Mixité sociale : le collège privé s'isole

Par Clément Rocher, publié le 26 Septembre 2022
6 min

Au collège, l'écart de population entre secteurs public et privé ne cesse de grandir. Alors que la mixité sociale est stable dans le premier, le second accueille de plus en plus d'élèves de milieux très favorisés. Une ségrégation sociale qui favorise les inégalités.

La mixité sociale continue de baisser dans les collèges privés. Selon une étude de la Depp publiée en juillet 2022, le secteur privé "scolarise de plus en plus d’élèves de milieu favorisé".

Le service statistiques du ministère de l'Éducation nationale observe ainsi que la ségrégation scolaire augmente depuis vingt ans entre le privé et le public. Cette notion désigne le fait que des établissements scolaires n'accueillent pas dans leurs classes des élèves de profils sociaux différents. En séparant les élèves de milieux défavorisés et ceux de milieux très favorisés, la ségrégation scolaire est un facteur renforçant les inégalités.

"Embourgeoisement" de l'enseignement privé

Dans le détail, la note d'information de la Depp montre les fortes disparités de composition sociale entre secteurs privé et public. Le premier accueille beaucoup plus souvent des élèves issus de familles aisées. À la rentrée 2021, 40,1 % des collégiens du secteur privé sous contrat sont de milieux sociaux très favorisés contre 19,5 % dans le public (voir infographie). À noter que le secteur privé scolarise 22% des collégiens en 2021, soit environ un élève sur cinq.

À l'inverse, la mixité sociale des collèges publics est stable et ces établissements accueillent plus souvent des élèves issus de milieux défavorisés que les collèges privés.

"Les écarts de recrutement social entre les établissements publics et les établissements privés s'accentuent, soutient Pierre Merle, professeur de sociologie à l’Université de Bretagne occidentale et auteur de plusieurs ouvrages dont La Ségrégation scolaire, publié en 2012. On observe une augmentation de la ségrégation sociale avec une spécialisation bourgeoise des établissements privés."

Ces écarts s'observent surtout en zone urbaine. "Quand veut entrer dans le détail, on s'aperçoit qu'il y a des établissements privés qui sont dans des secteurs ruraux avec un recrutement plus varié. Mais il n’en reste pas moins qu'en moyenne les établissements privés se retrouvent essentiellement dans les centres-villes et ont un recrutement très favorisé", pointe le sociologue.

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Le manque de mixité sociale renforce les inégalités scolaires

Le problème, c'est qu'un manque de mixité sociale est régulièrement évoqué comme un facteur renforçant les inégalités scolaires. "Le regroupement d'élèves en difficulté scolaire dans un même établissement aboutit à limiter la progression de leur apprentissage", poursuit Pierre Merle. En effet, il sera plus difficile pour ces élèves de bénéficier durant leur scolarité de camarades avec un bon niveau scolaire qui seront susceptibles d'entraîner la classe vers le haut. "L'augmentation de la ségrégation scolaire et sociale participe aux mauvais résultats globaux de l'école française", tranche le sociologue.

Mais l'inverse n'est pas vrai. Alors que certains établissements privés vont chercher à former une élite sociale et scolaire, une classe uniquement composée de très bons élèves n'est pas nécessairement un facteur de réussite. "Un très bon élève dans un établissement moyen va prendre de l'assurance en lui-même. La mixité est en moyenne préférable pour élever le niveau moyen d'une classe", explique Pierre Merle.

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Un objectif du ministre Pap Ndiaye

Le problème est identifié du côté du ministère de l'Éducation nationale. "Nous devons progresser dans le domaine [de l’égalité des chances]", a soutenu le ministre Pap Ndiaye, lors de sa conférence de presse de rentrée. Il a notamment mentionné "le renforcement de la mixité sociale dans les établissements scolaires par l’implantation de filières d’excellence dans des établissements de l’éducation prioritaire".

Un changement de ton bienvenu, selon Pierre Merle, qui rappelle que le ministre précédent, Jean-Michel Blanquer, "n'a jamais parlé de mixité mais d'égalité des chances. Or, si on n'a pas un minimum de mixité sociale, on ne peut pas avoir d'égalité des chances."

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Des mesures prises en faveur de la mixité sociale

Afin de renforcer l'attractivité des collèges les moins favorisés, 43 nouvelles sections internationales sont implantées à la rentrée scolaire 2022 dans des collèges parmi les plus défavorisés du territoire. Cela représente une hausse de 50% du nombre de sections internationales.

Par ailleurs, 230 collèges ont été identifiés par les académies et se sont vu attribuer des objectifs de progression de leur taux de boursiers adaptés à leur capacité d'accueil et au contexte local. Le but : accueillir plus de 1.000 élèves boursiers supplémentaires en cette rentrée 2022.

Localement aussi, des initiatives émergent. Plusieurs Départements, qui ont la charge des collèges, ont fait de la mixité sociale une priorité éducative. Le Département de la Haute-Garonne a, par exemple, inauguré cinq nouveaux collèges en ce début d'année scolaire, établissements qui accueillent des enfants issus de milieux sociaux variés.

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