Décryptage

Orientation : le choix des spécialités au lycée reste marqué par les inégalités sociales et de genre

Si les filles s'orientent plus volontiers vers les lettres, les garçons choisissent, eux, plus les sciences.
Si les filles s'orientent plus volontiers vers les lettres, les garçons choisissent, eux, plus les sciences. © Adobe Stock/ellagrin
Par Manon Pellieux, publié le 04 juillet 2022
6 min

INFOGRAPHIE. Entre la première et la terminale, les spécialités sciences de l'ingénieur, LLCA latin, NSI et HLP sont les plus abandonnées par les lycéens en série générale qui plébiscitent à l'inverse la SES. Derrière ces choix se dessinent des disparités, qui ont un impact sur l'accès à l'enseignement supérieur.

En 2021, les lycéens généraux n'ont pas été plus originaux que ceux de 2020 quant aux spécialités qu'ils ont abandonnées à la fin de la première. L'abandon des spécialités n'est pas uniquement motivé par des goûts personnels ou des choix d'orientation, il est le marqueur d’inégalités sociales et de différences entre filles et garçons.

Les spécialités artistiques et la SES, chouchous des lycéens

Selon les données du ministère de l'Éducation nationale

, certaines spécialités ont été peu délaissées par les lycéens en 2021. Preuve qu'elles plaisent aux élèves ou qu'ils s'étaient bien orientés.

C'est le cas des spécialités artistiques comme les arts du cirque, le théâtre, les arts plastiques. Pour ces dernières, le ministère constate un taux d'abandon compris entre 10 et 17%. Mais ces spécialités concernent peu d'élèves. Ce qui n'est pas le cas de la SES. Choisie par plus de 161.000 élèves de première en 2020, elle a été conservée par 81,4% des lycéens en 2021.

SI et latin, spécialités les plus abandonnées en terminale

En 2021, la spécialité SI (sciences de l'ingénieur) a été la plus souvent laissée sur le banc de touche. Les lycéens ont même été plus nombreux à l'abandonner qu'à la garder : 62,4% exactement. Le latin, spécialité peu choisie dès le départ, est lui aussi fortement délaissé : 55,1% des lycéens y renoncent en terminale.

En 2020, ils étaient 889 à suivre la spécialité latin en première. En terminale, il n'en reste que 399. Par ailleurs, un élève sur deux a décidé de bouder la spécialité NSI (numérique et sciences informatiques) en terminale.

Les garçons abandonnent les lettres, les filles les sciences

Garçon ou fille, la spécialité SI reste des deux côtés la plus abandonnée entre la première et la terminale. Sur d'autres spécialités, il existe en revanche une réelle différence genrée dans les choix opérés par les jeunes. Les garçons abandonnent plus massivement les spécialités littéraires, alors que les filles abandonnent davantage les spécialités scientifiques.

Le cas le plus marquant concerne la spécialité mathématiques. Si les lycéens sont 31% à l'abandonner, du côté des lycéennes le taux d'abandon est de 52,5%.

Un écart qui bloque la féminisation de certaines formations scientifiques du supérieur, qui peinent déjà à recruter des femmes.

Les lycéens socialement défavorisés abandonnent plus les maths

Si le genre joue dans ce choix d'orientation, l'origine sociale aussi. Les jeunes d'origine sociale défavorisée ont plus tendance à délaisser les maths (47%). Alors que les jeunes d'origine sociale très favorisée sont un peu plus d'un sur trois à lâcher les maths. Elle fait partie des spécialités où l'écart constaté est le plus important.

Une différence selon l'origine sociale qui ne se constate pas sur des spécialités comme SES (sciences économiques et sociales) ou HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques).

Origine sociale et genre ont aussi un impact sur le choix des options

39% des lycéens en terminale suivent une option. Là encore, ce choix est teinté par les différences sociales et selon le sexe. L'option maths expertes est privilégiée par les garçons. 20,7% d'entre eux ont pris l'option 2021, contre seulement 7,3% des filles. Ce taux tombe à 3,9% quand on observe les filles d'origine sociale défavorisée.

Si elles ne prennent pas les maths expertes, les lycéennes font plutôt le choix de l'option maths complémentaires pour 19,4% d'entre elles. Elles sont aussi plus nombreuses que leurs camarades masculins à suivre l'option droit et enjeux du monde contemporain.

Les choix au lycée perpétuent les inégalités dans le supérieur

Que ce soit au moment d'abandonner une spécialité à l'entrée en terminale ou de choisir une option, comme encore trop souvent en matière d'orientation, les lycéens peinent à dépasser les biais liés à leur origine sociale ou leur genre. Des choix qui perpétuent les inégalités dans les formations du supérieur. De fait, les filles s'orientent plus volontiers vers les lettres, et les garçons vers les sciences.

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