Témoignage

"Ça faisait colonie de vacances aux frais de l’État…" : des lycéens partagés au sujet du SNU

32.000 jeunes se sont portés volontaires au SNU en 2022.
32.000 jeunes se sont portés volontaires au SNU en 2022. © Mathilde MAZARS/REA
Par Léa Fournier, publié le 18 avril 2023
6 min

Alors que le service national universel reste pour le moment sur la base du volontariat, des adolescents de 15 à 17 ans racontent leur expérience. Et le dispositif divise entre le côté agréable de ce qui ressemble à des vacances et la réelle pertinence de ce programme presque "militaire".

"Mon SNU s’est relativement bien passé. Mais ces 12 jours, ça faisait colonie de vacances aux frais de l’État… On a joué à la balle au prisonnier, on a fait du secourisme, de la cohésion et un entraînement militaire. Je n’ai pas l’impression d’avoir appris quoi que ce soit." Pour Ilan, lycéen de 16 ans à Aurillac (15), son expérience du service national universel reste mitigée. Ç

Le SNU, une colonie de vacances "militaire" ?

Le lycéen a choisi de faire un SNU parce que "ça ramène des points et ça peut être un avantage sur Parcoursup." Mais, s’il a apprécié son séjour de cohésion de 12 jours, il n'a pas du tout été emballé par sa mission d’intérêt général en gendarmerie. "C’est plus militaire. On se sent embrigadé. Les jeunes engagés dans la gendarmerie nous incitent fortement à y rentrer", déplore-t-il.
Comme Ilan, ils sont 32.000 à s'être portés volontaires en 2022. C'est aussi le cas de Louise, 15 ans, lycéenne à Metz (57), qui s’est inscrite cette année avec sa copine Léonie, 16 ans. Pour les vacances de Pâques, la première est donc envoyée à Hyères (83). La seconde, à La Roche-sur-Yon (85). Louise voit son séjour "un peu comme une colonie de vacances".
Tandis que Léonie, de son côté, "appréhende tout de même le côté strict". Ce service national est parfois qualifié de "trop militaire" par les lycéens. "Chez moi, je suis assez libre de faire ce que je veux, explique-t-elle. Là-bas, on aura beaucoup de règles à respecter."

Une mission de cohésion sociale affirmée

Une autre ambition affichée du SNU concerne la cohésion sociale. C'est une des raisons qui ont poussé Louise à se porter volontaire. La lycéenne se réjouit "d'expérimenter la vie en communauté pendant 12 jours et de faire des activités". Elle a entendu parler du programme sur les réseaux sociaux. "Une fille racontait son expérience et elle disait qu’elle avait noué des amitiés au SNU qui ont duré après", s’enthousiasme-t-elle.

Dans l’enquête statistique "SNU, un an après" de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), plus des trois quarts des participants déclarent en effet être restés en contact avec d’anciens volontaires rencontrés pendant le séjour de cohésion.

Mais une mixité sociale pas au rendez-vous

"J’imagine que ça sera une expérience enrichissante de rencontrer de nouvelles personnes", ajoute Louise. Léonie appuie son propos : "C’est sûr, ça ouvre l’esprit de rencontrer des jeunes qui ne sont pas du même milieu social que nous".

Pourtant, "concernant la mixité, les chiffres ne sont pas là", signale Ephram, 17 ans, lycéen dans les Yvelines et vice-président de La Voix Lycéenne. En effet, sur l’année 2022, l’Injep observe une "surreprésentation des jeunes scolarisés en voie générale et technologique".

Ils représentent 84% des volontaires, alors que 65% des 15-17 ans suivent dans ce parcours au niveau national. Surtout, un tiers des participants sont "issus de familles où au moins un des parents occupe, ou a occupé, un emploi dans les 'corps en uniforme'". Pourtant, les policiers, les militaires et les pompiers ne représentaient "que 2% de la population en emploi en 2021 (Insee)", précise l’Injep.

Une utilité remise en cause

L'utilité même du SNU est remise en cause. "C’est bien marrant de faire une colonie de vacances militaire, mais à quoi ça sert ?" s’interroge ainsi Ephram de La Voix Lycéenne.

Car si ce dispositif doit servir à "faire vivre les valeurs de la République et développer la culture de l’engagement", le jeune homme, estime que "les valeurs de la République sont déjà posées au lycée, notamment à travers l’éducation morale et civile (EMC), qui devrait être au centre de l’éducation".

Vers un SNU obligatoire ? ou pas !

De quoi relancer les débats sur une généralisation éventuelle du SNU. Louise estime que rendre ce programme obligatoire ne serait "pas une bonne chose". "Je trouve ça bien que ça soit sur la base du volontariat : les gens seront heureux d’y être, estime-t-elle. En plus, c’est censé être sur le temps scolaire donc déjà qu’on est en retard sur le programme, si on perd 12 jours supplémentaires…" De son coté, Ephram pointe le coût du projet : "S’il était généralisé, le SNU coûterait environ deux milliards d’euros par an (estimation tirée d'un rapport sénatorial, NDLR)".

Si rendre le dispositif obligatoire est bien à l'agenda du gouvernement, le projet est mis de côté… pour le moment. Selon les informations de L’Opinion, "ce recul s’explique par la volonté de l’exécutif de ne pas jeter de l’huile sur le feu en pleine crise politique et sociale".

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