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Enquête

La continuité pédagogique en période de confinement, pas si simple en lycée professionnel

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Certains enseignants de lycées professionnels envoient du travail à leurs élèves via des plateforme en ligne. // © Richard DAMORET/REA
Certains enseignants de lycées professionnels envoient du travail à leurs élèves via des plateforme en ligne. // © Richard DAMORET/REA

Le 16 mars dernier, à l’instar des autres établissements scolaires, les lycées professionnels ont dû fermer leurs portes pour éviter la propagation du coronavirus. Entre problèmes techniques et communication rompue avec les élèves, les enseignants ont du mal à maintenir le lien avec leur classe.

Ces derniers jours, comme à leurs camarades de l’enseignement général et technologique dont les établissements ont fermé face la pandémie de coronavirus, il a certainement fallu une bonne dose de zénitude aux élèves des lycées professionnels pour tenter d’accéder, souvent sans succès, à Pronote ou à l’ENT (environnement numérique de travail), l’une des deux plateformes que chaque établissement a dû mettre en place pour permettre la communication à distance avec les professeurs.

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Le système D pour garder le lien et partager les cours

Heureusement, certains enseignants rivalisent d’imagination pour contourner ces difficultés. "J’ai envoyé de courtes vidéos, des photos, des extraits de documents qui traitent du sujet que je comptais aborder en cours avec mes élèves. Ensuite, je leur ai posé deux ou trois questions via un formulaire en ligne", relate Aurélien Boudon, professeur de lettres, histoire et géographie en terminale et CAP au lycée professionnel Liberté, à Romainville (93).

De son côté, Laurent Lapeyre, enseignant de maths et sciences en lycée pro à Nérac (47), n’a pas non plus ménagé ses efforts pour rendre ses cours dynamiques, tout en évitant de surcharger le réseau. "Je passe principalement par mail. Et plutôt que d’alourdir mes messages avec des documents, je privilégie l’envoi de liens vers des vidéos explicatives, des e-manuels ou encore vers mon Drive où je poste mes corrections", détaille le professeur.

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Manque de matériel à la maison

Des précautions qui s’avèrent toutefois inutiles pour ceux, plus nombreux qu’on le pense, qui n’ont pas la chance d’avoir un ordinateur portable chez eux. "Au lycée, nous avions en tout et pour tout 30 tablettes à prêter. Autant dire qu’il était impossible d’en fournir une à chacun de nos 200 élèves ! Il est toujours possible de leur envoyer des mails, qu’ils peuvent lire depuis leur smartphone, mais cela ne résout pas le problème de l’accès aux pièces jointes, souvent plus compliqué à partir d’un téléphone", déplore Séverine Brelot, enseignante en biotechnologie au lycée professionnel Alexandre Bérard, dans l’Ain (01).

Mais cela ne concerne pas que le matériel informatique. En voie professionnelle, l’enseignement fait la part belle à la pratique. Sans la présence d’un enseignant pour épauler les élèves, elle perd toutefois vite de sa substance. Une expérience désagréable qu’est en train de vivre Stéphane Olivier, professeur de carrosserie au lycée pro Coubertin, à Calais (59). Faute d’avoir pu trouver de quoi occuper ses élèves, il n’a finalement pas repris contact avec eux. "Je ne vois pas l’intérêt de leur envoyer du contenu dans le vent, s’ils ne peuvent pas s’entraîner ensuite. Je ne vais quand même pas leur demander de donner un coup dans la voiture de leurs parents pour qu’ils essaient de la réparer !", ironise-t-il.

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Un risque de décrochage renforcé

Si une pause de 15 jours aurait relativement peu d’incidence sur les programmes, le problème se pose surtout à long terme. "En temps normal, ce sont déjà des classes avec un fort taux d’absentéisme. Le risque est grand de perdre ceux qui décrochent déjà", poursuit Stéphane Olivier.

Un pessimisme que ne partage pas son confrère en Nouvelle Aquitaine, témoin d’un regain de motivation chez certains de ses élèves en bac pro. Sa méthode ? "J’ai surtout cherché à rassurer mes élèves sans leur mettre la pression avec des notes ou des examens qu’ils auront bien le temps de passer ensuite, philosophe-t-il. L’important, selon moi, c’est que les élèves puissent conserver un rythme scolaire. Les conséquences, on les tirera plus tard."