1. Cette élève de Sciences po mobilise les étudiants pour la reprise d'études des réfugiés
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Cette élève de Sciences po mobilise les étudiants pour la reprise d'études des réfugiés

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Alyette dans les locaux de Sciences po. // © Photo fournie par le témoin
Alyette dans les locaux de Sciences po. // © Photo fournie par le témoin

Alyette Tritsch, 21 ans, s’apprête à officialiser la création de la branche française de l’association allemande Kiron, qui accompagne les réfugiés dans leur reprise d’études. L’engagement de cette étudiante, en première année de master à l’école d’affaires internationales de Sciences po Paris, a boosté la mobilisation de l’école et des étudiants.

En mars 2016, Sciences po accueillera 20 réfugiés pour des cours de FLE (français langue étrangère) notamment et Alyette Trisch, étudiante en première année de master à l’école d’affaires internationales de Sciences po Paris, n’y est pas pour rien !

En septembre 2015, la jeune femme de 21 ans se rend dans des camps de réfugiés pour donner un coup de main, notamment vers la gare de l’Est et la mairie du 18e arrondissement de Paris. L’aide s’y organise de manière un peu informelle, via Facebook, en fonction des besoins. "Je me suis rendue compte que beaucoup de réfugiés demandaient d’accéder aux études supérieures", explique-t-elle. Elle poste alors un commentaire sur la page Facebook de sa promo à Sciences po, où elle écrit, en substance : "Nous, étudiants, pourrions être à l’origine de quelque chose et pousser l’administration de notre école à réagir". 

Faciliter l’accès des réfugiés à l’enseignement supérieur

Une dizaine d’étudiants, de sa promo et bien au-delà, se regroupe. "On faisait partie de Sciences po Refugee help, qui se consacrait surtout à l’aide matérielle et les besoins de première nécessité. On voulait agir sur le long terme", résume-t-elle. Avec deux étudiantes allemandes de l’école, Alyette entre en contact avec l’ONG (organisation non gouvernementale) Kiron, qui œuvre pour faciliter l’accès des réfugiés à l’éducation supérieure outre-Rhin. Pendant la réunion Skype, le jeune entrepreneur à l’origine de l’ONG leur propose de devenir la branche française de Kiron. L’organisation allemande met des cours en ligne, du soutien personnalisé, du coaching et du mentorat à disposition des réfugiés. Elle noue également des partenariats avec des universités. Celles-ci offrent des contenus pour les deux premières années de licence et accueillent ensuite les réfugiés en L3, pour finir leur cursus dans les mêmes conditions que les autres étudiants, une fois les problèmes administratifs et linguistiques réglés.

20 réfugiés bientôt à Sciences po

Du côté de Sciences po, une réunion s’organise en novembre, avec le personnel de l’administration et les enseignants "tous très motivés", relève Alyette. Résultat ? En mars 2016, 20 réfugiés bénéficieront, selon les besoins, de cours de FLE (français langue étrangère), d’anglais, de conférences et d’un accès à la bibliothèque. "Le programme va être adapté à la demande pour qu’il soit un tremplin pour des gens qui veulent reprendre des études et des élèves de l’école feront du soutien juridique pour les accompagner dans leurs démarches", détaille l’étudiante.

Essaimer

Si Kiron France - dont le nom devrait être officialisé prochainement - entretient un lien privilégié avec Sciences po, où étudient les jeunes mobilisés, elle s’ouvre à d’autres établissements d’enseignement supérieur. "Nous sommes en contact avec des universités et des plateformes de MOOC (Massive open online courses) en français pour proposer des ressources en ligne aux réfugiés, sur le modèle de ce que fait Kiron en Allemagne, qui met déjà à notre disposition les contenus en anglais", explique l’initiatrice du projet. Outre les cours de langues, les sciences de l’ingénieur, l’informatique et le business sont les disciplines les plus recherchées.

En parallèle, la vingtaine d’étudiants désormais mobilisée autour de l’association d’Alyette s’emploie à créer des partenariats avec des salles informatiques ouvertes au public dans les grandes villes et travaillent sur la mise en place d’accès Internet dans les centres d’hébergement, pour permettre aux réfugiés d’accéder aux contenus en ligne. Et la jeune femme, originaire de Besançon, rêve déjà que le concept fasse des petits dans d’autres villes.

"Je n'aurais rien fait toute seule"

"Cette expérience est un challenge  et va me faire découvrir des sujets que je ne connaissais pas", confie l’étudiante, qui insiste pour dire qu’elle n’aurait rien fait toute seule. Reste que son intérêt pour la question des réfugiés ne date pas de la rentrée. La jeune femme a commencé son cursus sur le campus de Sciences po à Menton, spécialisé sur le Moyen-Orient. Et a participé à des échanges "en Jordanie, pays au cœur de la crise des réfugiés, avec des camps partout". Aujourd’hui, le cœur d’Alyette balance entre la recherche sur les questions politiques au Moyen-Orient et le développement international au sein d’une ONG.