1. Plongée au cœur d’un centre de recrutement de l’armée de terre
Reportage

Plongée au cœur d’un centre de recrutement de l’armée de terre

Envoyer cet article à un ami
“Votre volonté, notre fierté”, 9e campagne de recrutement de l'armée de terre.
“Votre volonté, notre fierté”, 9e campagne de recrutement de l'armée de terre.

Pour sa 9e campagne de recrutement, “Votre volonté, notre fierté”, l’armée de terre s’est mise à l’heure du numérique : messages sur mobile, application de coaching sportif… Objectif : créer du lien avec les candidats pour parvenir à recruter cette année encore 15.000 soldats.

14 heures précises au CIRFA (centre d'information et de recrutement des forces armées) du Fort-Neuf de Vincennes (94). Reda, 17 ans, est ponctuel pour son deuxième rendez-vous avec l'adjudant-chef Philippe*. Il a l'espoir d'intégrer l'infanterie. Cet ex-lycéen, qui vient tout juste de rompre avec l'Éducation nationale en classe de première, en est à la quatrième étape du parcours de recrutement. "Un parcours balisé et beaucoup mieux encadré cette année. Il se décline en 6 phases, de l'inscription sur le site sengager.fr à la signature du contrat", explique le lieutenant-colonel Emmanuel Dosseur, responsable de la nouvelle campagne de recrutement.

Tous les candidats (170.000 en 2015) ne franchiront pas tous les paliers. "Le processus de recrutement est long (de 4 à 5 mois) et exigeant. Il faut une volonté de fer pour parvenir à signer son contrat. Bon nombre de jeunes abandonnent en cours de route. Pour les plus motivés, il s'agit de réussir tous les tests", prévient l'adjudant-chef Philippe.

Parcours de recrutement, parcours du combattant

Comme Reda, après avoir déposé leur candidature auprès d'un conseiller chargé de recrutement, les candidats passent 2 jours dans une base de GRS (groupement recrutement sélection) pour les évaluations. Au programme : tests psychologiques, visite médicale, entretien de motivation et épreuves sportives. "On commence avec un test d'endurance qui permet, au-delà de la performance, de mesurer la motivation et la capacité à progresser des jeunes. Vient ensuite un parcours d'agilité : foulées bondissantes, abdominaux, poutre d'équilibre, cerceaux, lancer de balles. Le tout en moins de 2 minutes", décrit l'adjudant-chef Philippe.

"À l'issue de ces 48 heures où leur profil est passé au crible, les jeunes candidats seront dirigés vers la formation qui leur correspond le mieux en fonction de leurs résultats et des postes à pourvoir", poursuit le lieutenant Morgane Seznec, en charge du recrutement des officiers de l'armée de terre.

15.000 postes à pourvoir

En 2016, l'enjeu du recrutement est de taille pour l'armée, qui est propulsée en première ligne depuis les attentats de 2015. Après avoir recruté 15.000 soldats l'an dernier, les effectifs de l'armée cette année doivent encore être augmentés : 400 officiers (bac+2 au minimum), 1.200 sous-officiers (de bac à bac+2) et entre 14.000 et 14.200 militaires du rang. Ces postes sont à pourvoir dans près de 100 spécialités.

"On recherche des conducteurs de char, mais aussi des professionnels plus inattendus : informaticien(ne)s, cuisinier(ère)s, mécanicien(ne)s, logisticien(ne)s, camionneur(euse)s, pilotes d'hélicoptère, météorologues, contrôleur(euse)s de sécurité aérienne... "Des spécialités en tension que les jeunes peuvent exercer de 1 à 10 ans, voire plus", détaille le lieutenant Morgane Seznec. Pour autant, il n'est pas question pour l'institution militaire de revoir à la baisse ses critères de sélection.

Polyvalence et mobilité recherchées

"Être soldat aujourd'hui, en opération intérieure ou extérieure [à l'étranger], c'est avoir la possibilité de servir son pays, d'être le moteur de la paix ou encore de faire avancer la liberté", rappelle le lieutenant-colonel Emmanuel Dosseur. Conséquence de l'opération "Sentinelle", lancée suite aux attentats pour protéger les points "sensibles" : le soldat de l'armée de terre se doit d'être mobile et polyvalent. Après ses 6 mois de classes, une formation intensive, le soldat peut surveiller la porte d'une école dans une ville de province, au pied de la tour Eiffel à Paris puis repartir pour une mission de plusieurs mois au Mali. "Ce que l'on demande à nos jeunes recrues, c'est d'être capables de basculer d'un théâtre de guerre à un autre, quelle que soit la fonction exercée", avertit le l'adjudant-chef Philippe.

Une volonté d'engagement avant tout

Au CIRFA du Fort-Neuf de Vincennes, le défilé des postulants continue. Fredy, 23 ans, a décroché son bac. Après quelques mois passés à la RATP, c'est sûr, il veut s'engager. "Mon grand-père était militaire. Alors les valeurs autour de l'engagement et de la fraternité, ça me parle. Et puis, j'ai envie de bouger et de voir du pays."

De son côté, Hacee, 19 ans, a poussé la porte du CIRFA pour glaner des infos. Il est sans emploi après avoir arrêté ses études en première. "J'aime l'action et le voyage mais aussi le sport. L'armée est avant tout le moyen de me former à une spécialité et d'acquérir une première expérience professionnelle. Et j'aime cette idée de m'engager", justifie-t-il.

Quant à Nadia, 26 ans, son master d'ingénierie culturelle en poche, elle est venue chercher du sens, surtout le respect et la discipline, qu'elle n'a pas trouvé dans le secteur privé. "Une fois passés les épreuves sportives et les tests psychologiques, Fredy, Hacee, Nadia et les autres suivront les 8 mois de formation en interne (classes comprises) ou dans les meilleures écoles de France et d'Europe, selon leur spécialité. "Nous les prenons comme ils sont. L'expérience, c'est nous qui la leur donnons", résume l'adjudant Philippe. Alors, prêt à vous engager aussi ?

*Le nom de famille n'a pas été mentionné à la demande du témoin.