Les examens à distance assurent-ils l’égalité entre les étudiants ?

Par Amélie Petitdemange, publié le 24 Avril 2020
5 min

Examens en ligne, devoir à la maison, contrôle continu… Ces solutions pour remplacer les examens en présentiel sont-elles équitables ? Eléments de réponse avec deux juristes.

L’épidémie de coronavirus a sonné le glas des examens en présentiel pour cette fin d’année scolaire. Les universités s’adaptent au cas par cas pour évaluer les étudiants : examen en ligne, contrôle continu, devoir à la maison ou projet.

Des solutions contre lesquelles certains syndicats étudiants s’insurgent, craignant une égalité entre les étudiants. Les examens en ligne sont notamment visés. "Nous nous inquiétons particulièrement pour les étudiant-e-s ne disposant pas de matériel informatique ou logiciels adéquats, pour celles et ceux qui ont des connexions défaillantes ou qui ne peuvent pas s’isoler durant les épreuves. Nous nous inquiétons aussi pour celles et ceux ayant un handicap nécessitant des aménagements particuliers lors des examens risquant de ne pas être pris en compte", pointe l’union syndicale Solidaires Etudiant.e.s dans un communiqué.

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Pétition contre les examens en ligne

Une pétition a par ailleurs été lancée par plusieurs syndicats nationaux et locaux pour s’opposer aux examens en ligne. En raison de l’impossibilité de vérifier que le candidat dispose des moyens techniques lui permettant le passage effectif des épreuves, "la décision de soumettre les étudiant·e·s à des examens dématérialisés est contraire à la loi", affirme cette pétition.

Une accusation qui ne tiendrait pas la route, selon plusieurs avocats. Pour Mélanie Jaoul, maîtresse de conférences en droit privé à l’Université de Montpellier et codirectrice du Master II droit notarial, le ministère de l’Enseignement supérieur "a bien paré les choses avec la continuité pédagogique et l’achat de matériel".

Tout type d’évaluation a son lot d’inégalité

Selon elle, il n’y a malheureusement pas de solution idéale et chaque université réfléchit à l’équité. "À Montpellier, nous avons fourni un ordinateur à chaque étudiant qui n’en avait pas. Mais nous avons reçu une aide de la région, cette solution n'est pas forcément duplicable partout", concède-t-elle.

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L’avocate Alice Munck, ex-chargée d’enseignement à l’Université Panthéon-Sorbonne, pense également que tout type d’évaluation a son lot d’inégalité. "Le contrôle continu apparaît comme la solution la moins inégalitaire. Cela dit, certains étudiants travaillent tout au long de l’année et ont donc du mal à suivre les TD. Ils se rattrapent ensuite en donnant tout lors des examens".

Les devoirs à la maison peuvent aussi présenter "une rupture d’égalité pour les étudiants qui ne disposent pas des conditions matérielles adéquates", rappelle Maître Munck.

Validation automatique du semestre

Pour assurer l’équité, les nombreux syndicats signataires de la pétition en ligne exigent par conséquent "la validation automatique des semestres" avec "la possibilité de rendre des travaux pour améliorer la note".

Une proposition décriée par le syndicat étudiant de droite UNI. "Pour les étudiants n’ayant pas eu la moyenne, l’université leur attribuerait automatiquement la validation à 10. Ces mesures sont non-réglementaires, une note doit correspondre à une évaluation d’un travail fait".

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"Je ne pense pas que ce soit contraire à la loi, mais est-ce rendre service de faire passer en année supérieure quelqu’un qui n’a pas le niveau ?", s’interroge Alice Munck. De façon plus pragmatique, l’université pourra-t-elle accueillir la totalité des étudiants ?

Mélanie Jaoul est également opposée à cette solution. "Les universités sélectionnent désormais pour l’entrée en master. Annuler l’évaluation ne permet pas de se rattraper. En tant qu’étudiante, j’aurais voulu avoir la chance de prouver mon niveau", affirme-t-elle.

Le présentiel peut aussi être inégalitaire

Cette problématique d’inégalité n’est cependant pas seulement due au confinement, rappelle la maîtresse de conférences. "Les conditions de travail sont inégalitaires, que ce soit en présentiel ou à distance. L’urgence sanitaire a mis en lumière des problématiques existantes. Des étudiants font deux heures de trajet pour aller en cours, d’autres travaillent à côté. Et l’ordinateur est aussi indispensable en présentiel".

Un avis partagé par Alice Munck : "même en temps normal, aucune évaluation n’assure une parfaite égalité".

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