15 propositions pour lutter contre le harcèlement à l’école

Par Sophie de Tarlé, publié le 29 Avril 2011
7 min

Un an après les États généraux de la sécurité à l'école et quelques jours avant les Assises nationales sur le harcèlement à l'école, un rapport sur ce thème vient d’être remis au ministère de l’Éducation nationale. Un phénomène encore bien présent, y compris dans le secondaire et dans le supérieur, et contre lequel Éric Debarbieux, auteur du rapport, propose de lutter via 15 dispositifs. 

Qui n’a jamais été témoin, à l’école, de railleries plus ou moins cruelles envers l’un de ses petits camarades de classe “trop gros”, “trop intello”, “trop pauvre”, etc. ? À l’école élémentaire, un peu plus d'1 enfant sur 10 est soumis au harcèlement, et 1 enfant sur 20 subit un harcèlement sévère, voire très sévère. Au niveau du collège, ce sont environ 10 % des élèves qui sont agressés de manière répétitive. Un phénomène baptisé “School bullying” dans les pays anglo-saxons et qui  désigne des moqueries, mais aussi des violences physiques et autres humiliations par d’autres élèves.

Dans son rapport (consultable sur le site du ministère de l'Éducation nationale), Éric Debarbieux, chercheur à l’université Bordeaux 2 (Victor-Segalen) et président de l'Observatoire international de la violence à l'école, publie une synthèse des études sur le harcèlement au primaire et au collège, assortie d’une quinzaine de propositions. La présentation de ce rapport ouvrira les Assises nationales sur le harcèlement à l’école initiées par Luc Chatel, et qui auront lieu au lycée Louis-le-Grand à Paris, les 2 et 3 mai 2011.

Un harcèlement qui se poursuit via Internet

Fait nouveau et aggravant du phénomène : avec Internet, et notamment les réseaux sociaux comme Facebook, le harcèlement peut devenir permanent. D’après le rapport, une enquête effectuée dans l’académie de Bordeaux en 2009 montre que 10 % des élèves ont été confrontés à une intimidation occasionnelle, et 7,5 % à une intimidation fréquente sur Internet. Une autre enquête inédite menée en Aveyron en 2010 a révélé que, sur un échantillon de 1.061 collégiens issus de 5 collèges, plus de 6 % avaient été confrontés de manière répétée à des moqueries sur Internet, et 5 % à des rumeurs propagées par SMS.

Quelles sont les conséquences de cette violence entre pairs ? Comme le souligne le rapport, elles sont loin d’être bénignes. Être exposé de façon régulière à des comportements violents altère la mémoire, la concentration, les capacités d’abstraction. Les enfants victimes d’ostracisme ont une opinion plus négative de l’école, mettent en place des stratégies d’évitement, sont donc plus souvent absents et affichent des résultats scolaires inférieurs à la moyenne. Les chercheurs montrent que 29 % des victimes ont du mal à se concentrer sur leur travail scolaire.


Les lycéens et les étudiants aussi touchés

Parmi les 15 propositions du chercheur : une campagne d’opinion destinée aux jeunes pour les sensibiliser au problème, la création de groupes de discussions, le développement d’enquêtes de victimisation, la formation du personnel d’éducation et le rappel de la responsabilité des témoins et des fonctionnaires parfois très passifs…

Le rapport parle peu des lycées. Toutefois, au niveau secondaire, il est souligné le rôle important des délégués de classe. “Les formations de délégués mises en place par l’APHEE (Association pour la prévention du harcèlement entre élèves) à l’école ont une valeur exemplaire qui mérite d’être encouragée.” L’auteur souligne également : “Nous avons aussi eu affaire à des cas très graves de harcèlement chez de jeunes adultes, étudiants en lycée ou en école de commerce par exemple.” Ainsi est décrit l’exemple d'O., étudiant en école de commerce, où depuis des années, la totalité des étudiants refusent de travailler en groupe avec lui, et dont le dossier montre combien l’administration de l’école n’a pu ou su ou voulu prendre ses responsabilités.

Et quant à juger les “harceleurs” ? Le rapport suggère cette possibilité pour les jeunes adultes. “Nous proposons que soit étendue au harcèlement la loi de 1998* relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs**. “Nous proposons qu’un travail spécifique soit confié à des juristes, qui devront prendre attache auprès de psychiatres, psychologues et experts au sujet du harcèlement à l’école pour envisager la possibilité de qualification pénale de ce harcèlement”, a-t-il écrit. Reste à savoir le sort que Luc Chatel accordera à ces propositions.

* loi n° 98-468 du17 juin.
** article 255-16 du code pénal, section 3 bis .


Quelques cas réels d’une violence ordinaire 
Dans son rapport, Éric Debarbieux, retrace des récits de gendarmes sur des cas de harcèlement scolaire qu'ils ont été amenés à constater. En voici 2 illustrations.

“École privé sous contrat, où les responsables sont dans le déni le plus total, mettant la mère de la victime dans une situation difficile (ils la rendent responsable des conséquences à venir de la plainte qu'elle a déposée : c'est une pression à peine déguisée), expliquant qu'il s'agit de mauvaises blagues d'un collégien (lacération du dos avec un ciseau : huit coups portés, coups de poings filmés sur téléphone, capuche de vêtement remplie de ketchup, j'en passe, que de bonnes blagues !). J'ai des photos et un film sur ce sujet (fournis par la mère).”

“Dans un collège rural public, un jeune collégien (légèrement autiste) qui depuis la rentrée scolaire est roué de coups par d'autres. Étranglé à sept reprises ! Cartable vidé dans les toilettes de l'établissement. Au 1er avril, il n'a pas eu de poisson dans le dos comme les autres mais une étiquette qu'il a portée sans le savoir jusque chez lui indiquant : “Frappez-moi, frappez-moi.” Là encore, les parents ont systématiquement signalé les faits à la principale qui n'a jamais rien fait. N'y pouvant plus, ils ont déposé plainte à la gendarmerie. Depuis, par crainte, le CPE (conseiller principal d’éducation) a pris des mesures de protection. Devinez ? L'élève victime est privé de récréation et de cour, même entre midi et deux, il passe son temps seul à la vie scolaire. On marche sur la tête !”

Les 15 propositions
1. Campagne d’opinion à destination des jeunes.
2. Le recensement et la création d’outils de sensibilisation et de réflexion à destination des adultes et permettant des débats en groupe avec les élèves.
3. Responsabilisation des médias et des opérateurs de téléphonie mobile et fournisseurs d’accès à Internet : campagne nationale de sensibilisation en population générale.
4. Reconnaître c’est aussi connaître : Enquêtes de victimation et recherches.
5. Reconnaître c’est savoir écouter : la formation prioritaire des personnels « relais »
6. La formation initiale et continue des enseignants et des personnels.
7. Faire de l’École la plaque tournante des services offerts aux jeunes en difficulté et à leurs familles.
8. Le plan d’intervention comme un droit (construction avec l’aide de la famille d’un plan d’intervention individualisé).
9. Affirmer le principe d’inclusion maximale (ne pas exclure les enfants victimes ou harceleurs de l’école).
10. Mobiliser des équipes (améliorer la qualité d’accueil des familles par les équipes enseignantes et le chef d’établissement)
11. Promouvoir la place des élèves et des parents dans la prévention (former les délégués de classe et les délégués de parents d’élèves dans le secondaire)
12. Pour une utilisation proactive des réseaux sociaux (diffusion de messages d’alerte sur les réseaux sociaux)
13. L’inefficacité des renforcements négatifs. Vers la justice restaurative. (ne pas punir ni ignorer le harceleur mais favoriser sa prise de conscience).  
14. Le cas du harcèlement chez les jeunes adultes (qualifier pénalement le harcèlement entre élèves dans l’enseignement supérieur).  
15. Le rappel de la responsabilité des témoins et des fonctionnaires (engager la responsabilité des adultes).

 

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