1. Quel avenir pour les métiers du BTP ?
Interview

Quel avenir pour les métiers du BTP ?

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Ce secteur, où travaille un salarié sur dix, crée des emplois pour remplacer les départs en retraite. Ces embauches, qui se font à tous les niveaux, permettent aussi de développer de nouvelles niches, notamment liées au développement durable, tout en offrant une grande variété de métiers et de belles opportunités d’évolution.

Nicolas Orio, directeur des relations entreprises et de la communication à l'ESTP

Nicolas Orio

"On attend des jeunes diplômés une culture transcompétences"
 

 "Le secteur manque déjà d’ingénieurs structure, d’ingénieurs méthodes et d’ingénieurs d’affaires. Deux autres spécialisations sont également très porteuses d’emplois : le génie énergétique et la double compétence d’ingénieur-architecte. On attend des jeunes diplômés une culture transcompétences, pour pouvoir gérer des projets de plus en plus complexes. On ne construit pas un ­tunnel aujourd’hui comme il y a dix ans : systèmes de ventilations, capteurs… il faut savoir aller au-delà des structures et du béton. Idem dans les bâtiments, où il faut tenir compte des questions de performance énergétique, de domotique… Et puis, la chaîne de valeur du BTP s’est allongée et va désormais de la conception à la construction, en passant par le financement et l’exploitation. Les futurs ingénieurs doivent donc connaître la technique, mais aussi l’aspect économique pour comprendre comment cela s’insère dans une chaîne de valeur plus importante."

 

Véronique Chauvin, responsable de l’Observatoire des métiers du BTP

 

Véronique Chauvin

"Il y a de gros besoins d’encadrement, chefs d’équipe et chefs de chantier"
 

 "Notre secteur est créateur d’emplois et continuera à l’être, ne serait-ce qu’à cause des départs en retraite. En situation de crise, l’intérim sert de variable d’ajustement. Les évolutions sont constantes en termes de technologie, de réglementation thermique, de développement durable…, ce qui engendre un grand besoin de compétences et un renouvellement dans les métiers. Actuellement, il existe des offres dans les métiers du gros œuvre (maçon, coffreur, bancheur…), des travaux publics dans la canalisation ; et sur le second œuvre dans l’électricité, le chauffage et les finitions. Par ailleurs, il  y a de gros besoins d’encadrement tels que chefs d’équipe et chefs de chantier. Car c’est un secteur où l’on peut évoluer rapidement. Il n’est pas rare de se retrouver conducteur de travaux à 25 ans. Les BTS [brevets de technicien supérieur, NDLR] charpente, menuiserie et métallerie sont très recherchés. Les entreprises peinent à les recruter malgré une vraie volonté de formation."

 

Xavier Lanthier, directeur du développement des ressources humaines du groupe Eiffage


Xavier Lanthier

"L’international sera de plus en plus important"
 

 "Notre secteur propose une palette de spécialités parmi lesquelles les étudiants ont la chance de pouvoir choisir celle qui va les intéresser, car elles offrent toutes d’excellentes perspectives : construction, ouvrages d’art, génie civil… Dans les travaux publics, les grands projets sont nombreux : le Grand Stade de Lille, la LGV [ligne à grande vitesse] Bretagne-Pays de Loire… Le secteur de l’énergie a aussi un bel avenir, c’est un aspect important pour les clients. Certains secteurs me semblent en particulier intéressants, tels l’aménagement et la construction durable à l’École centrale, le génie civil nucléaire à l’ESTP ou une spécialisation en résistance des matériaux, très prisée dans notre branche métal. Si l’on peut faire de l’alternance, au moins pendant les dernières années de son cursus, c’est un plus indéniable. Les taux de recrutement y sont encore plus nombreux que via les stages. Chez Eiffage, par exemple, un tiers des stagiaires sont recrutés à l’issue de leur cursus, 50 % après une formation en alternance. Enfin, il faut garder en tête que l’international sera de plus en plus prisé dans la mesure où l’activité économique se ralentissant en France et en Europe, il va falloir trouver des zones de relais d’activité qui seront forcément à l’export."

Didier Ridoret,  président de la Fédération française du bâtiment   
                                                       

Didier Ridoret

"Entre 50.000 et 60.000 postes sont à pourvoir cette année"

"En dépit d'un ralentissement, le bâtiment embauche : entre 50.000 et 60.000 postes sont à pourvoir cette année, dans les PME et les grandes entreprises.
Beaucoup sont destinés à remplacer des départs en retraite dans les fonctions commerce, études, travaux... Les entreprises recherchent notamment des conducteurs de travaux, un poste-clé accessible après une école d'ingénieurs ou un bac+2 ou 3 et quelques années d'expérience. Cela va continuer dans les années à venir, car nous aurons toujours besoin de logements, d'écoles, d'hôpitaux. Certains secteurs vont se développer – comme celui de la performance énergétique des bâtiments – et recruter des jeunes spécialisés, afin de répondre aux exigences des nouvelles normes BTP. Autre niche à investir : les systèmes d'information spécifiques au bâtiment. Il y aura également des besoins en spécialistes du management et de la logistique pour l'organisation des gros chantiers, en France ou ailleurs. Car nos entreprises sont aussi actives à l'international et réclament des ingénieurs, des techniciens ainsi que des compagnons maçons, plombiers, peintres, etc."

Cécile Diliberto, responsable de la licence professionnelle travaux publics spécialité techniques routières, de l'IUT de Nancy-Brabois

Cécile Diliberto

"Il faudra toujours construire des routes"

"La crise ralentit la mise en œuvre de quelques grands chantiers (TGV, autoroutes...), mais les travaux publics vont continuer à recruter dans les années à venir : il faudra toujours construire des routes ou les rénover ! Les jeunes diplômés issus de notre LP (licence professionnelle) techniques routières s'inséreront toujours sans peine, en tant que chefs de chantier, au sein des entreprises routières : Craig, Eiffage, Eurovia... Aujourd'hui, la plupart choisissent de travailler après la LP, et très rares sont ceux qui intègrent une école d'ingénieurs. Les recruteurs apprécient les formations en alternance et proposent donc aux diplômés LP une rémunération brute avoisinant 25.000 € et les font progresser en interne. Il est fréquent de devenir conducteur de travaux après seulement cinq ans d'expérience de gestion de chantier. À la demande des professionnels des travaux publics, nous proposons une option "technicien de laboratoire", qui permet, par exemple, de travailler à la mise au point de nouveaux matériaux, comme des enrobés respectant mieux l'environnement. C'est une niche qui devrait se développer."


Amélie Quidor, directrice du développement des ressources humaines de Bouygues Construction


Amélie Quidor

"Une expérience en stage est privilégiée"
 

"Nous recrutons plus de 1.000 jeunes diplômés par an, de bac+2 à bac+5. Malgré la conjoncture, il nous faut recruter, pour préparer le développement d'activités ou la signature de nouveaux projets. Nous offrons donc de belles perspectives dans les métiers des travaux (chef de chantier), des bureaux d'études (technicien études de prix) et du commerce (chargé d'affaires) et des opportunités dans les fonctions supports. Mais, faute de bons candidats, nous avons du mal à pourvoir les postes "études techniques/études de prix". Nous apprécions les étudiants à double cursus (école d'ingénieurs + master d'université ou école de commerce), qui ont une vision large de notre activité. Une expérience en stage, en alternance ou en VIE (volontariat international en entreprise) est privilégiée. Autre atout : les langues étrangères, 50% de notre activité se faisant à l'international. Nous recherchons des profils ayant le sens de l'écoute et du travail en équipe. De jeunes ingénieurs ou techniciens ayant envie d'évoluer en interne : les passerelles existent, ce serait dommage de s'en priver !"