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Témoignage

Mana, lycéenne et déléguée de classe : "J’aime défendre mes camarades"

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Mana, en première au lycée Condorcet de Montreuil, prend son rôle de déléguée très à cœur. // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Mana, en première au lycée Condorcet de Montreuil, prend son rôle de déléguée très à cœur. // © Florence Levillain pour L'Étudiant

Mana, 16 ans, en première, au lycée Condorcet à Montreuil (93), s’investit dans son rôle de représentante de sa classe. Elle apprécie le "travail citoyen" de médiatrice. Elle l’endosse avec énergie et bonne humeur !

"J’ai eu une petite expérience de déléguée de classe en sixième et cela s’était bien passé. Ensuite, on me l’a suggéré à plusieurs reprises (les professeurs, les amis…), mais je ne voulais pas. J’avais peur que cela ne me prenne trop de temps. Je me concentrais sur mes études et je consacrais le temps qu’il me restait à mes activités et à mes copains. L’année dernière, en seconde, j’étais suppléante. J’ai suivi la formation de délégué. C’était intéressant. On nous a expliqué nos droits et devoirs, notre rôle de médiateur, notre place. Je dirais, plus précisément, notre juste place. En cas de conflit par exemple, on nous pousse à réfléchir et à résoudre les problèmes sans prendre parti, en toute objectivité. Cette année, en première, je me suis décidée à me présenter. Je ne regrette pas mon choix. C’est vraiment super."

"Il est préférable de communiquer plutôt que de se battre"

"C’est le professeur principal, mon professeur de SVT [science de la vie et de la Terre], qui m’a convaincue de me présenter au poste. Nous sommes deux, Louis et moi. On s’entend bien, c’est plus sympa comme ça. Mais ce n’est pas une obligation. Je le dis au cas où certains hésiteraient parce que les autres candidats délégués ne leur plairaient pas. L’élection s’est bien passée. J’ai obtenu pas mal de voix sur un programme tourné vers le dialogue et l’entente en classe et avec les adultes.

Mana en pleine discussion avec Louis, l’autre délégué de la classe. Ils préparent toujours les réunions ensemble. // © Florence Beauvillain pour l'Etudiant
Mana en pleine discussion avec Louis, l’autre délégué de la classe. Ils préparent toujours les réunions ensemble. // © Florence Beauvillain pour l'Etudiant

Le premier rôle d’un délégué est de défendre ses camarades, d’instaurer de bonnes relations, sincères et proches. Ensuite, il faut résoudre les conflits s’il y en a. Je suis quelqu’un de pacifiste. Je n’aime pas la bagarre ! Je trouve qu’il est préférable de communiquer plutôt que de se battre. Mes parents m’ont encouragée à être déléguée. Ma mère est professeure des écoles et mon père est animateur socioculturel. Ma petite sœur et moi sommes élevées dans un esprit de solidarité. Je me sens concernée par les problèmes de mes camarades. Mon souhait est que chacun puisse étudier dans un bon esprit, sans compétition. Je me suis un peu occupée d’une camarade qui s’absentait trop. Je suis allée la voir pour essayer de la convaincre de revenir en cours. Je lui disais que les absences comptaient dans le dossier pour les études supérieures. Et elle est revenue ! Elle a pu discuter avec les professeurs. J’étais contente. Je me suis sentie utile. J’aime aider les autres, c’est sûr !"

"Avant le conseil, nous rencontrons ceux qui ont des difficultés"

"Dans l’idée d’être une bonne médiatrice entre les élèves et les adultes du lycée, avec Louis mon codélégué, nous essayons de nous rendre disponibles. Régulièrement, nous provoquons des petites prises de parole, souvent en début de cours, pendant quelques minutes, ce ne sont pas des grandes réunions. Nous annonçons à la classe des événements qui nous semblent importants. Et nous leur proposons de les écouter en cas de problème. Ce climat de confiance est important. Surtout pour préparer les conseils de classe.

Lire aussi : Délégué de classe, une expérience à tenter

Avant le conseil, nous échangeons avec les camarades qui ont des difficultés ou quelque chose de personnel à transmettre. Nous communiquons aussi par messagerie sur Internet. Ensuite, pendant la séance, nous notons ce qui est dit. C’est bien d’être deux parce que ça va très vite et il faut se dépêcher d’écrire pour ne rien rater. Ensuite, nous reportons les notes et les appréciations sur papier, une sorte de résumé. Quand vient notre tour ? 'Ouille', c’est gênant je reconnais ! Il y a une règle, immuable : on ne s’exprime pas sur soi, sauf si un professeur nous pose une question. Moi, je travaille bien, donc mon cas est vite traité. Tant mieux ! Ce qui est important – et je pense que c’est bien de le dire pour ceux qui voudraient se présenter –, c’est la nécessaire discrétion que tout délégué doit avoir. Par exemple, nous ne devons jamais donné d’informations concernant un élève à la classe. Un droit de réserve en quelque sorte !"

Être délégué, c’est avoir envie de prendre la parole pour les autres et faire preuve d’esprit d’initiative. // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Être délégué, c’est avoir envie de prendre la parole pour les autres et faire preuve d’esprit d’initiative. // © Florence Levillain pour L'Étudiant

"Je suis aussi mandatée pour assister au conseil de discipline"

"Être déléguée signifie aussi user de délicatesse et de diplomatie. Pour régler un conflit, c’est important de savoir ce qui s’est passé : comment, pourquoi et qui est intervenu. Il faut prendre en compte les avis des deux parties. Dans notre classe, il y a une bonne ambiance : les conflits sont peu fréquents. Il nous arrive de demander un délai supplémentaire pour un contrôle.

En tant que déléguée, je suis aussi mandatée pour assister aux conseils de discipline. Je trouve que c’est important de défendre tous les élèves. Heureusement, les conseils de discipline sont rares et je n’en ai pas encore suivi un seul, mais je sais que cela peut arriver. Dans ce cas, notre rôle est le même : défendre l’élève en l’aidant à exprimer ses difficultés. C’est important de donner une seconde chance. D’autres fonctions sont possibles quand on est délégué. On peut, par exemple participer au conseil d’administration du lycée, après avoir été élu. Nous pouvons aussi assister à la commission des menus, donner notre avis sur la cantine et les repas : c’est hyper important."

"Cette année, nous avons proposé d’organiser la photo de classe"

"Nous avons souvent envie de faire des suggestions aux enseignants et à la direction : sorties culturelles, expositions dans des musées, cinéma. Ce sont nos camarades, ou Louis et moi qui proposons. La dernière en date, c’était l’organisation de la photo de classe. On ne fait plus ça dans notre lycée, c’est dommage. Nous apprécions de regarder nos têtes des années précédentes et celles de nos copains d’avant. Ainsi, cette année, nous nous en occupons. La proviseure nous soutient dans ce projet. Et pourtant, ce n’était pas facile de mobiliser tout le monde au même moment. On gardera un souvenir de notre passage au lycée et de nos camarades. C’est chouette !"

Le conseil de classe est un moment important. Le rôle des délégués est de représenter les élèves, noter et transmettre ce qui est échangé à leur sujet. // © Florence Levillain pour L'Étudiant
Le conseil de classe est un moment important. Le rôle des délégués est de représenter les élèves, noter et transmettre ce qui est échangé à leur sujet. // © Florence Levillain pour L'Étudiant

"Les adultes nous épaulent pour être à l’aise pendant les conseils"

"Même si j’avais déjà été déléguée en sixième, c’est une responsabilité que j’ai vraiment découverte cette année. J’en avais oublié un peu les fonctions. Cette fois, je m’implique pleinement. Je ne peux pas faire n’importe quoi, bâcler mon travail, oublier des informations ou négliger une partie de mes camarades. Je dois penser à tout, veiller à bien préparer les réunions, les anticiper, noter les doléances de chacun, rédiger correctement les comptes-rendus de séances.

Par ailleurs, je pense qu’être déléguée aide à mûrir. C’est incroyable. Je me souviens de mon premier conseil de classe. J’étais un peu intimidée, car au milieu des professeurs. C’était impressionnant et très formel. Mais les adultes nous épaulent beaucoup pour que l’on soit à l’aise, alors on se jette à l’eau, on s’exprime et cela nous rassure. Oui, c’est sûr, au début il faut dépasser ses craintes de jeune élève. Mais, celles-ci disparaissent vite. Quand vous êtes lancé sur une idée, vous vous en sortez. J’ai progressé à l’oral. Et je prends mon rôle à cœur !"