Saphia Aït Ouarabi, une jeune femme engagée contre le racisme

Par Amélie Petitdemange, publié le 26 Octobre 2021
7 min

GÉNÉRATION ENGAGÉE. À 20 ans, Saphia Aït Ouarabi est vice-présidente de SOS Racisme. Militante depuis le lycée, cette étudiante en sciences politiques s’évertue à changer la société. Elle appelle les candidats à la présidentielle à élaborer un projet ambitieux pour les jeunes.

Grande brune aux cheveux bouclés, Saphia Aït Ouarabi entre d’un pas pressé dans le café. "Désolée pour le retard, le matin c’est compliqué", s’excuse la vice-présidente de SOS Racisme. La jeune femme de 20 ans est sur tous les fronts : elle jongle entre son mandat et sa licence 3 de sciences politiques à l’UPEC (Université Paris-Est Créteil). "Enfin je jongle… Je sèche beaucoup les cours", avoue Saphia dans un sourire. L’année dernière, les cours à distance engendrés par la crise sanitaire lui ont permis de se consacrer pleinement à son engagement associatif. Depuis la rentrée 2021, le rythme est plus intense.

"Pile électrique"

"J’aime courir partout, je suis une pile électrique. Petite, on me reprochait d'être lente et rêveuse, de dessiner et d’être déconnectée. Aujourd'hui, c’est le contraire, je suis tout le temps ancrée dans cette réalité. Ça me plait énormément mais parfois je me demande ce qu’est devenue cette petite fille", confie Saphia d’une voix douce et posée.

Elle se souvient d’un épisode marquant de son adolescence, le moment où son engagement contre le racisme a émergé. "Je viens d’une cité dans le XIXe arrondissement de Paris, mais j’ai été mise dans un lycée privé", campe la jeune femme. Bonne élève, elle cumule les options. Mais l’intégration est difficile, elle a l’impression de devoir faire ses preuves face à des élèves qui ne lui ressemblent pas. "C’était dur. J’avais des amis proches mais j’ai subi du harcèlement. Un jour, des filles m’ont lancé du café dans les cheveux, raconte la jeune femme. Elles m'ont rétorqué que je suis une banlieusarde hystérique, un cliché d’algérienne".

La violence des attentats de novembre 2015, et l’islamophobie qui en a découlé, ont achevé de la convaincre. "J’ai cherché sur Internet comment m’engager contre le racisme. Mes parents ne sont pas du tout politisés : ma mère suit une formation d'aide-soignante et mon père travaille dans le BTP."

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Défendre les lycéens

Elle a alors 17 ans et devient militante au sein de SOS Racisme. En parallèle, elle est élue vice-présidente du syndicat étudiant FIDL."C’était complémentaire de défendre les droits des lycéens et de lutter contre le racisme. J’étais très épanouie mais physiquement c’était compliqué, je dormais très peu. Mes parents, ça les rendait fous !" se souvient Saphia. Elle obtient finalement son bac, pour le plus grand plaisir de ces derniers.

Direction l’université Paris-Est Créteil, où elle choisit une licence de sciences politiques. Aujourd’hui en troisième année, elle se souvient. "À l’UPEC, on est tous très différents : il y a des gens en costard et d’autres en jogging. Ce n’était pas un groupe homogène dans lequel je n’arriverais pas à m’intégrer. C'est pour ça que cette question du vivre ensemble est très importante pour moi."

Avoir un impact

À 18 ans, à peine arrivée à la fac, elle est élue vice-présidente de SOS Racisme. "Il y a énormément de jeunes militants dans cette association, ils voulaient une jeune pour porter leurs projets." Jamais à court d’idées, elle crée ensuite une section locale de SOS Racisme à l’UPEC, dont elle devient présidente. Tous ces mandats sont bénévoles.

"Avant SOS Racisme, j’étais dans des associations culturelles mais je n’avais pas l’impression d’avoir un impact", retrace Saphia. Cet engagement lui donne l’impression de faire la différence. "SOS Racisme a participé aux changements dans la société. Ma mère est juive marocaine et elle s’est faite poursuivre dans le métro par le GUD [Groupe union défense, une organisation étudiante violente d'extrême droite, NDLR]. Mon père, qui est musulman et Algérien devait faire attention dès qu’il sortait. Je sais que les agressions existent encore mais ça a beaucoup changé. Quand je regarde en arrière et que je vois ces victoires, je me dis qu’il n’y a pas de raisons qu’il n’y en ait pas d’autres", assure Saphia avec un entrain croissant.

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De nombreux projets

Aujourd’hui dans son deuxième mandat consécutif de vice-présidente, l’étudiante de 19 ans a déjà réalisé de beaux projets. Elle a notamment fait partie de "Salam, Shalom, Salut", un tour de France mené par 25 jeunes juifs et arabes pour aller à la rencontre d’autres jeunes, leur parler de leur engagement et promouvoir le vivre ensemble.

Elle réalise aussi régulièrement des campagnes de testing. "Les chiffres sont honteux pour les entreprises et les institutions. Nous ne sommes pas là pour râler contre ces discriminations mais pour appeler au changement", souligne la jeune femme.

Pour les jeunes qui veulent faire changer la société, l’engagement associatif est un moyen efficace. "Quand on est jeune, on n'a pas le droit de voter, donc c'est très dur de se faire entendre sans passer par une association", explique Saphia.

"J’en veux aux candidats de ne pas avoir de vrais projets pour la jeunesse"

Lors de l'élection présidentielle de 2022 elle votera pour la première fois. "Je ne sais vraiment pas pour qui je vais voter. Si je n’étais pas militante, je me serais abstenue, mais là j’ai un devoir de vote. Je ne veux pas que d’autres décident à ma place". Elle concède cependant que sa vision est minoritaire et comprend les jeunes qui n'iront pas voter. "Si moi, en tant que jeune très politisée, je ne sais toujours pas pour qui voter à six mois de la présidentielle, c'est très préoccupant. Je suis perdue, alors vous imaginez pour les jeunes qui ne s’intéressent pas à la politique !"

Regard perçant, droite dans son col roulé noir, Saphia ne fait pas mystère de son bord politique, situé "à gauche, très à gauche". Mais elle n’est convaincue par personne. "J’en veux aux candidats d’avoir des ambitions si faibles contre le racisme et les discriminations. J’en veux aux candidats de ne pas avoir de vrais projets pour la jeunesse. J’ai des camarades de fac qui mangeaient une fois par jour pendant la crise du Covid, d’autres qui se sont suicidés. Il est urgent d’élaborer un projet de société ambitieux."

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