1. William, lycéen et dyscalculique : "Les chiffres, pour moi, ne veulent rien dire"
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William, lycéen et dyscalculique : "Les chiffres, pour moi, ne veulent rien dire"

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William, 18 ans, est en première professionnelle aménagement paysager au lycée Saint-François-La Cadène, à Labège (31). // © Frédéric Scheiber/Hans Lucas
William, 18 ans, est en première professionnelle aménagement paysager au lycée Saint-François-La Cadène, à Labège (31). // © Frédéric Scheiber/Hans Lucas

Fâché avec les chiffres et les lettres, William est aussi hyperactif. Scolarisé dans un lycée de la Fondation d'Auteuil qui accueille les jeunes en difficulté d'apprentissage, il retrouve confiance en lui.

"Je suis dyscalculique, dyslexique, dysorthographique, dys… tout ! Cela veut dire que j'ai des problèmes pour compter, lire, écrire. On appelle cela les 'troubles associés'. On doit m'aider dans ma scolarité mais cela n'a rien à voir avec l'intelligence. Saviez-vous qu'Albert Einstein était un dyslexique dyscalculique sévère ? Je n'ai pas honte. J'accepte de témoigner pour passer deux messages. Un premier que j'adresse aux jeunes comme moi : assumez vos difficultés et surtout acceptez de vous faire accompagner par des spécialistes, et écoutez vos professeurs. Un deuxième à ceux qui me regardent parfois bizarrement : non, je ne suis pas plus bête et j'y arrive ! J'ai mes particularités, et je suis comme vous. Voilà, c'est dit, et n'y voyez pas d'envie de revanche.

Je suis même fier de ce que j'accomplis. Je réussis en classse, j'ai la moyenne presque partout, même en maths alors que, étant dyscalculique, ce n'est pas facile. Je ne suis pas bon dans une seule matière : la 'connaissance des végétaux', parce que c'est du latin… et le latin pour un dyslexique, ce n'est pas évident. Le jour de l'examen, il faut reconnaître 300 plantes ! C'est énorme !"

"J'ai un frère jumeau qui a exactement les mêmes problèmes"

"Avec mon frère jumeau, nous sommes pareils. C'est reconnu d'ailleurs. La dyscalculie, la dyslexie, etc., sont d'origine génétique. Nous avons été diagnostiqués en même temps et avons les mêmes problèmes. Et nous nous soutenons. J'ai commencé les séances avec une orthophoniste assez jeune, à 5 ans. La psychomotricienne, je la vois depuis l'âge de 4 ans. Mes parents avaient remarqué que je ne tenais pas en place : je bougeais tout le temps, je ne m'arrêtais jamais. Les médecins ont diagnostiqué que j'étais hyperactif avec des troubles de l'attention. Cela fait donc quatorze ans que je vois la même psychomotricienne. Elle m'aide pour tout : à rester concentré, à me calmer, à me repérer dans l'espace… Avec l'orthophoniste, je travaille sur d'autres choses : la dyslexie.

Être dyscalculique, cela veut dire que j'ai du mal à compter, multiplier, calculer et à me repérer en géométrie. Je suis incapable de me projeter dans un croquis, par exemple. Les théorèmes de Pythagore et d'autres sont pour moi des énigmes. De la même manière, je suis incapable de faire des calculs et de dire si tel chiffre est plus grand que tel autre. Je sais, cela peut sembler bizarre mais ce n'est pas de ma faute et ce n'est pas par manque de volonté. C'est un dysfonctionnement dans mon cerveau. Je ne peux rien faire sans ma calculette. Elle me rassure."

"Mes souvenirs d'école ne sont pas joyeux"

"Avec mon frère, nous nous soutenons depuis que nous sommes tout petits. Nous sommes plus forts à deux, c'est sûr. Pourquoi être plus forts ? Parce que c'est très très dur. Nous devons travailler trois, quatre, cinq fois plus que nos camarades qui n'ont pas ce problème. Je peux passer des heures et des heures sur un devoir.

Mes souvenirs d'école primaire et de collège ne sont franchement pas joyeux. Au CP [cours préparatoire], je n'arrivais pas à lire, je ne savais pas compter, je n'arrivais pas à apprendre mes tables de multiplication. D'ailleurs, je ne les connais toujours pas, je ne les saurai jamais. Ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est impossible. Les chiffres ne veulent rien dire, ils se promènent sur la feuille comme s'ils n'avaient pas de sens.

Lire aussi : Lycéenne et dyslexique : "En quatrième, je lisais comme une élève de CE1"

Quand j'étais à l'école primaire, je peux dire aujourd'hui que les professeurs faisaient de la discrimination avec moi. J'avais du mal et d'énormes blocages. Je n'étais pas dans la même classe que mon frère et l'institutrice s'énervait contre moi. Elle ouvrait la porte et disait : "Allez ! Va voir ton frère !" Au collège, je n'étais pas maltraité par les professeurs mais je ramais sérieusement. Et puis, youpi, j'ai eu le brevet ! Alors que tout le monde disait que je ne l'aurais jamais. Eh bien, c'est gratifiant ! J'ai tellement travaillé ! C'était ma première victoire ! N'empêche que, au fond de moi, ça n'allait pas."

"Maintenant que je suis en première, cela va mieux"

"Même si j'avais réussi mon brevet, je n'avais pas totalement confiance en moi. Je n'étais pas bien dans ma peau. J'étais fatigué et même un peu découragé, je crois. Quand les professeurs ou les éducateurs me disaient quelque chose ou essayaient de m'expliquer, je prenais tout mal. Je me vexais, j'étais devenu susceptible ! Maintenant, je suis en première et cela va mieux. Il y a pas mal d'élèves comme moi dans ma classe, je ne me sens pas seul. D'ailleurs, avec mes amis, on en parle parfois, cela rassure. Et on a une équipe enseignante en or. Ils nous comprennent. Ils nous donnent des cours déjà écrits et à trous. Je ne perds pas pied. Sans ce système, franchement, je serais perdu. Les cours font des pages et des pages recto verso ! Pour moi, ce serait impossible d'écrire tout cela !

Je compense. J'ai des aides, on ne me laisse pas de côté. Comme l'une de mes grandes difficultés, c'est la lenteur, je ne peux pas prendre en note le cours. Je n'arrive pas à rédiger. Je n'arrive pas à calculer. Patricia, mon AVS [auxiliaire de vie scolaire] me sert de scripteur : je lui dicte tout ce que je veux écrire. Elle me lit les consignes, me les réexplique autrement… jusqu'à ce que je les comprenne. On ne dérange pas la classe, on chuchote.

Le soir, je passe deux, trois, voire quatre heures à faire mes devoirs, là où d'autres élèves terminent en une heure. Je m'applique beaucoup, c'est important, il faut que ce soit bien fait. C'est sûr, on me conseille de prendre un ordinateur, cela irait plus vite et beaucoup de dyscalculiques en ont un ; mais, pour moi, c'est impossible. Je n'arrive pas à repérer les touches."

Lire aussi sur Le blog du prof principal - bac pro : Je suis "dys", puis-je faire des études supérieures ?

"Ce qui m'aide, c'est l'athlétisme !"

"Ce qui m'aide énormément dans les études, c'est l'athlétisme que je pratique régulièrement. J'ai besoin de me dépenser physiquement et cela me remonte le moral et le mental. Je m'épanouis, je rencontre des personnes formidables lorsque je participe aux compétitions. Je me sens à ma place et utile. Les plus âgées transmettent leur savoir que, de notre côté, nous passons aux plus jeunes. C'est un bon sport pour les dyscalculiques, les dyspraxiques, les dyslexiques et les hyperactifs !

Avec ma psychomotricienne en or, on a travaillé là-dessus. Elle m'apprend à maintenir mes efforts sur un lancer de poids par exemple, sur une course ou un geste précis à acquérir. Grâce à tous ces professionnels qui m'aident depuis si longtemps et à la bienveillance des éducateurs, des professeurs, de mes parents et de mon frère, je souffre moins, enfin plus exactement je ne souffre plus."

Qu'est-ce que la dyscalculie ?

C'est un dysfonctionnement dans les acquisitions numériques et de calcul. Le dyscalculique n'arrive pas à compter, calculer, diviser, résoudre des problèmes ou comprendre la géométrie. Ce trouble est souvent associé à la dyslexie (trouble de la lecture) ou la dyspraxie (troubles d'orientation dans l'espace). L'enfant atteint de ces troubles a souvent un TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité).
Pour être pris en charge et bénéficier de l'aide d'une AVS, de séances d'orthophonie et de psychomotricité, ou avoir un tiers de temps supplémentaire aux examens, un bilan est requis. C'est l'orthophoniste qui établira le diagnostic. Il faut ensuite se tourner vers l'établissement et le médecin scolaire.
Des associations aident les familles dans leurs démarches. Pour plus de renseignements : Fédération française des dys (dys désigne les troubles spécifiques du langage et des apprentissages).