Cinq raisons de participer à un journal collégien

Par Isabelle Dautresme, publié le 29 Septembre 2015
6 min

S’exprimer, raconter des histoires, informer, travailler en équipe… les raisons de participer à un journal collégien ne manquent pas.

Prendre la parole

"Pourquoi j'ai rejoint l'équipe du journal de mon établissement ? Parce que j'ai plein de choses à dire sur la vie du collège, l'actualité…", répond dans un grand éclat de rire Léonie en 3e. À ses côtés, Louis, élève de 4e, avait envie de faire partager ses lectures et ses jeux vidéo préférés : "Sur Facebook, seuls mes amis me lisent. Avec le journal, je m'adresse à un public beaucoup plus large, je dois donc me montrer plus convaincant".

Arnaud, actuellement en 1re S et journaliste amateur depuis ses 12 ans, a vu dans ce projet un moyen d'éveiller sa conscience citoyenne : "En tant que responsable de la rubrique ‘actualités locales’, j'ai été amené à couvrir les mouvements de grève des employés municipaux et à faire des reportages sur des personnes sans papiers. Autant d'occasions de découvrir des univers que je ne connaissais pas".

Quant à Maria, en 3e, ce qui l'a décidée à rejoindre l'équipe du journal de son collège, c'est la perspective de pouvoir y exprimer ses humeurs. "Je tiens une rubrique dans laquelle je choisis un thème, ça peut être la cantine, la perm', les manuels qui ne sont plus conformes aux programmes… et je brode dessus sur un ton humoristique. Il m'arrive aussi de parler de choses qui n'ont rien à voir avec le collège, comme le bus qui ne passe jamais à l'heure", précise la jeune fille.

Pour Sonia Le Stunff, professeure documentaliste au collège Romain-Rolland à Pontivy, participer à un journal donne l'occasion aux élèves de s'ouvrir au monde. "Les collégiens ont tendance à ne s'intéresser qu'à ce qui les touche directement, il faut donc élargir leur champ de vision et développer leur esprit critique", insiste l'enseignante. D'autant que les jeunes ont beaucoup de choses à dire. "Suite aux attentats de janvier, nous avons tiré un numéro spécial sur 'Charlie'. Les élèves s'y sont beaucoup exprimés. C'est important qu'ils fassent partager leurs points de vue à leurs camarades, avec leurs propre mots". 

Animer la vie au collège

Autre avantage du journal ? Il anime la vie du collège. En témoigne Emma, en 5e : "Le journal permet de faire connaître ce qui se fait au collège. La preuve, dans le prochain numéro, on fait un zoom sur l'atelier théâtre". À Adèle, en 3e, de souligner le rôle joué par la feuille de chou dans le succès des opérations humanitaires auxquelles participe son établissement. "L'an dernier, on a fait un reportage sur la collecte de denrées alimentaires pour les Restos du cœur, on a fait un tabac !", s'enthousiasme la jeune fille.

Hélène Sahagian, professeure documentaliste au collège Paul-Eluard de Châtillon, à l'initiative du journal JIPE (acronyme de journal d'information Paul Eluard), confirme : "Le journal permet de mettre la lumière sur des initiatives et des opérations que la plupart des collégiens ne connaissent pas. Ils sont souvent surpris de découvrir qu'il se passe bien plus de choses dans leur collège qu'ils ne le pensaient". Et puis, la sortie du journal est toujours un petit évènement, "on le distribue pendant la récréation, tout le monde en parle, commente… ça met un peu de vie au collège", lâche Léonie.

Travailler en équipe

Un journal d'école ne se fait pas à deux ou trois copains. Au contraire, il sera d'autant plus riche et intéressant qu'il ouvrira ses colonnes à des contributeurs nombreux et aux profils variés. Ce qui suppose de travailler en équipe, avec des personnes dont vous ne partagez pas forcément les opinions et avec qui vous n'avez pas nécessairement d'affinités ; ce qui n'a rien d'évident.

Mais cette confrontation a toutes les chances de se révéler enrichissante. Maria confirme : "Le journal m'a appris à argumenter, à convaincre mais aussi à faire des concessions et à accepter l'idée que le point de vue de l'autre peut être recevable même s'il est différent du mien". Louis renchérit : "On apprend à dire ce qui ne va pas, sans se mettre en colère". Arnaud insiste, quant à lui, sur le plaisir de travailler à plusieurs : "Au collège on est souvent seul face au travail, c'est l'inverse au journal. On forme une équipe, c'est très stimulant".

À en croire Adèle, participer à un travail collectif responsabilise. "Au journal, chaque élève a un rôle bien défini, si quelqu'un ne fait pas son travail, c'est tout le monde qui en pâtit avec, au final, le risque que le journal ne sorte pas à temps ! Chacun doit s'investir sinon cela ne peut pas fonctionner ", martèle la jeune fille.

Découvrir un métier

Autre intérêt de se lancer dans la réalisation d'un journal au collège ? "Mieux connaître les métiers de l'information, à commencer par celui de journaliste", répond sans hésiter Daniel Pouzadoux, président de la Fondation Varenne, qui vise à promouvoir la presse et la communication. "Les collégiens parlent des journalistes avec des étoiles plein les yeux mais, en fait ils connaissent très mal ce métier qu'ils ont souvent tendance à idéaliser".

Ainsi Zoé, en 2nde, a longtemps cru que tous les journalistes étaient forcément grands reporters. En 4e, elle a rejoint l'équipe du journal de son collège. Une occasion qui lui a permis de rencontrer des journalistes professionnels venus les accompagner dans leurs projets. "En discutant avec eux j'ai réalisé qu'il existe plein de manières différentes d'exercer ce métier, et qu'il ne suffit pas de bien écrire pour être un bon journaliste", explique la jeune fille.

Même son de cloche du côté d'Emma, qui se verrait bien secrétaire de rédaction depuis qu'elle a occupé cette fonction dans le journal de son collège. Que vous projetiez de devenir journaliste pro ou non, l'expérience ne peut être qu'enrichissante. Alors lancez-vous !

Pour eux, la naissance d'une vocation

Pour ses 30 ans, le Clémi a donné la parole à d'anciens apprentis journalistes aujourd'hui adultes. Dans de courtes vidéos (3 minutes) en ligne sur le site du Clémi, ils reviennent sur leur expérience. On peut y entendre par exemple Michel Cambon, dessinateur de presse, situer l'origine de sa vocation de journaliste à sa participation au journal du lycée Champollion à Grenoble : "C'est à cette occasion que j'ai pris conscience que le dessin était un mode d'expression, que j'étais capable moi aussi de dessiner et de dire des choses fortes à travers lui. Au final, ce journal a été pour moi une école à lui seul".

Autre témoignage, celui de Thomas Rogé, actuellement conseiller auprès du maire de Paris sur les questions d'éducation, de la vie étudiante et aux nouvelles technologies. "Mon expérience de journaliste lycéen m'a énormément apporté. J'ai appris à écrire, à travailler avec des gens, à parler, à faire de la mise en page, des budgets, à monter des projets. Tout ça m'a beaucoup servi dans ma vie professionnelle, et me sert encore aujourd'hui. J'ai un regard, un point de vue et une écriture qui sont appréciés". Peut-être en direz-vous autant dans quelques années !

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