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Décryptage

Parcoursup : candidats en banlieue, avez-vous une chance d’étudier à Paris ?

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Etre admis dans un établissement supérieur parisien quand on vient de banlieue : une mission impossible ? // © ©Gilles LEIMDORFER/REA
Etre admis dans un établissement supérieur parisien quand on vient de banlieue : une mission impossible ? // © ©Gilles LEIMDORFER/REA

Jeudi 31 mai 2018, une centaine d’élèves du lycée Paul-Eluard, à Saint-Denis (93), ont bloqué l’établissement pour protester contre Parcoursup. Ils jugent la plate-forme discriminatoire vis-à-vis des candidats des quartiers populaires de la petite couronne. Vrai ou faux ? Le point sur les critères de sélection utilisés par les formations.

Déception, stress, incompréhension… Ce sont des sentiments partagés par de nombreux candidats de cette première session de Parcoursup : vous êtes encore près d’un tiers à attendre une première proposition d’admission.
Mais pour les lycéens de Paul-Eluard, un établissement situé en Seine-Saint-Denis (93), s’ajoute l’impression d’être défavorisés par rapport aux candidats parisiens. Qu’en est-il réellement ?

Difficile d’avoir des chiffres exacts, alors que la procédure, ouverte depuis le 22 mai 2018, n’en est qu’à ses débuts. Le processus d’affectation est plus lent qu’avec APB (Admission postbac), le précédent système, du fait de la non-hiérarchisation des vœux. Selon les enseignants du lycée Paul-Eluard, cités par Le Parisien, les élèves de l’établissement n’étaient que 35 % à avoir eu au moins une proposition d’admission le premier jour, pour une moyenne nationale de 55 %. Y a-t-il discrimination pour autant ? La réponse n’est pas si évidente.

Il convient de distinguer le cas des filières sélectives traditionnelles (BTS, classes prépa, DUT, écoles…) de celui des licences.

Lire aussi : Parcoursup : un candidat sur trois encore en attente d'une proposition

BTS, DUT : que les meilleurs gagnent

Nombreux sont les candidats des quartiers populaires qui postulent dans des filières courtes, en BTS (brevet de technicien supérieur) ou en DUT (diplôme universitaire de technologie). En tant que formations sélectives, elles ont le droit de choisir les candidats en fonction de leur dossier scolaire et des attendus indiqués sur Parcoursup. Or, malgré un effort du gouvernement pour augmenter les capacités, ces formations manquent de places, surtout dans les spécialités les plus demandées. Seuls les meilleurs candidats se voient donc proposer une place en début de procédure.

Par exemple, le BTS production électrotechnique du lycée Paul-Eluard offre 24 places… pour 507 vœux (contre 467 vœux en 2017, avec le même nombre de places). Avec le système du "surbooking" et du dernier rang appelé, on peut estimer qu’une cinquantaine d’élèves a eu une proposition d’admission de la part de ce BTS le 22 mai. Les autres candidats auxquels la formation a dit “oui” sont donc placés sur liste d’attente et doivent espérer que suffisamment d’élèves refusent la proposition.

Un manque criant de places

Les voeux en BTS (idem pour les DUT) étaient proposés sous forme de “sous-voeux” et vous pouviez en faire jusqu’à 20 au total (10 par spécialité maximum). Mais en général, c’est la proximité qui est privilégiée, d’où une plus grande file d’attente dans les zones plus denses en population. Ainsi, la spécialité de BTS production électrotechnique, est proposée par quatre lycées parisiens. Dans les deux établissements situés dans le XIXe arrondissement (plus proches de la Seine-Saint-Denis), il y a 24 places offertes, qui ont attiré 763 candidats au lycée Jacquard et 916 candidats au lycée Diderot…

C’est donc avant tout un manque criant de places dans ce type de formations qui induit tant de déçus parmi les lycéens. Sachez que si vous êtes encore sur liste d’attente pour tous vos vœux, après les résultats du bac, vous pourrez bénéficier de l’aide de la commission d’accès à l’enseignement supérieur. Si vous avez déjà été refusé sur tous vos voeux sélectifs et que vous n’avez aucune proposition d’admission, vous avez déjà dû recevoir un message de la part de la commission de votre académie.

Lire aussi : Que faire si vous êtes sur liste d’attente ?

En licence : priorité aux candidats du secteur

Pour les licences, la donne a changé avec Parcoursup, puisque pour la première fois, les universités ont eu un droit de regard sur votre dossier scolaire. L’objectif : établir un classement des candidatures, en distinguant les élèves pouvant suivre le cursus classique (réponse “oui” dans Parcoursup) de ceux ne répondant pas aux attendus, auxquels un parcours personnalisé (“oui si”) sera proposé, en fonction des moyens des établissements.

Comme auparavant avec APB, ce sont les candidats du secteur qui sont prioritaires. En Île-de-France, lorsque vous avez postulé en licence (avant le 13 mars), il était utile de regarder au cas par cas si vous étiez considéré comme faisant partie du secteur ou si vous étiez hors secteur (c’était signalé en rouge dans votre dossier, pour chaque vœu en licence).

Des chances pour les autres candidats

Certaines licences franciliennes sont, en effet, désectorisées : les formations ont décidé d’accepter au même titre tous les candidats de la région, sans favoriser les Parisiens par rapport aux candidats de Créteil ou de Versailles (et inversement). Candidats de banlieue, vous aviez là autant de chances que les autres, à dossiers équivalents (attendus, fiche Avenir, appréciations…).

La plupart des licences ont tout de même choisi de donner la priorité à l’académie. Les candidats hors secteur se font donc "doubler" par les candidats parisiens dans les universités intra-muros, comme l'explique ce maître de conférence de l'université Paris-Diderot :

Cependant, des quotas de candidats hors académie ont été fixés par le rectorat, en concertation avec chaque formation. Les élèves de la région parisienne et des autres régions ont donc une chance (certes bien plus faible) de décrocher une place dans la capitale.

Des quotas de boursiers

Enfin, dans chaque filière publique (sélective ou en licence), un pourcentage de la capacité d’accueil est réservé aux candidats boursiers. Un quota, là encore, fixé par le recteur, en fonction du profil des candidats ayant postulé. Pour le BTS production électrotechnique : il est de 28 % des places (il y a donc eu environ un candidat boursier sur trois à cette formation).

Cela veut dire que si parmi les 24 premiers candidats classés par le jury de la formation, il y a moins de 28 % de boursiers, le dernier appelé non boursier sera mis en attente et que la dernière place sera proposée au premier candidat boursier placé après lui dans le classement. C’est l’algorithme national de Parcoursup, rendu public le 21 mai, qui procède à ces ajustements. Vous pouvez aller vérifier le quota fixé pour chaque formation sur le site Parcoursup, dans l’onglet “Contexte et chiffres” de sa fiche descriptive.

Le lycée d’origine parfois pris en compte pour classer les dossiers

Là où la suspicion d’inéquité sociale pèse peut-être à juste titre, c’est sur les critères choisis pour le classement des candidatures. Pour ordonner les dossiers, les commissions des vœux ont utilisé un outil d’aide à la décision, fourni par le ministère de l’Enseignement supérieur. Or, elles pouvaient paramétrer à leur guise cet outil. Certaines formations (dont les licences) ont choisi d’utiliser le lycée d’origine comme critère de sélection (attribuant un bonus aux lycées plus cotés). Une manipulation impossible avec APB, puisque les universités n’avaient pas accès aux dossiers des candidats.

Problème : ces paramétrages ou algorithmes locaux, ne seront pas divulgués aux candidats, afin de préserver le secret des délibérations. Même si, en cas de notification de refus dans une licence, à l’issue de la phase normale de Parcoursup, vous pourrez faire une demande pour savoir sur quels critères vous avez été refusé, vous risquez fort de ne pas avoir les coefficients de chaque paramètre utilisé par la commission des vœux. Vous ne pourrez donc pas vérifier lequel vous a le plus pénalisé. De quoi entretenir le soupçon que dans quartiers populaires, les dés sont jetés d’avance.

Pour les lycéens de Paul-Eluard, plusieurs dispositifs sont mis en place, y compris au niveau local. La ville de Saint-Denis a ainsi décidé d'avancer son aide SOS-rentrée au 15 juin, pour accompagner les futurs bacheliers sans proposition d'admission. Si vous êtes dans le même cas : ne restez pas seul, parlez à vos professeurs principaux ou à des conseillers d'orientation, qui vous aideront à relativiser et à trouver des solutions.