Décryptage

Ecologie : comment reconnaître une formation qui fait du greenwashing ?

Méfiez-vous, derrière la façade écolo se cachent des formations de qualités inégales.
Méfiez-vous, derrière la façade écolo se cachent des formations de qualités inégales. © Adobe Stock/Olena
Par Thibaut Cojean, publié le 28 février 2023
4 min

Les formations dédiées à la transition écologiques fleurissent, pas toujours pour le meilleur. Communication à outrance, énoncés flous, faible ancienneté… l'Etudiant vous aide à déceler les écoles qui verdissent trop rapidement leur image.

L'enseignement supérieur n'échappe pas au greenwashing. Alors que de nombreuses formations sur l'environnement et la transition écologique ont ouvert ces derniers mois, toutes ne présentent pas la même qualité pour se préparer à exercer ces métiers d'avenir.
Comme les entreprises, les écoles versent en effet parfois dans la communication verte. Cette stratégie de marketing vise à se donner une image plus écolo que la réalité pour attirer des élèves. Heureusement, certains signes indiquent quand une école n'est pas complètement honnête.

Se méfier de la communication verte

Pour commencer, il faut être attentif au greenwashing usuel. "Trop de communication, c'est plutôt signe de mauvaise qualité", alerte Nicolas Graves, membre du pôle enseignement du collectif étudiant Pour un réveil écologique.

De la même manière, soyez méfiants "s'il y a trop de vert dans la charte graphique" d'une affiche ou d'un site Internet, pointe Roxane Sansilvestri, enseignante-chercheuse en socio-écologie et responsable formation au Campus de la Transition.
Le choix des mots utilisés par les établissements a aussi son importance. À commencer par le nom de la formation. Un cursus s'appelle "Green", "Impact", "Act" ? Prudence ! "Ce sont des mots flous. On ne sait pas concrètement ce qu'il y a derrière", souligne Vinciane Martin, chargée de projet enseignement supérieur au Shift Project.
Si ces détails ne constituent pas des preuves de la mauvaise qualité d'une école, ils doivent servir d'alerte : ce sont des raisons supplémentaires de vérifier le contenu des formations, de prendre le temps de vous renseigner.

Intitulés des cours : "Quand c'est flou..."

Dans ce travail de recherche, les intitulés des cours sont un nouvel indice. "On peut mettre plein de sujets derrière ODD (objectifs de développement durable) ou RSE (responsabilité sociétale des entreprises), ce n'est pas forcément gage de bonne intégration des enjeux", poursuit Vinciane Martin. La spécialiste préfère lire des termes plus précis, comme "climat", "biodiversité" ou encore "anthropocène" (terme qui désigne une période géologique à partir de laquelle les activités humaines ont un impact sur l'environnement, NDLR)

Roxane Sansilvestri ajoute à la liste des expressions douteuses "le développement personnel" et "la connexion aux autres ou à la nature". "C'est chouette, mais on ne questionne pas le rapport au vivant ou les modèles. C'est une forme de greenwashing", explique-t-elle.
Et l'enseignante d'agiter le drapeau rouge quand une formation met en avant "l'innovation", "les solutions technologiques" ou "la croissance verte". En clair, "tous ces mots qui font comprendre qu'il n'y aura aucune remise en question des modèles actuels".

Vérifier l'ancienneté de la formation en environnement

L'ancienneté de la formation est aussi à considérer. Alors que la concurrence grandit dans ce milieu, "une toute nouvelle formation n'existera peut-être plus dans trois ans", alerte Nicolas Graves. Pour lui, les écoles déjà bien implantées ou rattachées à un groupe résisteront mieux que les nouveaux établissements isolés.

Enfin, puisque le ministère de l'Enseignement supérieur souhaite rendre l'apprentissage des enjeux écologiques obligatoire pour tous les étudiants d'ici 2025, ces formations auront-elles encore une utilité ? Roxane Sansilvestri espère en tout cas que cela permettra de "ralentir la dynamique de création des formations ad hoc qui traitent la transition écologique comme un sujet à part".

C'est là un autre aspect de greenwashing : considérer la transition écologique comme un domaine à part entière, alors qu'"aucun secteur, aucun métier n'en sera exempt".

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