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Agreg, CRPE… Ils racontent les concours de l'enseignement 2020

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Louise a passé les concours du CRPE, masquée, à Bordeaux. // © Photo fournie par le témoin
Louise a passé les concours du CRPE, masquée, à Bordeaux. // © Photo fournie par le témoin

Décalés et modifiés, les concours de l'enseignement ont finalement lieu dans des conditions particulières en juin et juillet 2020. En raison de l'épidémie de coronavirus, les candidats sont admis sur la seule épreuve écrite pour la majorité des concours de l'enseignement. Simon, Robert et Louise, qui passent les concours de l'agrégation et du CRPE cette année, racontent leur expérience.

"C'est dommage de sélectionner uniquement sur l'écrit. Certaines qualités ne peuvent pas être évaluées, comme l'aisance à l'oral et la prestance, alors que c'est un point essentiel du métier de prof", s'étonne Louise, qui a passé le CRPE (Concours de recrutement de professeurs des écoles) dans l'académie de Poitiers, puis celle de Bordeaux, fin juin.

Alors que le concours du CRPE devait se dérouler en avril, il a été décalé en juin et l'oral a été annulé. Tous les concours de l'enseignement ont ainsi été reportés et modifiés pour respecter les contraintes sanitaires.

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Décalages, suppressions, modifications des épreuves

Robert, qui a passé l'agrégation de Sciences industrielles de l'ingénieur dans l'académie d'Amiens, fait partie du peu de candidats qui ont eu un oral. Dans cette spécialité, les candidats ont réalisé les épreuves écrites début mars, avant le confinement. Ils devaient donc ensuite passer une épreuve d'admission.

Un seul oral sur les trois prévus a été maintenu : la soutenance d'un dossier industriel. "Habituellement, il y a trois épreuves écrites de coefficient 1, et trois oraux de coefficient 2. Même si deux épreuves orales ont été supprimées, les coefficients sont restés les mêmes, ce qui avantage fortement les écrits", regrette le candidat.

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Un manque global d'informations…

Le problème majeur de ces changements, soulignent les candidats, c'est qu'ils ont été informés au compte-gouttes des nouvelles modalités et dates de tenue des concours. "On nous a annoncé le 1er juin que deux oraux étaient supprimés. Nous n'avons eu que très peu de temps pour préparer la seule épreuve orale", affirme Robert, qui s'est présenté face au jury le 19 juin.

Simon* devait quant à lui passer l'agrégation d'histoire dans l'académie de Paris-Créteil-Versailles le mercredi 18 mars. "La veille du concours, on nous informe que l'épreuve sera reportée. Ensuite, deux mois de silence. Les candidats cherchaient dans les interviews fleuves de Jean-Michel Blanquer un petit point sur les concours de l'enseignement, mais rien", regrette le jeune homme.

En juin, les candidats de l'académie Paris-Créteil-Versailles apprennent que le concours aura finalement lieu deux semaines plus tard. "Dans l'académie de Lyon, les candidats ont appris la date quelques jours seulement avant le concours", affirme Simon.

"C'était une période compliquée, en plein confinement. Et nous étions pris par la reprise de l'école", explique le ministère.

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… facteur de démotivation pour les candidats

Selon Louise et Simon, ce manque d'informations a découragé plus d'un candidat. "En mars, vous êtes extenués par la préparation du concours. Et vous ne savez même s'il sera maintenu, à quelle date, ni dans quelles conditions", témoigne Simon. "Tant qu'on n'avait pas de date fixe, c'était très difficile de se projeter. C'était dur moralement, l'incertitude est pire que tout", ajoute Louise.

Les candidats ne pouvaient par ailleurs plus emprunter d'ouvrages, les bibliothèques étant fermées pendant le confinement et les semaines suivantes.

Des écrits inchangés mais des conditions de passage complexes

Les concours qui étaient initialement programmés pendant la période de confinement ont donc été décalés à juin et juillet. Ils se déroulent dans le respect du protocole sanitaire : les candidats doivent porter un masque pour se déplacer et utiliser du gel hydroalcoolique, leurs tables sont espacées d'un mètre et les éventuels écrans d'ordinateurs et souris sont revêtus d'une protection. Certains centres d'examens organisent des arrivées échelonnées et des parcours fléchés pour éviter que les candidats se croisent. La distanciation physique est aussi respectée pour les rares épreuves orales.

Le format des épreuves écrites est quant à lui inchangé. Du côté de l'agrégation d'histoire, il s'agit de quatre épreuves de 7 heures, et pour l'agrégation de sciences industrielles de l'ingénieur, trois épreuves de 6 heures. Le CRPE est divisé en 4 heures de français et 4 heures de maths.

Simon, qui a passé l'agrégation l'année dernière, a cependant eu l'impression que le contenu était un peu différent. "Normalement, le sujet est transversal. Cette fois-ci, c'était très précis, avec un sujet sur les années 68 par exemple. En concours blanc, ça aurait été une sous-partie".

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L'attente des résultats

Le jeune homme considère sa prestation comme "catastrophique". "On se prépare assez vite à ne pas l'avoir, il y avait 73 places pour 2.200 candidats". L'agrégation lui aurait permis de présenter un meilleur dossier pour obtenir un contrat doctoral. "Je ne l'ai pas passée pour devenir enseignant. La sélection est de plus en plus difficile pour les contrats doctoraux, avoir été reçu à l'agreg est un sésame", explique Simon.

Il passe également le CAPES (certificat d’aptitude au professorat du second degré) en parallèle. "Faire un doctorat ne garantit pas un métier, avec le CAPES je pourrais être prof". Pour ce concours, il sera aussi évalué uniquement sur les épreuves écrites. "Mais depuis que des membres du jury ont démissionné pour dénoncer la suppression de l'oral, on a peur que les modalités changent encore. C'est la question de la valeur du concours qui préside, mais personne ne pense aux candidats", regrette-t-il.

Robert, qui passait l’agrégation pour la 3e fois, doute aussi de son admission, face à des "candidats de l'ENS qui trustent les places chaque année".

Pour Louise, qui en était à son deuxième essai, le CRPE s'est au contraire "très bien passé" à Poitiers et "bien passé" à Bordeaux. Si elle est admise, elle pourra devenir professeur des écoles en maternelle ou en élémentaire.

*Le prénom a été modifié.