Absentéisme : non, les petits Français ne sont pas les rois de la sèche

Par Virginie Bertereau, publié le 11 Février 2014
4 min

Selon une nouvelle étude de l’Éducation nationale sur l’absentéisme, le bilan n’est pas dramatique, même si la situation varie beaucoup selon les collèges et les lycées. Et, cette fois, les jeunes Français ne sont pas les mauvais élèves en la matière.

Les élèves français, grands sécheurs de cours ? Pas tant que ça selon une étude du ministère de l'Éducation nationale. Publiée en février 2014, celle-ci indique que 3,9 % des élèves du second degré public (collège et lycée) avaient été absents (1) entre septembre 2012 et avril 2013. "Un résultat stable depuis trois ans", révèle l'enquête. Les élèves perdent en moyenne 5,4% de leurs heures d'enseignement par an, quel que ce soit le motif de leurs absences (dont 1,1% pour absences non justifiées).

"Selon moi, ces chiffres sont inférieurs à la réalité. Tout est une question de définition du terme 'absentéisme'. Par ailleurs, cela dépend des déclarations faites par les établissements à l'inspection académique", nuance Patrice Huerre, psychiatre spécialiste des adolescents, directeur de l'ouvrage "L'absentéisme scolaire. Du normal au pathologique" (Hachette Littératures).

Plus d'absents en lycée professionnel

D'après l'enquête, le taux d'absentéisme dépend du calendrier scolaire. Il atteint 1,8 % en septembre et dépasse les 5 % en avril. En outre, tous les collèges et lycées ne sont pas touchés "à égalité" par le phénomène. On recense moins de 2 % d'élèves absentéistes dans la moitié des établissements tout au long de l'année, mais plus de 11 % d'absents dans le dixième d'établissements les plus concernés à partir du mois de janvier.

L'absentéisme annuel est plus fréquent dans les lycées professionnels (11,8 %) que dans les lycées généraux et technologiques (4,9 %) et les collèges (2,2 %). Les élèves de lycée pro perdent ainsi 8 % d'heures d'enseignement en moyenne par an. Là encore, prudence dans l'interprétation. "Les problématiques sont différentes d'un type d'établissement à l'autre. Après 16 ans, la scolarité n'est plus obligatoire. Certains jeunes ont d'autres obligations comme travailler, et je ne parle pas des problèmes d'orientation", indique Patrice Huerre. "Une orien­ta­tion plus ou moins dési­rée, mais aussi un temps de trans­port plus élevé, conduisent à un absen­téisme plus accen­tué en lycée professionnel", confirme l'enquête.

Des clignotants à prendre au sérieux

Comment agir sur l'absentéisme ? "Les situations sont très diverses. À chaque jeune une solution. Si l'élève sèche les cours car il a des boutons d'acné et ne veut pas se montrer, il doit aller voir un dermatologue. S'il est victime de racket, il doit porter plainte au commissariat. S'il est déprimé, il lui faut des soins. S'il est transgressif, il lui faut des réponses éducatives. Pour poser un diagnostic, il faut interroger les adultes de l'établissement scolaire. L'élève est-il absent dans une matière ? Plusieurs ? Si l'absence n'est pas ponctuelle, tout clignotant est à prendre au sérieux, sans attendre trop longtemps", affirme Patrice Huerre. Si vous vous reconnaissez dans l'un de ces cas de figure, n'hésitez pas à en parler.

(1) La DEPP (Direction de l'évaluation, de la pros­pec­tive, et de la per­for­mance) du ministère compte le nombre d'absences non justifiées quatre demi-journées ou plus par mois.

La France dans la moyenne de l'OCDE
Le 21 janvier 2014, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) publiait elle-même une étude sur l'absentéisme des élèves de 15 ans qui ont passé les tests PISA 2012. En moyenne, 18 % des jeunes interrogés avaient séché au moins un cours sans autorisation pendant les deux semaines qui précédaient le passage des tests. 15 % d'entre eux avaient manqué au moins un jour entier.

La France est légèrement sous la moyenne des pays de l'OCDE pour l'absentéisme à un cours (17 %), très en dessous pour l'absentéisme d'une journée (9 %).
Les élèves les plus "sérieux" sont recensés en Asie (Japon, Corée, Shanghai, Hong Kong...). À l'inverse, des records d'absentéisme sont remarqués en Argentine, Italie, Jordanie et Turquie : au moins 40 % des interrogés ont séché au minimum un jour de classe.

L'OCDE note que les différences entre élèves issus de milieux socio-économiques favorisés ou défavorisés sont légères dans de nombreux pays, y compris en France. En revanche, sans surprise, les absentéistes ont obtenu des scores plus faibles en maths (le domaine d'étude principal de PISA 2012).

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