, mais on ne pourra pas le faire sans l’accompagner d’une transition sociale", affirme-t-elle.

Dernière promo avec un classement de sortie

La promotion 2023-2024 sera la dernière à être classée à la fin de la scolarité

pour obtenir un poste, puisque le classement de sortie sera ensuite supprimé. Il laissera place à un système d’appariement entre les élèves et les employeurs.

Après le discours du ministre, les élèves sont encouragés à l’interpeller lors d’une brève séquence de questions / réponses. La voix d’un jeune homme s’élève dans le grand amphithéâtre. "Pourquoi garder le classement de sortie une année de plus", s’interroge-t-il ? Pour nombre d’élèves, ce processus risque en effet de ralentir leur carrière, puisqu’ils pourront choisir leur poste selon leur classement, et n’auront peut-être pas celui qu’ils visent.

"Le travail pour définir un référentiel de compétences sera essentiel pour permettre le processus d’appariement dans les meilleures conditions. Les règles du jeu devront être connues dès le début de la scolarité, il aurait donc été prématuré de l’instaurer dès maintenant car en réflexion en 2023. Mais vous bénéficierez déjà d’un des avantages de la suppression de ce classement : la spécialisation de votre cursus pour bien se préparer au métier que vous allez choisir", tente de rassurer Stanislas Guerini.

Pour réussir le concours, "il faut persévérer"

Quoiqu’il en soit, les élèves qui entrent à l’INSP aujourd’hui semblent ravis d’intégrer cette formation de deux ans, qui leur permettra d’accéder à de hauts postes dans la fonction publique d'Etat.

Amélie a passé ce concours exigeant trois fois. La jeune femme de 26 ans a intégré l’INSP par la voie "Talents", réservée aux étudiants boursiers les plus méritants. Après deux ans de prépa littéraire, elle avait rejoint Sciences po Lille et préparait les concours en parallèle. "Je pense qu’il faut persévérer ! Mais attention, pas d’acharnement thérapeutique. Il faut avoir un projet construit, pas repasser le concours pour le prestige".

Charlotte, qui a étudié à Sciences po Paris et à l’université Cornell, aux Etats-Unis, a quant à elle décroché le concours dès son premier essai. La jeune femme de 33 ans tient à partager son expérience et à faire passer un message d’encouragement. "J’ai un bébé de 22 mois. J’ai connu les urgences pédiatriques les veilles d’épreuves ! Alors que les jeunes mamans ne se découragent pas à passer le concours, être jeune parent vous fait développer de la résilience".

rentrée INSP JANVIER 2023 3
rentrée INSP JANVIER 2023 3 © Amélie Petitdemange

Un après-midi escape game pour découvrir l'INSP

Après cette matinée de présentation, l’INSP a innové. Au lieu d’une classique visite de l’établissement, les élèves sont invités à participer à un escape game. A travers les épreuves, ils découvrent les locaux, l’histoire de l’institut, mais aussi les équipes administratives et les lieux alentour du campus.

Divisés en treize équipes de sept ou huit personnes, ils arpentent le bâtiment, carte aux trésors en main. D’énigme en énigme, ils ont deux heures pour "s’échapper" d’une prison. L’INSP est en effet installé sur les lieux d’une ancienne prison pour femmes.

A l’arrivée, les équipes gagnantes récupèrent une gourde. "C’est un cadeau symbolique. L’idée, c’est surtout de réaliser leur intégration", explique Anne-Catherine Distelzwey, cheffe du département de la digitalisation des formations et de l’innovation pédagogique à l’INSP. Les élèves se rencontrent en effet pour la première fois aujourd’hui, et ce jeu leur permet de faire connaissance de façon détendue. Comme le pointait le ministre Stanislas Guerini ce matin, les liens qu’ils tisseront entre eux seront tous aussi cruciaux que les enseignements.

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