Arts et Métiers : les étudiants contestent une hausse probable des frais de scolarité

Par Clément Rocher, publié le 30 Mars 2021
6 min

Le conseil d'administration de l'école d'ingénieurs Arts et Métiers a voté jeudi 25 mars une motion en faveur d'une augmentation des frais de scolarité, applicable dès la rentrée prochaine. Les étudiants de l'établissement se mobilisent contre cette nouvelle mesure. Explications.

Depuis le lundi 29 mars, les étudiants de l'école d'ingénieurs Arts et Métiers se mobilisent contre une hausse potentielle de 500% des frais de scolarité. Une motion en faveur d'une augmentation des frais de scolarité a été votée jeudi 25 mars lors du conseil d'administration de l'établissement. Cette nouvelle mesure serait effective dès la rentrée prochaine et ne concernerait que les nouveaux étudiants.

Actuellement, les frais de scolarité s'élèvent à 601 euros par an et pourrait, par conséquent, grimper à 2.500 euros soit une augmentation de près de 500%. Le montant n'est pas encore véritablement défini. La décision finale reviendra à la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. En effet, le montant des frais de scolarité dans les écoles d’ingénieurs publiques sous la tutelle du Mesri est déterminé justement par le ministère.

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Les étudiants se dressent contre cette augmentation

Les élèves-ingénieurs des Arts et Métiers contestent cette augmentation. Les étudiants du campus de Cluny ont déposé leur traditionnelle blouse grise (une biaude dans le jargon) au sol pour protester contre la perte des valeurs de l'école que représenterait cette hausse. Les étudiants du campus de Lille ont également abandonné leur blouse dans la galerie d'honneur et ont placé un drapeau noir sur une cheminée surplombant le campus.

Les étudiants du campus de Lille ont déposé leur blouse dans la galerie d'honneur.
Les étudiants du campus de Lille ont déposé leur blouse dans la galerie d'honneur. // © Photo fournie par les témoins

La mobilisation pourrait se poursuivre aujourd'hui sur d'autres des huit campus de l'établissement, comme à Metz ou Châlons-en-Champagne. "Notre objectif est de faire en sorte que les frais de scolarité n'augmentent pas. Tous les campus sont plutôt convaincus du problème et essayent de trouver les meilleurs moyens pour s'exprimer", affirme Clément Poissonnet, président de l'Union des élèves – Arts et Métiers.

Le directeur général des Arts et Métiers, Laurent Champaney, veut remettre en perspective cette hausse. Former un ingénieur aux Arts et Métiers coûte aujourd'hui 20.000 euros par étudiant et par an. "La contribution apportée par les étudiants est de l'ordre de 4% et reste très faible."

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Comment expliquer cette hausse ?

Cette augmentation des frais de scolarité contribuerait notamment à financer le développement pédagogique des Arts et Métiers. L'établissement a présenté un projet stratégique appelé "learning factories" permettant de répondre aux enjeux industriels et aux nouveaux défis technologiques.

Laurent Champaney rappelle que le modèle pédagogique de son école repose notamment sur la place accordée à la pratique dans la formation. "Ce modèle possède un coût important avec plus d'équipements techniques et plus de personnel compétent. C'est ce qui fait l'identité des Arts et Métiers et ce qui est plébiscité par les étudiants. L'objectif est de faire un projet collectif pour que toutes les parties prenantes s'impliquent un peu plus pour faire tourner notre modèle. Nos alumni se sont engagés à financer davantage l'établissement par le biais du mécénat."

Le président de l'Union des élèves – Arts et Métiers rétorque "qu'on demande aux étudiants de financer en partie ce projet, mais [qu'ils n'ont] aucune assurance de comment sera utilisé cet argent. Le bénéfice pédagogique n'est pas forcément assuré. Il faudrait qu'on touche aux étudiants en dernier recours, si vraiment le projet ne peut pas être financé autrement."

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Une crainte pour l'ouverture sociale

Selon le discours tenu par les étudiants, cette augmentation des frais de scolarité entrerait en contradiction avec les valeurs de diversité sociale prônée par l'établissement. "Nous avons l'impression que cet aspect ascenseur social ne sera plus permis. Je ne pense pas que des élèves issus de familles avec des revenus modérés puissent amener des milliers d'euros pour payer les frais de scolarité ", estime Clément Poissonnet.

Le directeur général des Arts et Métiers réfute cet argument. "Nous avons développé des mécanismes de soutien aux étudiants comme la formation en apprentissage et les contrats de professionnalisation. Nous avons travaillé avec les alumni sur des mécanismes de prêts afin que tout étudiant méritant puisse venir aux Arts et Métiers", poursuit Laurent Champaney qui précise que ces mécanismes restent peu sollicités par les étudiants.

Doit-on s'attendre à une hausse des frais de scolarité dans les écoles d'ingénieurs ?

L'école d'ingénieurs Arts et Métiers pourrait s'aligner sur les frais de scolarité appliqués par les écoles Centrale et les Mines Nancy depuis 2018. "On ne s'intéresse pas spécifiquement à l'année 2021. Nous ne sommes pas à l'abri que les frais de scolarité dans les écoles d'ingénieurs sous la tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur passent à 2.500 euros avec une baisse du financement de l’État. Je préfère que mon établissement soit en avance et agile pour anticiper cette augmentation ", justifie Laurent Champaney.

De son côté, le Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI) apporte son soutien aux étudiants de l'école d'ingénieurs et critique le double discours tenu par le ministère de l'Enseignement supérieur. "On reproche aux écoles d'ingénieurs une ouverture sociale trop faible alors même que l’État ne permet pas aux établissements de se développer. Nous allons avoir toute une tranche de la population étudiante qui se retrouvera dans une situation compliquée", affirme Maxime Renault, président du BNEI.

La ministre de l'Enseignement supérieur a annoncé mercredi 10 mars le gel des droits d'inscription à l'université à la rentrée 2021. "Pourquoi ne le ferait-elle pas dans les écoles d'ingénieurs publiques qui sont sous la tutelle de son ministère ?, se questionne le président du BNEI. Il est difficile d'entendre que la ministre soutient les étudiants en pleine crise si elle veut en même temps multiplier les frais d'inscription par cinq. Ce serait incohérent."

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