Comment consulter un psy quand on est étudiant ou lycéen ?

Par Sarah Nafti, publié le 03 Février 2022
7 min

Si vous vous sentez mal, seul ou angoissé, l'idée de consulter un psy vous a sans doute effleuré. Mais quand on est lycéen ou étudiant, vers quelles structures se tourner ? Existe-t-il des services gratuits ? Facilement accessibles ? L'Etudiant fait le point sur les démarches à suivre.

En cette période de pandémie, la santé psychologique des jeunes a été mise à mal. Anxiété, dépression, burn-out, conflits familiaux… les raisons de consulter sont nombreuses. Comment répondre au mal-être des jeunes ? "Il existe différents dispositifs pour ce public, et beaucoup de choses sont gratuites", rappelle Jessica Sautron, psychologue.

Elle assure elle-même la réponse au dispositif gratuit mis en place par la Fage (Fédération des associations générales étudiantes) depuis le premier confinement, qui permet aux étudiants d’avoir accès à un suivi psychologique à distance. Pour la psychologue, "on a besoin d’aide si on ressent un abattement, si on ne se reconnait plus, si on s’isole ou encore si on a des difficultés à communiquer".

A l'université, un service de santé gratuit

Les étudiants qui en ressentent le besoin peuvent solliciter les SSU (services de santé universitaire), qui assurent normalement une réponse rapide, entre une semaine et quinze jours. "Nous connaissons de nouveau un fort afflux de demandes, quasiment au même niveau qu’au deuxième confinement en octobre 2020, qui avait été particulièrement difficile pour les étudiants", explique Laurent Gerbaud, médecin directeur du pôle santé handicap de l’université Clermont-Auvergne (63) et président de l’Association des directeurs de SSU (ADSSU).

Cet afflux est difficile à absorber "malgré le renfort d’un équivalent temps plein de psychologue". En effet, "nous n’avons pas la place pour assurer plus de consultations", détaille-t-il. Et la liste d’attente s’allonge, atteignant à Clermont-Ferrand près de 80 personnes au lieu de moins d’une dizaine en temps normal. Toutefois, cela ne doit pas décourager tous ceux qui ont besoin de consulter. "Quand on ne va pas bien, il faut en parler. Quel que soit le professionnel de santé, médecin, infirmière ou psychologue, il va vous aiguiller."

Près de 85% des SSU mettent en place des consultations de psychologues, mais peuvent renvoyer sur les BAPU (bureau d’appui psychologiques universitaires), présents dans environ la moitié des universités. Dépendants des agences régionales de santé, ils proposent des consultations gratuites aux étudiants avec des psychiatres ou des psychologues.

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Se tourner vers psys libéraux ou psychiatres, quel coût ?

"Nous renvoyons également vers les psychologues libéraux", ajoute Laurent Gerbaud. Seul inconvénient, le suivi y est payant. Toutefois, la mise en place du dispositif "chèque psy", permet d’avoir accès à huit séances remboursées par la sécurité sociale, sans avance de frais pour les étudiants. Mais "le système arrive aussi à saturation", remarque le médecin. "Dans les départements auvergnats, 22 psychologues conventionnés sur 43 se sont retirés du dispositif au bout de six mois car ils avaient trop de consultations… " La psychologue Jessica Sautron regrette un dispositif fondé sur des séances de 30 minutes, qui sont insuffisantes "pour assurer un suivi".

L’autre option est de consulter un psychiatre avec une ordonnance d’un médecin qui permet un remboursement au moins partiel de la consultation. Pour Jessica Sautron, le psychiatre peut également être utile si le patient "a besoin d’un diagnostic précis de son trouble pour entamer des démarches de soin". En cas de dépression ou autre trouble sévère, le psychiatre, contrairement au psychologue, peut prescrire des médicaments.

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Pour les mineurs, un accueil psy anonyme et gratuit

Les jeunes, même mineurs, peuvent également avoir recours aux maisons des adolescents et autres points d’accueil et d’écoute jeunes (PAEJ) présents dans la plupart des villes. "C’est le seul lieu où les mineurs peuvent venir consulter sans autorisation de leurs parents, de manière confidentielle, anonyme et gratuite", précise Cédric Descamps, chef de service du PAEJ de Créteil (94). "Nous sommes plutôt sur la prévention, l’évaluation, l’orientation, avec au maximum 12 rendez-vous de suivi. Mais nous réorientons les jeunes qui en ont besoin, notamment vers les CMP (centre médico-psychologiques) pour un suivi plus long."

À Créteil, la PAEJ assure un premier rendez-vous sous 15 jours, permettant une réponse rapide aux jeunes en souffrance, souvent aiguillé là par le biais de l’école. Le relais Collégiens Lycéens Etudiants de la Courneuve (93) est géré par la Fondation santé des étudiants de France et permet aux jeunes collégiens et lycéens de bénéficier d’une équipe pluridisciplinaire. "Le jeune est reçu en même temps par un psychiatre, un psychologue et un enseignant", détaille Thibaut Ernouf, psychiatre responsable du relais. "Ensemble, nous évaluons le fonctionnement du jeune dans des dimensions individuelles et familiales, psychologiques et scolaires. Cette évaluation peut s'étendre sur une ou plusieurs consultations."

Elle est ensuite discutée avec le jeune et sa famille afin de faire émerger une stratégie commune de résolution de la problématique. Quand cette aide ne suffit pas à dénouer la situation, "le jeune peut être orienté vers un suivi soutenu, en CMP, voire une hospitalisation". Toutefois, dans les CMP, structures hospitalières, les délais sont parfois très longs (plus d’un an).

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Prendre le temps de trouver la bonne aide psychologique

Quelle que soit la voie choisie, trouver le bon parcours de soin nécessite une démarche et peut prendre du temps. "Le contexte sanitaire a permis de rendre davantage visibles les possibilités", constate Jessica Sautron, qui se réjouit qu’un cap ait été passé : "Les jeunes osent davantage demander de l’aide extérieure".

Toutefois, "il n’existe pas de parcours fléché". Les informations circulent sur Internet, par le bouche-à-oreille, grâce aux numéro vert… "Il existe de nombreuses approches différentes pour répondre aux besoins, abonde Laurent Gerbaud. Les personnes très phobiques ont de bons résultats avec les TCC (thérapies cognitivo-comportementales) mais peuvent avoir besoin d’une prise en charge analytique pour traiter les raisons plus profondes du trouble."
Pour le médecin, "ce qui est important, c’est de trouver le thérapeute qui vous correspond. Un problème psychologique peut être long à prendre en charge, il n’y a pas de médicament ou de thérapie miracles. Si on vous en vend une, méfiez-vous !"

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