1. Un projet de création d'entreprise ? 7 questions sur les business angels des grandes écoles
Témoignage

Un projet de création d'entreprise ? 7 questions sur les business angels des grandes écoles

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Arthur Leroux (au centre), cofondateur d'Enogia : "Arts et métiers Business Angels (AMBA) nous a apporté 135.000 €." // © Photo fournie par le témoin
Arthur Leroux (au centre), cofondateur d'Enogia : "Arts et métiers Business Angels (AMBA) nous a apporté 135.000 €." // © Photo fournie par le témoin

Vous êtes étudiant ou jeune diplômé et créez votre entreprise ? Les "anges des affaires" peuvent vous aider. Les business angels anciens élèves des grandes écoles vous ouvriront leur portefeuille mais aussi leur carnet d'adresses. Bonne nouvelle : ils n'aident pas que leurs diplômés ! Nos conseils pour les solliciter.  

Qu'apporte un business angel à un jeune entrepreneur ?

De l'argent bien sûr, mais pas seulement. Les business angels (environ 4.000 personnes en France) soutiennent financièrement les entrepreneurs en herbe dans la phase d'amorçage de leur société. Mais qu'ils soient cadres salariés ou entrepreneurs eux-mêmes, ils apportent aussi leurs conseils aux créateurs d'entreprise : ils peuvent ainsi jouer un rôle de coach, de recruteur pour trouver les talents manquants. Ou encore apporter des approches marketing originales, aider à trouver des partenaires et des clients.

Quel financement peut amener un business angel ?

Contrairement à une idée reçue, le business angel ne se résume pas au multimillionnaire du Net qui, fortune faite, prend un ticket de plusieurs centaines de milliers d'euros dans une start-up prometteuse. La plupart des 4.100 business angels en France misent des sommes plus modestes : "La mise de fond d'un investisseur sur un projet varie le plus souvent de 5.000 à 20.000 euros", témoigne Pierre Orsoni secrétaire du réseau Arts et Métiers Business Angels, qui regroupe 130 membres et a investi 3,5 millions d'euros depuis sa création en 2008.

"On regarde tous les projets qui se présentent d'où qu'ils viennent, que l'entrepreneur soit diplômé de grande école ou autodidacte" (J-C. Flandin, réseau Badge)

Dois-je être un ancien de grande école pour être soutenu ?

Pas obligatoirement. Les réseaux de business angels issus de grandes écoles n'investissent pas uniquement sur les projets portés par les élèves ou anciens de l'école. "On regarde tous les projets qui se présentent d'où qu'ils viennent, que l'entrepreneur soit diplômé de grande école ou autodidacte", observe Jacques-Charles Flandin président des Business angels des grandes écoles (réseau Badge).  La preuve ? Ce  réseau qui fédère les business angels issus de dix grandes écoles (X, Mines, Ponts, Supelec, etc.) a misé sur Lilibricole, une société qui propose des cours de bricolage pour filles, sur le principe des ateliers de cuisine et créée par Marie Davideau, une diplômée de EDC, une école de commerce postbac. Bien sûr, certains polytechniciens ou gadzarts sont sensibles à des projets portés par d'anciens camarades.

Quelle est la marche à suivre pour candidater auprès d'un business angel ?

En général, vous devrez remettre un dossier de candidature avec un business plan finalisé ou au moins les grandes lignes du projet. Avec plus de 200 business angels actifs, le réseau Business angels des grandes écoles (Badge) est le plus important de France. Il reçoit et traite entre 800 et 1.000 projets par an émanant à 80% d'entrepreneurs entre 25 et 35 ans. Un comité de validation se réunit chaque semaine et présélectionne les dossiers recevables. Une moitié est éliminée d'office : marché inexistant, projet pas assez mûr, produit se contentant de copier l'existant ("me too") ou business trop gourmand en capitaux, etc. Pour ceux qui franchissent ce premier stade, leurs dossiers sont alors soumis aux adhérents du réseau. Le principe est à peu près le même dans tous les autres réseaux. A l'Essec par exemple, les business angels sélectionnent  le dossier au regard de critères comme l'idée (qui doit être irrésistible), le marché (forcément juteux), le business model (imbattable) ou les entrepreneurs (dynamiques évidemment).

Quelle tactique adopter pour séduire un business angel de grande école ?

"Avoir une idée ne suffit pas. La plupart des projets que nous retenons ont déjà franchi le stade du prototype, ont un produit prêt à être commercialisé voire réalisent déjà un petit chiffre d'affaires", confie Pierre Orsoni. Autant que le projet, les business angels attachent de l'importance à l'équipe fondatrice : ils vérifient la bonne complémentarité des talents. L'équipe idéale allie de bons techniciens avec de bons commerciaux et gestionnaires. "On investit sur une équipe, pas sur un seul homme", résume Jacques-Charles Flandin.

Pour gérer au mieux la relation avec votre nouveau partenaire, tenez compte de sa psychologie.

Comment réussir le concours de "pitch" ?

Une fois présélectionné, vous devrez soumettre votre projet devant un parterre de business angels réunis physiquement dans une des nombreuses manifestations autour de la création d'entreprise (réunion mensuelle du club, salon des entrepreneurs, semaine des business angels…). Devant cette assemblée vous allez devoir sacrifier au rituel de "l'elevator pitch", ou test de l'ascenseur. A l'origine, pour réussir ce test il fallait en quelques secondes être capable d'intéresser à son projet tout investisseur rencontré dans l'ascenseur !  Le plus souvent, vous disposerez d'un temps moins réduit (de 5 à 45 minutes) pour présenter votre projet d'entreprise devant une assemblée d'investisseurs potentiels et d'autres acteurs de l'entrepreneuriat. A ce stade, il s'agit d'être percutant, clair et enthousiaste pour donner envie de vous suivre dans votre aventure entrepreneuriale. Et de miser des milliers et des milliers d'euros sur votre projet !

Comment gérer la relation avec votre nouveau partenaire ?

Une fois que vous avez convaincu une ou plusieurs personnes de mettre la main à la poche, vous entrez dans la phase dite de "closing".  Les business angels désireux d'investir et de s'investir dans votre projet vont négocier la valorisation de l'entreprise au moment de leur entrée au capital. C'est aussi le moment où il faut se mettre d'accord sur les clauses juridiques qui seront inscrites dans le pacte d'actionnaires. Enfin vous allez finaliser la transaction d'investissement. Une fois l'argent apporté, vous bénéficierez de l'accompagnement du ou des business angels et de leur expérience. Vous devrez aussi rendre des comptes (le "reporting") de manière plus ou moins formelle et régulière en fonction de la maturité de votre projet. Pour gérer au mieux la relation avec votre nouveau partenaire, tenez compte de sa psychologie : "Les business angels investissent leurs fonds personnels. Ils n'aiment pas rester passif ni être dilué dans une masse anonyme", rappelle Jacques-Charles Flandin.

À LA LOUPE : 14  RÉSEAUX DE BUSINESS ANGELS ISSUS DES GRANDES ÉCOLES

Sans prétendre à l'exhaustivité, l'Etudiant a recensé 14 réseaux actifs de business angels issus des grandes écoles, qui ont été classés par ordre de taille décroissant. Nous avons mesuré leur importance sur le critère du nombre de leurs membres actifs.
Pour chaque exemple, les commentaires précisent leur ancienneté (date de création) ainsi que les modalités d'intervention des business angels membres : types de projets soutenus, montant moyen investi, procédure de sélection, profil recherché des porteurs de projets...

BUSINESS ANGELS DES GRANDES ECOLES (Badge)
Nombre de membres :
 200 business angels personnes physiques
Commentaires :
Le réseau des Polytechniciens avait créé dès 2005 son club de business angels. Depuis 2012, XMP-Angels a élargi son réseau à près de 200 anges des affaires issus des anciens élèves de grandes écoles scientifiques, techniques et managériales. Toutes sont membres de la Conférence des grandes écoles (CGE) : Polytechnique, Ponts, Mines, Télécom ParisTech, Supelec, Ensta, Isae, Centrale, Edhec, Escpi, Supelec, ENS et AgroParisTech.
D'une dizaine en 2013, les business angels devraient provenir d'une vingtaine de grandes écoles en 2014.
Tous les projets innovants sont susceptibles d'être financés. Le porteur de projet n'a pas à être un ancien élève d'une des écoles. En 10 ans le réseau a aidé à lever 14 millions d'euros pour financer le démarrage d'une centaine de start-up.

ARTS ET METIERS BUSINESS ANGELS (Amba)
Nombre de membres :
130 membres
Commentaires :
 Créé en 2008, le réseau de business angels des Gadzarts compte déjà 6 antennes actives en région : Ile de France, Lyon, Paca et Nord-Pas de Calais, Pays de Loire et Aquitaine, Champagne-Ardennes. Et bientôt Midi-Pyrénées.
Autre particularité, la création d'une société d'investissement de business angels, Liancourt Invest. Les anges des Gadzarts aiment bien les projets technos et de l'économie numérique mais pas exclusivement.

DAUPHINE BUSINESS ANGELS
Nombre de membres :
53 membres
Commentaires :
Créé en 2009 avec le soutien de Dauphine Alumni, le club de business angels pourrait rejoindre en 2014 le réseau des Business angels des grandes écoles.
Son positionnement est national et généraliste, avec une forte coordination au niveau de la région Ile-de-France.

EDHEC BUSINESS ANGELS
Nombre de membres :
40 membres
Commentaires : 
Créé en 2010, le club de BA compte une quarantaine de diplômés du groupe Edhec désireux d'accompagner et financer des jeunes pousses.
Edhec Business angels a récemment rejoint le réseau des Business angels des grandes écoles (X, Mines, Pont…).

GEM ANGELS
Nombre de membres :
31 membres
Commentaires : 
GEM Angels est un fonds d'investissement créé par Grenoble Ecole de Management.
Originalité: il est géré par les étudiants. Une trentaine d'anges des affaires examine les projets sélectionnés par une douzaine d'élèves du mastère spécialisé Entrepreneurs.
GEM Angels intervient sur des projets uniquement portés par ses étudiants ou des anciens diplômés de l'école.

EM LYON BUSINESS ANGELS
Nombre de membres :
20 membres
Commentaires : 
Lancé en 2011, le club de business angels de l'EM Lyon s'est rapproché de la section Rhone-Alpes d'Arts et Métiers Business Angels et d'autres clubs lyonnais de business angels.
Il finance tout projet innovant émanant d'anciens de l'EM Lyon ou non.

INSEAD ANGELS CLUB FRANCE
Nombre de membres : 
20 membres
Commentaires :
En 2013 une vingtaine de membres du club ont investi 350.000 euros dans 6 dossiers.
Le club investit dans des start-up qui ont dépassé le stade du prototype et réalisé au moins 500.000 euros de chiffre d'affaires sur les 12 derniers mois. Les dossiers doivent être soumis en ligne via la plateforme Gust.

INSA ANGELS
Nombre de membres : 
9 membres fondateurs
Commentaires : 
Né en 2013, le club de business angels de l'école d'ingénieurs commence d'investir en 2014. Il recrute ses premiers business angels parmi ses alumni.

ENSAE BUSINESS ANGELS
Nombre de membres :
NC
Commentaires :
Le réseau des anciens de l'école de statistiques a créé son club de business angels en 2008.
Dans le choix des projets aucun thème n'est exclu a priori. Mais le réseau affiche une affinité pour les projets de services, notamment financiers et/ou à la personne.
Nombre de ses membres ont en effet une expertise particulière dans ces domaines. A chaque réunion mensuelle 5 projets sont soumis aux investisseurs.

ESCEM PRO INVEST (FBS Alumni)
Nombre de membres :
NC
Commentaires :
Créé fin 2009 le club de business angels des diplômés de l'école de commerce de Poitiers-Tours continue son activité au sein du réseau FBS Alumni, qui fait converger les associations d'anciens des 4 écoles fondatrices fusionnées dans France Business School.

ESCP EUROPE ANGELS
Nombre de membres :
NC
Commentaires : 
Créé seulement en 2012,  le club de BA composé d'alumni d'ESCP Europe a investi dans 4 start-up les 12 premiers mois de son existence pour des montants allant de 50 à 150.000 euros.
Le club monte actuellement en puissance.

ESSEC BUSINESS ANGELS
Nombre de membres :
NC
Commentaires :
Créé en 2010, ESSEC BA finance tout type de projet.
Le montant total des investissements est variable mais démarre autour de 50 K€. ESSEC BA a signé un partenariat avec Paris Business Angels pour bénéficier de son savoir-faire et de ses réseaux.
HARVARD ANGELS FRANCE
Nombre de membres :
NC
Commentaires :
L'association organise des sessions de networking mettant en relation investisseurs et entrepreneurs.
Elle fait partie d'un réseau mondial d'investisseurs, la Harvard Business School Angels Alumni Association - qui est, à ce jour, constitué de 14 "Chapters" : Paris, Northern California, Shanghai, Londres, Boston, New York, Los Angeles, Chicago, Canada, Austin, Brésil, Inde, Japon, Dubai.
Les porteurs de projet non-alumni doivent être introduits par un ancien de Harvard Business School.

ISEP BUSINESS ANGELS
Nombre de membres :
NC
Commentaires : 
L'école d'ingénieurs a créé fin 2013 son association d'anciens élèves intéressés par l'investissement dans des jeunes entreprises de croissance.
Secteurs de prédilection : électronique, informatique, web, télécoms.
Après 3 à 4 ans de débuts professionnels, Arthur Leroux a eu l'envie d'entreprendre avec deux amis ingénieurs "gadzarts" (Arts et Métiers Paris Tech) comme lui, Antonin Pauchet et Nicolas Goubet. Leur créneau : le green business, les énergies renouvelables. 
Leur innovation : une centrale de conversion de petite puissance. "Elle se nourrit de rejets thermiques pour produire de l'électricité", explique Arthur. Après avoir réalisé un premier prototype dans un garage grâce à leurs deniers personnels et une subvention, ils partent à la recherche d'investisseurs début 2012.
Ils se tournent immédiatement vers le réseau de business angels d'anciens élèves de leur école d'ingénieurs. "Ils ont eu un coup de cœur pour nous car nous proposons un produit industriel dans le secteur des énergies renouvelables alors qu'ils reçoivent beaucoup de dossiers dans les services et l'économie numérique", sourit Arthur.
Six des 130 membres que comptent Arts et Métiers Business Angels ont misé 135.000 € sur eux en juin 2012 pour un premier tour de table : de quoi mettre au point la deuxième version de leur centrale de conversion et lancer la commercialisation début 2014. "Nous sommes suivis par trois business angels avec lesquels nous avons des réunions tous les deux mois. Ils ne sont pas intrusifs et d'un très grand apport pour notre gestion au jour le jour".