Éducation à la sexualité : une urgence à revoir les programmes ?

Par Nalini Lepetit-Chella, publié le 06 Octobre 2022
5 min

Sujet aussi intime que sociétal, la sexualité peine à trouver sa place dans les programmes scolaires. Deux rapports parus en septembre 2022 recommandent de renforcer et diversifier les enseignements en la matière, en allant au-delà des enjeux biologiques et sanitaires.

Les mots des quatre sénatrices ne sont pas tendres. "Tous les intervenants entendus par la délégation [aux droits des femmes du Sénat] se sont accordés pour dénoncer l'échec de l'éducation à la sexualité en France aujourd'hui", affirment les autrices du rapport "Porno : l'enfer du décor", publié le 27 septembre 2022.

Selon elles, cela se limite "bien souvent" à "quelques cours de SVT (sciences de la vie et de la Terre) dédiés à l'enseignement de la reproduction en classe de 4e". Ceci alors que la loi Aubry de 2001 prévoit au moins trois séances par an consacrées à l'éducation à la sexualité, de l'école primaire jusqu'au lycée.

De la sexualité au sexisme : recentrer le programme

Ce constat pose non seulement la question de la régularité de cet enseignement, mais également de son contenu. Est-il suffisant de n'expliquer aux adolescents que le fonctionnement biologique de la sexualité (puberté, reproduction) et ses enjeux sanitaires (prévention des infections sexuellement transmissibles, contraception) ?

Pour les sénatrices, la réponse est non. Elles dénoncent justement le fait que "les enfants et adolescents sont bien souvent laissés seuls avec leurs questionnements et sans espace de discussion". Leur rapport parle donc d'une éducation à la sexualité et à la "vie affective". Il recommande d'y inclure "les notions d'intimité et de respect de l'autre, de son consentement, de sa sexualité" et d'aborder les questions liées à la pornographie et à la prostitution.

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Un autre rapport, également publié en septembre 2022, abonde en ce sens. Remis au ministère par deux inspectrices générales de l'éducation en juillet 2021, il propose de renommer l'éducation à la sexualité en intégrant l'enjeu du sexisme. Les inspectrices recommandent ainsi d'inclure au programme les violences et discriminations sexistes et sexuelles.

Élargir à d'autres disciplines

Un tel élargissement nécessiterait de ne pas aborder le sujet seulement en SVT et en enseignement moral et civique. Les deux inspectrices générales proposent donc d'intégrer les notions d'éducation à la sexualité et au sexisme dans les programmes des autres disciplines concernées, côté sciences humaines, économiques et sociales. L'objectif est notamment de limiter les éventuelles "réticences de ces enseignants à participer à des séances" sur ces thématiques.

Les professeurs ne sont d'ailleurs pas les plus concernés par l'éducation à la sexualité. Ils en donnent 15% des cours dans les collèges et 20% dans les lycées, d'après une enquête de la direction générale de l'enseignement scolaire sur l'année 2018–2019. Loin derrière les infirmiers scolaires (40% dans les deux cas) et même moins que des intervenants extérieurs à l'établissement (30% dans les deux cas), comme des représentants d'associations.

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Si le rapport juge une telle ouverture "souhaitable", il estime qu'elle doit "s'appuyer sur un cadre plus réfléchi et harmonisé". Il recommande donc de demander aux associations intervenantes un agrément et un label, "en lien avec les discussions en cours sur l'encadrement des associations spécialisées sur la protection de l'enfance".

Une éducation du primaire au lycée

Les deux inspectrices générales préconisent également de programmer l'éducation à la sexualité "tout au long de la scolarité", dans le cadre des enseignements mais aussi des séances dédiées. Elles sont d'ailleurs favorables à l'inscription des séances annuelles – au moins trois – dans l'emploi du temps des élèves, du primaire au lycée.

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Enfin, elles soulignent l'importance d'informer les parents d'élèves de la démarche. L'idée est de les aviser "systématiquement" du programme à la rentrée et de leur fournir des documents de sensibilisation sur les interventions menées avec des collectivités ou des associations.

En effet, "certains parents peuvent […] exprimer des réticences face à l'éducation à la sexualité, notamment pour des motifs religieux ou idéologiques", d'après le rapport du Sénat. Mais ils semblent "en majorité demandeurs d'un relais sur ces questions qui ne sont pas toujours faciles à aborder directement avec leurs enfants".

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