AgroParisTech : une enquête interne révèle 17 cas de viol

Par Clément Rocher, publié le 22 Juin 2022
5 min

Une association étudiante d'AgroParisTech, la cellule Cassis, a publié ce mardi 21 juin les résultats d’une enquête sur les situations de violences sexistes et sexuelles au sein de l'école d'ingénieurs. Le directeur de l'établissement a saisi le procureur de Paris ce lundi.

Après CentraleSupélec et l’Ecole Polytechnique, AgroParisTech a également mené une enquête interne sur les violences sexistes et sexuelles (VSS) auprès de ses étudiants.

Les résultats, publiés le 21 juin 2022, sont édifiants : 17 élèves déclarent avoir subi un ou plusieurs viols (16 femmes et une personne non binaire) au cours de la scolarité. Le procureur de Paris a été saisi ce lundi 20 juin par le directeur de l’école d’ingénieurs, Laurent Buisson, en poste depuis novembre 2021, conformément à l’article 40 du code de procédure pénale.

Des viols et plus d'une centaine d'agressions sexuelles

C'est la cellule de sensibilisation et d’information sur la sexualité (Cassis), une association étudiante, qui a mené cette enquête par mail en décembre 2021 auprès des 1.200 étudiants, de la première année du cycle ingénieur jusqu’au doctorat. La répartition en fonction de l’identité de genre est plutôt représentative de l’ensemble des élèves de l’école : 67,7% des élèves ayant répondu au questionnaire sont des femmes, alors qu'elles représentent 63% des étudiants de l'école.

En plus des cas de viols, 526 comportements ou propos discriminatoires ou à connotation sexuelle ont été signalés. Ils proviennent en grande majorité d’étudiants, mais aussi, dans une quarantaine de cas, d’enseignants et du personnel de l’établissement. Au total, 141 étudiants déclarent avoir été victimes d’agressions sexuelles "avec contact". Il est important de noter que 31,9% des agressions sexuelles et 64,7% des viols ont été commis alors que la victime était sous l'emprise d'alcool ou de stupéfiants.

"Nous avons lancé cette enquête pour faire un bilan du dispositif mis en place au sein de l'école pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles, trois ans après sa création. On savait qu’il y avait un problème et qu’on allait avoir des chiffres d’agressions et de viols, mais on ne s’attendait pas à une telle ampleur. Ce constat nous a permis de voir qu’il y avait des failles dans le dispositif. La gestion des violences sexistes et sexuelles ne doit pas être notre rôle", témoigne Juliette Verdeil, étudiante en deuxième année et co-responsable de la cellule Cassis.

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Une pression sociale subie par les étudiants

D'autres points négatifs sont dénoncés par les élèves interrogés, notamment le fait de se sentir sous pression sociale. En effet, 56,8% des répondants considèrent qu’ils ressentent une pression pour se sentir inclus. Le bilan de l’enquête évoque des étudiants filmés par leurs camarades dans des moments "embarrassants" sans consentement. Pour autant, la majorité des étudiants qualifie positivement l’ambiance à AgroParisTech.

"Ce fossé entre la considération du problème des VSS par les étudiants et la réalité des violences commises au sein de l’école dépeint un détachement profond et dangereux de la communauté étudiante envers ces questions", dénonce la cellule Cassis dans un communiqué.

AgroParisTech promet de renforcer son plan d'action

Les principes d’un nouveau plan d’action ont donc été décidés par la direction générale d’AgroParisTech en concertation avec la cellule Cassis et les responsables du dispositif VSS. Dès la rentrée 2022, la direction de l’établissement s’engage à renforcer son dispositif d’écoute et de d’accompagnement des victimes et élargir ses formations de sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles, notamment à destination de son personnel. Ce nouveau plan d’action sera à la charge d’AgroParisTech et non plus à l’initiative de l’association étudiante.

Les formations de sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles en milieu festif seront maintenues, celles sur le milieu professionnel seront renforcées afin que chaque étudiante et étudiant en ait suivi au moins une avant de partir en stage.

"Ces chiffres sont intolérables, commente Siham Lachgar, co-responsable du dispositif de lutte contre les VSS à AgroParisTech. Nous allons questionner notre dispositif pour l’améliorer. Parmi les pistes de réflexion, nous voulons que toutes les associations étudiantes qui organisent des événements soient formées. Nous voulons aussi informer et passer des messages très clairs sur la consommation d’alcool. Une personne alcoolisée ne peut pas consentir à une relation sexuelle. Il faut oser transmettre tous ces messages."

"Parmi les points positifs, il y a une libération de la parole et une libération de l’écoute, poursuit-elle. On permet aux victimes d’avoir un espace pour s’exprimer. Il faut instaurer un climat de confiance. Nous sommes là pour proposer un accompagnement aux victimes. Le but maintenant, c’est effectivement de continuer à mettre les moyens financiers mais aussi humains pour que le dispositif continue à fonctionner."

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