La médiation entre collégiens, qu'est-ce que c'est ?

Par Isabelle Dautresme, publié le 14 Octobre 2015
4 min

"La médiation au collège, c'est le fait de chercher à régler des conflits avec l'aide d'autres élèves", explique simplement Zélie*, en 4e, voix douce et silhouette menue, médiatrice depuis deux ans. "La ‘victime’ et ‘l'accusé’ exposent leur version des faits, on en discute. L'objectif est de trouver un accord qui convienne à tout le monde", poursuit Patrice*. À Anne*, en 3e, de renchérir : "Pas question de juger mais d'écouter et de reformuler, de façon à ce que chacun comprenne les motivations de l'autre". Élise*, en 4e, résume bien le concept : "Une médiation réussie, c'est du gagnant-gagnant".
  

"On parle la même langue, on se comprend mieux entre collégiens"


Pourquoi demander à des collégiens de trouver des solutions à des problèmes d'insultes, de petites bagarres et autres provocations survenus entre collégiens ? "Parce que les adultes trouvent ces conflits dérisoires et n'y accordent qu'une oreille distraite", répond Anne Férot, formatrice et coordinatrice des formations à la médiation à Génération Médiateurs. Alors même que pour ces jeunes, ils revêtent la plus haute importance.

"Un élève qui s'est fait insulter pendant la récréation ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé en classe. Au contraire, il en a tellement gros sur l'estomac qu'il est incapable de se concentrer sur les cours", poursuit la formatrice. Or, qui de mieux placés que d'autres collégiens pour saisir les nuances et les implications d'une dispute ? "Ils savent se mettre à la place de la ‘victime’ ou de ‘l'accusé’ et faire preuve d'empathie, ce que l'adulte parvient rarement à faire ", poursuit Anne Férot.


Laura*, en 3e, forte de ses trois années d'expérience de médiatrice, confirme : "On parle la même langue, on se comprend mieux". Pour Ida Naprous, médiatrice et membre de la commission interministérielle de la protection et de la lutte contre la violence, le fait d'impliquer les jeunes dans le règlement des conflits offre un double avantage : "Non seulement ça les responsabilise, mais ça permet aussi de parvenir à des solutions plus appropriées et durables".

Les élèves, surtout les "accusés", se sentent plus à l'aise de parler à leurs pairs, question de confiance. "Il faut dire que nous, on ne juge pas et on ne punit pas, la parole est plus libre", glisse Imane dans un grand sourire.
  

Des "petits" conflits qui empoisonnent le quotidien


Les conflits qui relèvent de la médiation entre pairs ? Uniquement les "petits" : crachats, insultes, desserts subtilisés sur le plateau à la cantine, capuches tirées, bousculades, sac jeté… Des petits tracas, certes, mais qui nuisent au quotidien de nombreux collégiens. "Untel dit que je suis une fille facile", témoigne Lénita*, élève de 4e, "À chaque fois que je passe devant la redoublante de 3e, elle me donne une baffe", confie de son côté Laura*. Quant à Théo*, en 5e, ce qui l'agace c'est "qu'on [le] double à la cantine en hurlant ‘Dégage l'intello’". Autant d'exemples de conflits qui peuvent relever d'une médiation entre pairs.

Parfois, cependant, les personnalités des "médiés" ou la nature du conflit rendent difficile une médiation entre jeunes. "Dans ce cas, on peut envisager une co-médiation, jeunes/adultes", explique Ida Naprous. "L'idée est de laisser les élèves mener la médiation, l'adulte est là en renfort si la situation est bloquée ou si elle exige une forte prise de recul". Et quand vraiment le conflit est trop grave (harcèlement, rackets, délinquance…), ce sont directement les adultes qui s'en chargent.
  

Gérer un conflit, ça s'apprend


Pas question de se lancer dans la médiation sans passer par la case formation. "Ça n'a rien de naturel de régler des conflits de façon non violente", explique Ida Naprous. L'objet de la formation ? Apprendre à mener une médiation en respectant bien toutes les étapes clés.

Pour se familiariser à l'exercice, elle organise des ateliers à destination des médiateurs collégiens. "On y apprend à mieux se connaître, à identifier et à analyser ses réactions face au conflit : a-t-on tendance à l'éviter ou au contraire, à devenir agressif ?", explique Patrice*, en 3e et médiateur depuis trois ans.

Autre aspect important de la formation : la gestion d'un entretien. Il doit reposer sur deux principes fondamentaux, l'écoute et la reformulation, pour s'assurer qu'on a bien compris les propos de l'autre. "Cela suppose d'être capable de faire la distinction entre les faits et leur interprétation", martèle Ida Naprous.

Pour s'exercer à l'art de la médiation, jeux de rôles, études de cas et simulation de conflits sont alors convoqués. De quoi apprendre à connaître ses propres réactions et à reconnaître celle des autres.

*Le prénom a été changé.

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